Le Complexe de Cupidon (French Edition)
Chapitre 26
Le lundi matin, je me prépare de bonne heure, aussi nerveuse qu’une adolescente dont le nouveau petit ami aurait promis de l’accompagner sur le chemin du lycée. Je ne m’étais pas sentie aussi intimidée depuis mon premier flirt. Il faut croire que lorsqu’on grille l’étape du sexe, l’idée d’une relation sérieuse devient plus floue, moins évidente qu’avec la gêne et les baisers timides des semaines qui la précèdent.
Je suis prête depuis une trentaine de minutes lorsque la sonnette retentit. Frais et dispo dans sa chemise et sa veste mal repassées, Elliott patiente sur le seuil du studio, sa sacoche de travail passée en bandoulière. Dès que je lui ouvre, il se penche pour déposer ses lèvres contre les miennes. Je souris et fonds contre sa bouche.
— Bien dormi ?
Il a un air malin sur son visage, parce qu’il sait très bien j’ai occupé ma nuit à appréhender ce moment. J’apprécie qu’il prenne les devants et ne me donne pas l’occasion de m’inquiéter davantage sur la nature de notre relation.
— Et vous ? dis-je en tournant la clé dans la serrure. Prêt à passer la pire journée de votre vie ?
Il grimace.
— Je suis rassuré de vous savoir à l’agence plutôt qu’à L’Office. Vous ne serez pas trop de deux avec Éléonore pour faire échouer les tentatives d’assassinat à mon encontre.
— Vous avez de la chance, j’ai pris des cours de lutte au lycée.
Elliott a donné rendez-vous à ses clients les plus mécontents aujourd’hui. Du coup, il ne tient pas en place. Tout le long du chemin qui mène à la bouche de métro, il avale le pavé dans de grandes enjambées pendant que je trottine derrière. Une fois dans la rame, il émet l’idée de faire demi-tour et d’aller se planquer dans mon studio. Même s’il se comporte comme un gamin qui refuserait de rendre des comptes, je suis assez fière des efforts qu’il entreprend chaque jour pour devenir un meilleur chef d’entreprise.
Lorsque nous entrons dans l’agence, je lance une œillade désolée à Éléonore, qui fronce les sourcils en nous regardant traverser le hall ensemble depuis le fauteuil de son comptoir. Un jour, peut-être, je lui raconterai comment son patron a pu monopoliser toute mon attention au point que j’en oublie son macchiato un matin d’automne glacial.
Dans l’ascenseur, Elliott appuie sur le bouton du deuxième étage.
— Il y a un problème avec la salle des machines ? lui demandé-je, surprise qu’il ne se réfugie pas dans son bureau en attendant l’heure fatidique.
— Je dois régler certains bugs détectés lors des dernières inscriptions. C’est un peu bruyant là-dedans, vous pouvez aller travailler dans une autre pièce si vous le souhaitez.
— Non.
Impossible de prononcer une phrase plus longue. Les portes viennent de se refermer et l’atmosphère confinée de l’ascenseur me rappelle celle de la grande roue. Je crois bien que nos deux premières tentatives ratées ont complètement détraqué mon système hormonal, car il a réactivé le mode fiesta en un clin d’œil. Calme-toi, Charlie, ou ton appétit sexuel va vraiment le repousser.
Elliott arrête de respirer quand le départ de la cabine me fait perdre l’équilibre contre lui. Comme les parois sont en verre, je ne préfère pas lui demander s’il songe à la même chose que moi. En cas de réponse affirmative, je risquerai de lui sauter dessus et de me retrouver les fesses à l’air devant la cinquantaine d’employés répartis sur les différents niveaux.
De toute façon, je ne tarde pas à découvrir le fond de sa pensée. Dès que nous avons traversé le couloir de l’étage et que le vantail s’est rabattu sur nous, Elliott attrape ma mâchoire pour plonger sur mes lèvres.
Je fais tomber mon sac au sol et me laisse entraîner à reculons jusqu’à rencontrer le mur. Elliott me dévore, son bassin arrimé au mien, et la réaction de mon corps est immédiate : je brûle et me consume contre lui, totalement asservie à ce désir qui m’embrase de l’intérieur chaque fois que nous nous retrouvons seuls.
Mes gestes s’emmêlent. Sa sacoche m’empêche de le sentir, de le toucher, alors que ses mains à lui cherchent partout, montant et descendant le long de mes hanches et de mon dos. Quand il se détache, je grogne de frustration, à la fois hors d’haleine et loin d’être rassasiée. Elliott reprend son souffle, aussi tremblant d’excitation que moi.
— Désolé, dit-il, ses doigts perdus sur ma nuque. J’aurais peut-être dû vous demander avant de…
— On ne risque pas de nous surprendre ? le coupé-je en l’aidant à passer la bandoulière de sa sacoche par-dessus sa tête.
— Non, personne ne peut entrer sans mon autorisation.
Je l’écarte des hublots tout en l’incitant à reprendre là où nous en étions. M’accompagnant jusque dans un coin de la pièce, Elliott pose ses lunettes sur un meuble au hasard pour s’abandonner totalement à nos baisers.
À cet instant, alors que sa respiration s’accélère, mêlée à la mienne, je sais que je n’aurai jamais assez de lui, de son goût, de ses étreintes et de toutes ses maladresses. Il est le seul à me faire perdre mes moyens aussi rapidement, à transformer le moindre moment passé sans lui en véritable torture.
Elliott me pousse contre la table derrière moi, l’une de ses paumes fourrageant dans mes cheveux, l’autre échouée sur mes reins. Il cherche à combler chaque centimètre qui nous sépare tandis que ses doigts se faufilent sous les pans de mon pardessus. Je suis à moitié grimpée sur l’une de ses jambes, qui frotte et appuie légèrement contre mon entrecuisse. S’il n’arrête pas tout de suite, je crains de ne plus répondre de rien.
— Attendez, haleté-je en plaquant mes mains sur son torse.
Elliott me presse un peu plus entre lui et le rebord de la table.
— Permettez-moi de vous détendre après le week-end horrible que vous avez dû passer, susurre-t-il dans un mélange de douceur et d’autorité – tout ce que j’aime chez lui.
Je me retiens de ne pas le déshabiller dans la seconde. L’excitation vient d’atteindre un nouveau palier.
— Il n’était pas si terrible que ça, mais j’ai hâte de découvrir de quoi il s’agit.
Il a tous les feux verts qu’il veut.
Sans attendre davantage, Elliott attrape mes fesses et me juche sur la table. Je laisse échapper un petit cri de surprise avant de rire, accrochée à son cou.
Il fait chuter mon manteau sur mes bras pour m’en débarrasser. Si j’ai cru que mon chemisier serait assez épais pour ne pas porter de soutien-gorge aujourd’hui, force est de constater que j’avais tort. Mes seins se dressent au travers du tissu, durs et tout offerts.
J’envoie mes bottines valser pendant qu’Elliott vient chercher les passants de mon jean. Je prends un moment à comprendre que je dois le retirer, ce que je fais en me tortillant. Et je remercie la Charlie de ce matin pour avoir enfilé une culotte digne de ce nom, toute en dentelle et en satin.
Impressionnée par l’assurance nouvelle d’Elliott, je me laisse diriger avec une forme de nervosité mêlée d’impatience. Le clignotement des machines m’étourdit.
— Oh, bon sang, on croirait faire l’amour dans Matrix ! m’exclamé-je soudain, comme pour cacher l’effet de sa prise d’initiative sur ma libido.
Elliott se redresse un peu pour me jeter une œillade moqueuse.
— Vous en avez beaucoup en stock, des références dans le genre ?
Il m’empêche de citer autre chose en m’allongeant complètement sous lui. Je gigote, incapable de tenir en place alors qu’il trace un chemin de baisers depuis le haut de ma poitrine jusqu’à mon nombril.
Elliott s’applique à progresser avec une lenteur cruelle en direction de mes cuisses nues. Je frissonne au contact de sa main, qui remonte sous mon chemisier pour venir stimuler l’un de mes tétons. Elle glisse ensuite sur mes côtes lorsqu’il s’abaisse complètement entre mes jambes. Oh, punaise !
Il embrasse mon genou et grimpe. Je soulève mon bassin en laissant échapper une plainte, appréhendant l’instant où ses lèvres atteindront leur but. Quand il décale enfin le tissu de ma culotte trempée, son index frôlant avec délice mon épiderme, je cherche un endroit où m’accrocher, ne trouvant que les cheveux d’Elliott et le rebord de la table.
Son premier baiser, délicat, calculé, m’arrache une petite plainte de surprise. Je n’arrive pas à croire qu’on est en train de faire ça dans les bureaux de sa boîte, mais cette idée d’interdit s’ajoute à la chaleur que me procurent les gestes attentifs d’Elliott. Il touche et goûte chaque parcelle de peau que je lui présente. Le plaisir est partout : dans les bruits de sa bouche, dans le frisson de ses doigts qui caressent et pincent, dans l’image que me renvoie ce directeur d’habitude si froid et inflexible, presque agenouillé devant moi.
La paume qu’il garde en travers de mon ventre descend soudain en direction de mon pubis. Lorsqu’elle commence à appuyer doucement dessus, c’est comme si les sensations se décuplaient, déjà prêtes à déferler. Bordel, où est-ce qu’il a appris tout ça ?
J’aimerais dire à Elliott de freiner un peu, mais je suis incapable de prononcer un mot. Tout mon corps se soumet à son contrôle et je dois me faire violence pour ne pas lâcher prise trop vite.
Je suis déjà envahie de fourmillements lorsque sa langue et sa main trouvent l’endroit exact où le plaisir pulse. Mon rythme cardiaque s’emballe. Il insiste, décale sa paume de quelques millimètres vers le bas et j’explose contre ses lèvres.
L’orgasme monte par vagues. Elliott maintient et déplace la légère pression sur mon pubis pour le faire durer, jusqu’à ce que les sursauts de mes muscles cessent.
Il se redresse au-dessus de moi alors que je cherche mon souffle, déboussolée.
— Vous m’aviez… caché ce talent, haleté-je entre deux baisers.
L’une de mes mains tâtonne à l’aveugle et trouve la taille de son pantalon. Elliott se détache en souriant. Il est tout rouge et tout craquant.
— Je dois travailler, vous avez oublié ?
— Mais, enfin…
J’ai encore du mal à parler convenablement. Elliott en profite pour réajuster ma culotte, envoyant de nouvelles décharges sur mon sexe devenu hypersensible au passage.
— On devrait éviter de jouer avec le feu, ajoute-t-il.
— Bon…
J’ai besoin d’un petit moment pour recouvrer mes esprits et remettre mon jean. Elliott dépose nos sacs sur une table plus proche des machines et récupère mes chaussures qui ont atterri dans un coin.
— Quand même… C’est dommage…, boudé-je en les enfilant. Ça vous aurait fait une bonne raison, pour une fois…
— Une bonne raison de ?
— De vous déshabiller dans cette agence.
Ses lunettes dans les mains, les cheveux un peu décoiffés, Elliott mord ses lèvres ourlées d’un sourire qui oscille entre humour et embarras.
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