La petite fille sous la neige

Javier Castillo · Chapitre 59 sur 62

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La petite fille sous la neige

59 - Centre de New York - 27 novembre 2010 Le jour de la dernière cassette vidéo

59

 

 

Centre de New York

 

27 novembre 2010

 

Le jour de la dernière cassette vidéo

Les bons amis sont toujours là,

même si on ne les voit pas.

Jim Schmoer avait fait cours toute la matinée dans une salle où, durant

un court instant, il avait eu l’impression de voir une multitude de Miren

Triggs l’observer, lui poser des questions embarrassantes et contradictoires

qui mettaient à mal son raisonnement. Il était heureux. Il avait laissé

derrière lui ces années où il arrivait en classe enthousiaste mais déçu, parce

qu’un profil de vrai journaliste n’émergeait du lot que rarement. Ce groupe-

là était différent. Chaque fois qu’il abordait un sujet, il s’avérait que ses

étudiants avaient déjà débattu longuement ce point sur les réseaux sociaux,

avaient participé à des discussions sur Facebook, Twitter, Reddit ou

Instagram, s’étaient forgé une opinion si personnelle que c’était un plaisir

pour cet amoureux des débats de se lancer dans cette délicieuse guerre

rhétorique. L’instantanéité d’Internet avait ouvert les portes de

l’information et de la discussion et il sentait que c’était là les meilleurs

étudiants qu’il ait jamais eus. Les réseaux avaient aussi développé la

désinformation, mais ce groupe-là semblait ne jamais prendre pour argent comptant ce qu’ils lisaient sans l’avoir auparavant confronté à d’autres

sources, plus officielles. Il était si étranger à cette génération qui s’imposait

avec une force et une hargne qu’il n’avait jamais vues qu’il consacrait ses

journées à chercher comment innover pour satisfaire la boulimie de ces

aspirants journalistes bien plus déterminés qu’il ne l’avait été à leur âge. Ce

matin-là, il fit cours pendant six heures d’affilée et, lorsqu’il entra dans son

bureau de l’université de Columbia, à 15 heures, il se rendit compte qu’il

avait reçu plusieurs appels d’un numéro inconnu.

Il se demanda s’il devait rappeler ou pas, mais il était journaliste, et

donc curieux, il ne pouvait pas laisser cette question sans réponse.

Il composa le numéro. Après trois sonneries, une voix féminine

décrocha :

— Hôpital de Manhattan Sud, bonjour.

— Bonjour, dit le professeur, j’ai manqué plusieurs appels de votre part.

Il est arrivé quelque chose ?

— Quel est votre nom ?

— Schmoer. Jim Schmoer.

— Patientez, s’il vous plaît… je vérifie… Non, ce doit être une erreur.

Nous n’avons appelé aucun Jim Schmoer, répondit la femme d’un ton

neutre.

— Une erreur ? Vous êtes sûre ? J’ai reçu quatre appels.

— Quatre ? Attendez…

La voix s’éloigna et sembla s’adresser à une autre personne : « C’est toi

qui as appelé un certain Jim Schmoer, Karen ? » Un timide « Oui » parvint

à l’oreille du professeur et il commença à s’inquiéter.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-il.

— Un moment…, dit-elle, avant d’être remplacée par une voix plus

chaleureuse :

— Vous êtes Jim Schmoer ? Le professeur Jim Schmoer ?

— Oui, dites-moi.

— Vous figurez sur la liste des personnes à contacter en cas d’urgence

de… Mince, comment s’appelle-t-elle déjà ?

— La liste des personnes à contacter en cas d’urgence ? De quoi parlez-

vous ? La liste de qui ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Les parents du professeur vivaient dans le New Jersey et il pensa qu’il

leur était peut-être arrivé quelque chose.

— Mes parents vont bien ?

— Vos parents ? Ce n’est pas d’eux qu’il s’agit. Mais d’une jeune

femme. Elle s’appelle… Miren Triggs. Vous la connaissez ?

 

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