Histoire de l'Anarchisme
Le Meurtre D’ivanov
À la suite du boycott des cours d’un professeur
réactionnaire (qui entraîna l’expulsion de quelques
étudiants), l’université de Moscou connut une certaine
agitation. Netchaev se trouva une fois de plus en désaccord
avec Ivanov sur l’action à mener à cette occasion. Ce
dernier ayant alors manifesté l’intention de quitter la
Vindicte du Peuple, pour créer sa propre organisation,
Netchaev décida de le supprimer.
Il réussit à convaincre quatre de ses compagnons de la
nécessité de liquider le jeune étudiant, qui fut attiré dans
un guet-apens. Netchaev aurait étranglé Ivanov de ses
propres mains, avant de l’achever d’une balle de revolver
dans la tempe. Leur crime accompli, les complices firent
aussitôt disparaître le cadavre, en le jetant dans un étang
{614}.
Mais, à la suite d’une perquisition à la librairie
Tcherkessov et au domicile de son gérant, Pierre
Ouspensky qui avait participé au meurtre d’Ivanov, on mit
la main sur les archives de la Vindicte du Peuple et sur
quantité de documents compromettants. La police était
désormais en possession de la liste complète des militants
du mouvement, au nombre desquels figurait Ivanov.
Le cadavre du jeune étudiant ayant été découvert au
même moment, l’arrestation des membres du réseau
permit d’identifier du même coup les auteurs du crime
(grâce à une carte d’abonnement à la librairie Tcherkessov,
trouvée dans les poches de la victime).
Après l’exécution d’Ivanov, Netchaev avait quitté Moscou
pour se rendre à Pétersbourg, avec l’intention de créer une
nouvelle organisation dans cette ville. Il évita ainsi
l’arrestation. Ses complices firent des aveux complets et cette affaire Ivanov devait donner lieu à un procès
retentissant {615}. Cependant, malgré les recherches et la
surveillance, celui que l’on commençait à considérer en
Russie comme chef révolutionnaire de premier plan et
comme l’agent de Bakounine, réussit à passer à travers les
mailles du filet.
Déjouant les plans de toutes les polices lancées à sa
poursuite, Netchaev franchit la frontière sans difficultés.
Arrivé en Suisse, il fut néanmoins obligé de se cacher. En
effet, pour pouvoir obtenir l’extradition du fugitif, le
gouvernement tsariste le considérait officiellement comme
un criminel de droit commun.