La petite fille sous la neige
19 - 28 novembre 2003 Cinq ans après la disparition de Kiera
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28 novembre 2003
Cinq ans après la disparition de Kiera
Existe-t-il un sentiment plus puissant
que l’espoir de trouver ce que l’on cherche ?
L’inspecteur Miller accepta de rouvrir l’affaire, à condition que Miren
ne publie rien durant une semaine. Il lui avait rapporté les progrès de
l’enquête de manière succincte pour ne pas prendre de risques et lui avait
donné son point de vue pour un premier article qui marquerait le rythme et
le ton de la presse du pays pour les années à venir.
La dernière vidéo eut l’effet d’une bombe au bureau du FBI de New
York, où plusieurs agents entreprirent d’analyser l’enregistrement
photogramme par photogramme au cas où il y aurait quelque chose à en
tirer. Ils firent plusieurs copies de la cassette VHS et démontèrent l’original
pour trouver des empreintes et examiner la bande magnétique. Ils
décortiquèrent également l’enveloppe à bulles dans laquelle elle avait été
expédiée. Elle ne portait pas de timbre, donc elle n’avait pas été envoyée
d’un bureau de poste, mais quelqu’un l’avait glissée dans l’ancienne boîte
aux lettres des Templeton.
Une équipe se déplaça jusqu’au quartier des parents de Kiera pour
demander aux voisins s’ils avaient vu quelqu’un rôder près de la maison les
jours précédents. Personne n’avait rien vu si ce n’était des enfants en train
de jouer dans la rue.
La logique voulait que la vidéo, tout comme l’enveloppe, soit couverte
d’empreintes de Grace. Les policiers les lui prirent donc afin de les
distinguer de celles qu’ils trouveraient sur ces deux éléments. La bande était
une TDK de cent vingt minutes, sur lesquelles cinquante-neuf secondes
seulement étaient enregistrées. Le reste était vierge, sans aucun matériel
magnétique exploitable. La cassette était d’une marque et d’une durée très
communes, qu’il était encore possible de se procurer dans toute la ville,
malgré l’arrivée du DVD. Les cassettes VHS tendaient à disparaître à cause
de leur durée de vie limitée et de leur mauvaise qualité. Il était inévitable
que la charge magnétique d’une VHS dégénère jusqu’à ce que ce qui était
enregistré dessus disparaisse, plus ou moins vite. Les nouveaux formats
numériques, comme le disque compact, permettaient d’améliorer la qualité
de l’image, le son et la durée, en introduisant, en outre, des éléments tels
que le menu, les bonus ou la sélection de scènes. Bien conservés, ils
pouvaient durer plus de cinquante ans, soit deux à cinq fois plus que
n’importe quelle cassette VHS. Les dossiers digitaux des DVD donnaient
également des informations sur le type d’enregistreur, la date à laquelle le
document avait été créé et même, parfois, la géolocalisation de l’endroit où
il avait été enregistré, tout cela caché dans les métadonnées de chacun des
dossiers stockés sur le disque. Mais ces attributs n’existaient pas dans une
cassette vidéo : il n’y avait rien dans une VHS qui permette de retrouver,
localiser, identifier quand et où avait été enregistré ce qui apparaissait sur
l’image. La seule chose qu’il était possible d’établir était sur quel appareil
l’enregistrement avait été réalisé, en fonction de la position des particules
magnétiques sur la bande, de la même manière qu’une arme à feu laisse une
trace unique sur la balle qu’elle tire.
À partir des marques latérales de la bande magnétique, un expert réussit
à identifier que l’image avait été enregistrée sur un appareil Sanyo VCR de
1985. Cependant, cela était de peu d’utilité car Sanyo était une des marques
leaders du marché en ce temps-là.
Durant cette semaine-là, des experts en calligraphie analysèrent
l’écriture du nom de Kiera sur l’étiquette et le 1 inscrit sur l’enveloppe. La
seule conclusion que put tirer la police, à partir de l’analyse chimique de
l’encre, fut qu’ils avaient été écrits à la main avec un feutre permanent
Sharpie, encore une fois la marque la plus vendue du pays. À en juger par la
pression du trait et les changements de direction sur les lignes du A et du 1,
les deux inscriptions avaient été rédigées par la même main. Lorsque le
rapport de la police scientifique sur les empreintes retrouvées sur la cassette
arriva trois jours plus tard, l’inspecteur Miller perdit tout espoir. Ils
n’avaient trouvé aucune empreinte qui ne soit pas de Grace. Les résultats de
celles laissées sur l’enveloppe n’arriveraient qu’en fin de matinée, mais
Miller alla rendre visite à la famille Templeton pour leur annoncer l’absence
d’éléments.
Aaron et Grace le reçurent avec des étoiles dans les yeux. Il descendit
de voiture, regarda autour de lui et vit que le quartier débordait de joie.
Deux enfants à vélo slalomaient entre des cônes disposés sur le trottoir. Une
vieille dame taillait les hortensias de son jardin, un homme terminait
d’installer des soldats Casse-noisettes grandeur nature face à la haie de sa
maison. Tout le quartier respirait la magie de Noël et l’inspecteur Miller
déglutit avant de marcher vers la seule maison qui semblait plongée dans la
tristesse.
— Vous avez trouvé quelque chose ? s’enquit Aaron dès qu’il l’aperçut.
— C’est encore trop tôt. On avance à petits pas. On essaye de tirer le
maximum de ces cinquante-neuf secondes.
— Il y a des empreintes ? Il doit y en avoir.
— Pas sur la cassette. J’attends les résultats en ce qui concerne
l’enveloppe, mais je ne vous cacherai pas que je n’y crois pas, monsieur et
madame Templeton. Si le type s’est appliqué à ne pas laisser de traces sur la
cassette, je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même avec le paquet.
— Et les images ? Il n’y a rien qui puisse vous dire où elle se trouve ?
— La qualité de l’image est si mauvaise qu’on ne peut même pas voir
ce qu’il y a derrière les rideaux. Nous croyons que c’est une maison. La
couleur verte derrière le rideau blanc pourrait être celle d’un jardin mais…
tout cela ne sert pas à grand-chose. Même l’angle de la lumière dans la
chambre ne peut pas nous indiquer sa position par rapport au soleil puisque
nous ne savons pas à quelle heure ont été filmées les images. Impossible
d’établir son orientation ou une latitude approximative. Ça va être très
compliqué. Je sais que c’est encore un peu tôt pour vous dire ça mais si
nous ne trouvons rien de plus, cette cassette n’aura servi qu’à vous
conforter dans le sentiment que votre fille va bien, même si vous ne savez
pas où elle se trouve. Nous devrions considérer cela comme… une preuve
qu’elle est encore en vie.
— Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— Dans les enlèvements, les preuves de vie servent à montrer que la
personne séquestrée va bien et que vous pouvez payer la rançon. Là, c’est
pareil, sauf que… ils ne vous ont rien demandé.
— Eh bien, il faudrait les pousser à ce qu’ils nous demandent une
rançon, dit Aaron, sérieux.
— Vous voudriez apparaître à nouveau dans les médias ?
— Pourquoi pas ?
— Ça ne nous attirera que des problèmes. Et j’aimerais mieux éviter
d’avoir à revivre ce qui est arrivé il y a cinq ans.
— Si cela peut aider à retrouver ma fille, je le ferai.
— Une personne est morte, monsieur Templeton. On ne peut pas risquer
à nouveau la vie de quelqu’un.
— Ce n’est pas moi qui l’ai tué, inspecteur Miller. Mettez-vous bien ça
dans la tête. Ce n’est pas moi qui ai mis le feu.
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