Histoire de l'Anarchisme
Le Catéchisme du Révolutionnaire
LE CATÉCHISME DU
RÉVOLUTIONNAIRE
On peut difficilement se prononcer sur la véritable
parenté de ce document, parfois attribué à Bakounine.
Néanmoins, même si celui-ci a pu contribuer à la rédaction
du Catéchisme (ce qui, d’ailleurs, ne fait guère de doute),
cet écrit exprime un type de mentalité qui cadre mal avec
la personnalité de Bakounine, cela malgré les
contradictions de son caractère, ou plutôt en raison même
de ces contradictions.
En effet, la tension logique qui se laisse deviner derrière
les articles laconiques du Catéchisme est bien trop
inhumaine pour ne pas donner l’impression que l’auteur de
ce texte ne pouvait être qu’un solitaire, un homme habitué
à contenir et à remâcher sa haine, face à un monde hostile,
le monde des autres, avant de traduire sur le papier son
ressentiment, en formules d’une sécheresse, d’une
précision et d’une minutie maniaques.
Le fanatisme glacé et le pessimisme méprisant, à l’égard
de la masse et de l’individu, qui se dégagent de cet écrit
nous entraînent vraiment trop loin du naturalisme
généreux et du vitalisme débordant de Bakounine. Pour
toutes ces raisons, nous préférons considérer Netchaev
comme l’auteur du Catéchisme.
Le Catéchisme du révolutionnaire se présente comme un
recueil de règles classées sous quatre rubriques : attitude
du révolutionnaire envers lui-même ; envers ses
camarades ; envers la société ; enfin, attitude de la
« Confrérie » des révolutionnaires envers le peuple. Le
révolutionnaire lui-même ne doit exister que pour et par la
révolution. Dans la guerre sans merci qu’il livre à l’État et à
la société, il ne peut s’attendre à aucune pitié.
Condamné d’avance, il est prêt à subir la torture et à
donner sa vie pour la cause. La destruction est sa seule
science, sa seule morale. Il méprise l’opinion publique.
Chez lui, tous les sentiments, toutes les valeurs de la vie
s’effacent devant une seule et unique passion : la
révolution.
Ses rapports avec ses camarades de combat sont
entièrement déterminés par l’utilité de ceux-ci dans la
pratique révolutionnaire. Si bien qu’avant de porter
secours à quelque camarade, il convient de tenir compte de
l’intérêt de la cause révolutionnaire et non pas de ses
sentiments personnels.
Vis-à-vis de la société, la volonté de détruire reste
l’impératif numéro un. Aucune hésitation, aucun regret ne
sont permis au révolutionnaire. C’est pour mieux détruire
l’ordre social qu’il cherche à s’introduire dans les
organisations collectives, ce qui nécessite de sa part
l’emploi de la ruse et de la dissimulation. La libération et le
bonheur du peuple ne se réaliseront que par des moyens
révolutionnaires.
Il faut donc provoquer le développement et l’extension de
la souffrance du peuple, de manière à rendre intenable sa
situation, pour que le soulèvement général lui paraisse la
seule solution. Il ne s’agit absolument pas de remplacer
une forme politique par une autre et d’instaurer un État
prétendu révolutionnaire. D’ailleurs, le révolutionnaire n’a
pas à se préoccuper de ce que sera la société
postrévolutionnaire. Son rôle n’est pas de construire mais
de détruire l’ordre existant.
Enfin, en plus du rapprochement inévitable des masses
populaires, le Catéchisme envisage l’utilisation et la mise
au service de la révolution des brigands et des hors-la-loi,
dont la force destructrice constituera un renfort efficace
{625}.
L’apport de Bakounine à cette œuvre est surtout visible
dans la partie consacrée à l’attitude de la Confrérie envers
le peuple, où l’on retrouve effectivement ses propres
thèmes anarchistes mais aussi et surtout une idée qui lui
était très chère : l’alliance des révolutionnaires et des
brigands contre le pouvoir politique.