Histoire de l'Anarchisme

Jean Préposiet · Chapitre 77 sur 100

Pages du PDF

Histoire de l'Anarchisme

Le Meurtre D’ivanov

 

À la suite du boycott des cours d’un professeur

réactionnaire (qui entraîna l’expulsion de quelques

étudiants), l’université de Moscou connut une certaine

agitation. Netchaev se trouva une fois de plus en désaccord

avec Ivanov sur l’action à mener à cette occasion. Ce

dernier ayant alors manifesté l’intention de quitter la

Vindicte du Peuple, pour créer sa propre organisation,

Netchaev décida de le supprimer.

Il réussit à convaincre quatre de ses compagnons de la

nécessité de liquider le jeune étudiant, qui fut attiré dans

un guet-apens. Netchaev aurait étranglé Ivanov de ses

propres mains, avant de l’achever d’une balle de revolver

dans la tempe. Leur crime accompli, les complices firent

aussitôt disparaître le cadavre, en le jetant dans un étang

{614}.

Mais, à la suite d’une perquisition à la librairie

Tcherkessov et au domicile de son gérant, Pierre

Ouspensky qui avait participé au meurtre d’Ivanov, on mit

la main sur les archives de la Vindicte du Peuple et sur

quantité de documents compromettants. La police était

désormais en possession de la liste complète des militants

du mouvement, au nombre desquels figurait Ivanov.

Le cadavre du jeune étudiant ayant été découvert au

même moment, l’arrestation des membres du réseau

permit d’identifier du même coup les auteurs du crime

(grâce à une carte d’abonnement à la librairie Tcherkessov,

trouvée dans les poches de la victime).

Après l’exécution d’Ivanov, Netchaev avait quitté Moscou

pour se rendre à Pétersbourg, avec l’intention de créer une

nouvelle organisation dans cette ville. Il évita ainsi

l’arrestation. Ses complices firent des aveux complets et cette affaire Ivanov devait donner lieu à un procès

retentissant {615}. Cependant, malgré les recherches et la

surveillance, celui que l’on commençait à considérer en

Russie comme chef révolutionnaire de premier plan et

comme l’agent de Bakounine, réussit à passer à travers les

mailles du filet.

Déjouant les plans de toutes les polices lancées à sa

poursuite, Netchaev franchit la frontière sans difficultés.

Arrivé en Suisse, il fut néanmoins obligé de se cacher. En

effet, pour pouvoir obtenir l’extradition du fugitif, le

gouvernement tsariste le considérait officiellement comme

un criminel de droit commun.