Histoire de l'Anarchisme

Jean Préposiet · Chapitre 87 sur 100

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Histoire de l'Anarchisme

Auguste Vaillant (1861-1894)

AUGUSTE VAILLANT

 

(1861-1894)

 

Le 9 décembre 1893, une bombe lancée de la tribune

réservée au public explose à la chambre des députés. Cet

attentat spectaculaire et hautement symbolique ne fera que

des blessés au nombre desquels se trouve son auteur :

Auguste Vaillant. Hospitalisé, celui-ci n’avouera que le

lendemain.

Vaillant a exercé de nombreux métiers. En décembre 93

il se trouve dans la misère avec sa compagne et sa petite

fille Sidonie. Par son geste, il a cru naïvement contribuer à

l’avènement d’une ère nouvelle. Cet attentat, plus sacrilège

que meurtrier, perpétré dans le temple de la démocratie

parlementaire, devait faire hurler à la mort les politiciens

de tous bords. Un socialiste comme Jules Guesde pouvait

écrire dans Le Matin :

Des actes comme ceux-ci sont au-dessous de toute qualification, tellement

ils sont en dehors de l’humanité. Nous nous trouvons évidemment en

présence de la dernière des trois catégories dans lesquelles je tenais, il y a

deux ans les anarchistes : fumistes, policiers ou infirmes {634}.

 

L’un des seuls journalistes à essayer de comprendre le

geste de Vaillant fut Édouard Drumont (hé oui !), écrivant

dans La Libre Parole du 10 décembre 1883 :

Il s’est trouvé un scélérat de plus qui n’a rien compris aux enseignements

que la société nouvelle lui avait prodigués. On lui avait dit que le vol

méritait les plus hautes distinctions de la Légion d’honneur quand il

atteignait un chiffre considérable de millions. On lui avait montré des

coquins qui avaient trafiqué cyniquement de leur mandat, rentrant

triomphalement au Palais-Bourbon, pour y faire des lois *. Les lois ainsi

faites n’ont pas paru respectables à cet homme insuffisamment intelligent,

et hier il jetait une bombe du haut de la tribune.

 

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* Drumont fait probablement allusion au scandale Wilson et à l’affaire du Panama.

Condamné à mort, Vaillant sera exécuté le 5 février 1894.

Au pied de la guillotine, il devait encore s’écrier : « Mort à

la société bourgeoise ! Vive l’anarchie ! »