Histoire de l'Anarchisme

Jean Préposiet · Chapitre 80 sur 100

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Histoire de l'Anarchisme

Le Catéchisme du Révolutionnaire

LE CATÉCHISME DU

RÉVOLUTIONNAIRE

 

On peut difficilement se prononcer sur la véritable

parenté de ce document, parfois attribué à Bakounine.

Néanmoins, même si celui-ci a pu contribuer à la rédaction

du Catéchisme (ce qui, d’ailleurs, ne fait guère de doute),

cet écrit exprime un type de mentalité qui cadre mal avec

la personnalité de Bakounine, cela malgré les

contradictions de son caractère, ou plutôt en raison même

de ces contradictions.

En effet, la tension logique qui se laisse deviner derrière

les articles laconiques du Catéchisme est bien trop

inhumaine pour ne pas donner l’impression que l’auteur de

ce texte ne pouvait être qu’un solitaire, un homme habitué

à contenir et à remâcher sa haine, face à un monde hostile,

le monde des autres, avant de traduire sur le papier son

ressentiment, en formules d’une sécheresse, d’une

précision et d’une minutie maniaques.

Le fanatisme glacé et le pessimisme méprisant, à l’égard

de la masse et de l’individu, qui se dégagent de cet écrit

nous entraînent vraiment trop loin du naturalisme

généreux et du vitalisme débordant de Bakounine. Pour

toutes ces raisons, nous préférons considérer Netchaev

comme l’auteur du Catéchisme.

Le Catéchisme du révolutionnaire se présente comme un

recueil de règles classées sous quatre rubriques : attitude

du révolutionnaire envers lui-même ; envers ses

camarades ; envers la société ; enfin, attitude de la

« Confrérie » des révolutionnaires envers le peuple. Le

révolutionnaire lui-même ne doit exister que pour et par la

révolution. Dans la guerre sans merci qu’il livre à l’État et à

la société, il ne peut s’attendre à aucune pitié.

Condamné d’avance, il est prêt à subir la torture et à

donner sa vie pour la cause. La destruction est sa seule

science, sa seule morale. Il méprise l’opinion publique.

Chez lui, tous les sentiments, toutes les valeurs de la vie

s’effacent devant une seule et unique passion : la

révolution.

Ses rapports avec ses camarades de combat sont

entièrement déterminés par l’utilité de ceux-ci dans la

pratique révolutionnaire. Si bien qu’avant de porter

secours à quelque camarade, il convient de tenir compte de

l’intérêt de la cause révolutionnaire et non pas de ses

sentiments personnels.

Vis-à-vis de la société, la volonté de détruire reste

l’impératif numéro un. Aucune hésitation, aucun regret ne

sont permis au révolutionnaire. C’est pour mieux détruire

l’ordre social qu’il cherche à s’introduire dans les

organisations collectives, ce qui nécessite de sa part

l’emploi de la ruse et de la dissimulation. La libération et le

bonheur du peuple ne se réaliseront que par des moyens

révolutionnaires.

Il faut donc provoquer le développement et l’extension de

la souffrance du peuple, de manière à rendre intenable sa

situation, pour que le soulèvement général lui paraisse la

seule solution. Il ne s’agit absolument pas de remplacer

une forme politique par une autre et d’instaurer un État

prétendu révolutionnaire. D’ailleurs, le révolutionnaire n’a

pas à se préoccuper de ce que sera la société

postrévolutionnaire. Son rôle n’est pas de construire mais

de détruire l’ordre existant.

Enfin, en plus du rapprochement inévitable des masses

populaires, le Catéchisme envisage l’utilisation et la mise

au service de la révolution des brigands et des hors-la-loi,

dont la force destructrice constituera un renfort efficace

{625}.

L’apport de Bakounine à cette œuvre est surtout visible

dans la partie consacrée à l’attitude de la Confrérie envers

le peuple, où l’on retrouve effectivement ses propres

thèmes anarchistes mais aussi et surtout une idée qui lui

était très chère : l’alliance des révolutionnaires et des

brigands contre le pouvoir politique.