Le Complexe de Cupidon (French Edition)

Eva Kim · Chapitre 6 sur 57

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Le Complexe de Cupidon (French Edition)

Chapitre 5

 

 

OK, cette situation est super gênante. Lorsqu’elle m’aperçoit, l’hôtesse d’accueil s’essuie rageusement les yeux pour me toiser avec. Je me tiens devant elle sans savoir où me mettre, un gobelet de café tiède à la main.

— Qu’est-ce que vous voulez, vous ? crache-t-elle.

— Euh, je… Je suis là pour discuter d’un partenariat avec votre directeur…

Je m’approche d’un pas hésitant.

— Vous allez bien ? osé-je sans trop de conviction.

— J’ai l’air d’aller bien ?

L’espace d’un instant, j’imagine une histoire digne d’un téléfilm de l’après-midi sur TF1. Le patron charismatique, sa femme et une assistante amoureuse. Allez savoir comment, ma réflexion me ramène à la silhouette nue d’Elliott Rhys dans le couloir de notre immeuble. Je m’efforce d’en chasser le souvenir tout en m’appuyant sur le mur avec elle.

— Je suis désolée de vous avoir mal parlé l’autre jour. Accueillir des clients mécontents n’est pas facile, je n’aurais pas dû en rajouter une couche.

Des excuses sincères ne peuvent qu’améliorer sa journée. Même si nous sommes parties du mauvais pied et que je ne la connais pas, je me détesterais de laisser cette femme pleurer seule dans la rue. Elle tourne vers moi une figure pâle, là où se mêlent surprise et réticence, un instant avant que les portes de l’entrée s’ouvrent.

— Enfin, vous êtes là ! s’exclame Elliott Rhys en dévalant les marches, un jeune homme affolé sur les talons. Nous vous avons cherchée partout ! Matthew a commis une énorme erreur, vous feriez mieux d’en prendre connaissance pendant que je…

Il s’interrompt en remarquant ma présence. Se redresse pour prendre un peu de hauteur – comme s’il n’en avait pas déjà suffisamment, le mec.

— Pendant que je discute avec… ?

— Charlotte Nantem, dis-je en lui tendant le gobelet. Je tenais à m’excuser pour la dernière fois… et pourquoi pas discuter du partenariat que vous aviez mentionné.

Elliott Rhys s’empare de la boisson pour la donner à sa réceptionniste. Il ne remarque pas une seconde son état de détresse évident.

— Tenez, Éléonore, il me semble que vous aimez le café, contrairement à moi.

Éléonore rougit. Avec un coup d’œil embarrassé, elle me demande la permission silencieuse d’y tremper ses lèvres. Et moi qui pensais manquer de tact !

— Je m’étonne de vous recroiser ici, reprend Elliott Rhys, les mains plongées dans ses poches de pantalon. Y aurait-il une raison particulière à votre changement d’avis ? Vous aviez hâte de me revoir, je suppose ?

Tandis qu’il parle, Éléonore et le salarié retournent dans l’agence. Comme Elliott décide de ne pas les imiter, je commence à croire que son offre ne tient plus.

— Admettons que j’aie pesé les pour et les contre, articulé-je avec prudence. Je suis là pour écouter votre proposition.

— Vous avez besoin d’un coup de pouce pour relancer votre activité.

Je papillonne des paupières, à court de mots. Elliott Rhys étire ses fines lèvres en un rictus malin, presque moqueur. La boucle échouée en travers de son front lui donne une allure chafouine.

— Vous détestez notre travail, vous me l’avez fait comprendre de manière assez virulente lors de notre rencontre. Il est évident que vous arrivez à court de solutions, vous ne seriez pas ici autrement.

— Votre travail ? répété-je, effarée. Je concrétise l’amour. Vous, vous le réduisez en miettes !

Il élargit encore son sourire avant de lâcher un rire discret, mais sardonique.

— L’amour ne se « concrétise » pas. Ce n’est qu’une histoire d’imbrication. L’être humain est un nœud d’algorithmes qu’il suffit de démêler. Le plus petit trait de caractère, le plus petit centre d’intérêt, la plus petite de vos habitudes inconscientes correspond à une équivalence mathématique.

Tout en continuant sa tirade, il me fait signe de le suivre à l’intérieur.

— Les Hommes s’attardent sur des moments de bonheur ridicules pour se convaincre d’avoir trouvé leur âme sœur et ensuite, ils se déchirent, m’explique-il en traversant le hall. Faites-moi confiance, ce n’est pas que je complique votre tâche, c’est vous qui rendez la mienne plus difficile. Une fois mariés, vous pensez avoir tissé un lien qu’il est formellement interdit de couper. Le terme « divorce » devient tabou, vous n’osez plus défaire les schémas familiaux qui vous torturent au quotidien, qui ne vous offrent pas l’impression de satiété à laquelle vous vous attendiez. Tromperies et mensonges ne sont, à la vérité, que le piètre résultat d’une mauvaise combinaison antérieure.

Chaque argument qu’Elliott Rhys emploie pour défendre sa politique commerciale s’apparente à un poignard qu’il enfonce dans mes convictions personnelles. Pourtant, le succès d’un tel concept ne m’étonne qu’à moitié. Quand on a été trahi plus d’une fois, sûrement refuse-t-on de s’abandonner de nouveau au hasard. Certaines personnes ont tendance à vouloir garder le contrôle sur le moindre aspect de leur existence, vie conjugale comprise. Il faut croire que La Compagnie de l’Arc apporte une réponse adaptée à ces maniaques de l’amour.

— Puisque nous en sommes à votre conception du sujet, le relancé-je, un peu piquée, votre service s’adresse-t-il également à la communauté homosexuelle ?

Elliott Rhys ne semble pas dérangé par la question. Il hausse les épaules, à des kilomètres de se rappeler l’incident avec une pauvre dame laissée sur sa faim.

— Bien entendu. L’amour réunit des consciences et des personnalités, pas des genres.

Je n’ose pas pousser notre conversation plus loin, de crainte qu’il devine mes recherches aiguillées sur les scandales de ses succursales. Elliott me propose une présentation plus concrète des prestations assurées par les conseillers matrimoniaux. Il appelle l’ascenseur tout en se grattant l’arrière du crâne.

— Au passage, concernant le soir dernier…

— Pas de problème, bégayé-je, sûrement rose de gêne. Vous avez tout à fait le droit de… vous balader dans le plus simple appareil, tant que cela reste dans un cadre privé. À l’avenir, si vous pouviez juste mettre quelque chose sur le dos avant d’entreprendre une promenade dans les parties communes…

— C’est évident. J’ai été pris de court par le bruit. Toutes mes excuses.

Ce disant, il tire sur le col de sa chemise déjà ouverte de deux boutons. En-dessous, sa peau est lisse et blanche à l’image de celle d’un adolescent prépubère. Un instant, je revois son corps élancé, les muscles légèrement enfoncés dans la maigreur d’une silhouette fine et nerveuse. Le mélange maladroit d’une taille mannequin et d’un sportif qui manque de s’entretenir les jours de fête.

— En vérité, je ne suis pas à l’aise avec les vêtements, continue-t-il en faisant quelques pas dans le deuxième étage. Ils grattent, ils serrent, ils empêchent de bouger. Et ne parlons pas des chaussures ! Il faudrait retrouver le type à l’origine d’un instrument de torture pareil, vous n’êtes pas d’accord ?

Je baisse les yeux sur mes vieux escarpins en daim bleu marine. Ils me cisaillent encore l’arrière du pied après des années de bons et loyaux services.

— Là-dessus, vous n’avez pas tort.

Après les avoir déverrouillées, Elliott Rhys me laisse l’honneur de pousser ces fameuses cloisons pourvues de hublots que j’ai aperçues lors de mon premier passage ici. Derrière elles se trouvent les énormes machines qui, vues d’aussi près, me projettent tout droit dans un film de science-fiction.

Dès que je pose un pied dessus, la pellicule d’électricité invisible qui recouvre le carrelage lance une colonie de fourmis à l’assaut de mes mollets. Je dépasse quelques rangées de tables pour mieux observer les couloirs de serveurs alignés derrière les vitres au fond de la salle. Là, les boutons de contrôle côtoient les lumières rouges, vertes et oranges qui préviennent des entrées et sorties de données. L’ouverture de chacune des cabines est protégée par un code.

— La confidentialité est notre priorité. Les informations des clients sont sauvegardées ici et comparées les unes aux autres. Lorsque l’algorithme créé par mes soins trouve une connexion, elle apparaît sur le dossier des membres concernés. Il ne s’est jamais trompé jusqu’à présent.

— Et vous avez besoin d’une base pareille pour rassembler les données de vos seuls clients ?

Un léger sourcillement chasse son expression affable. Il quitte la pièce, m’obligeant à l’accompagner dans ses grandes enjambées athlétiques.

— Vous aurez accès aux dossiers des personnes qui souhaiteront conclure leur expérience par le biais de vos services. Nous sommes spécialisés dans le courtage, notre but est de mettre en relation les individus compatibles en vue d’un ménage stable. Pour ce qui est de la suite, s’ils sont intéressés, nous leur proposons une liste d’organisateurs de mariage reconnus pour leur sérieux. Si vous nous convenez, vous apparaîtrez dans le registre des références à contacter.

— Si je vous conviens ? répliqué-je en m’arrêtant, à bout de souffle – bon sang, ce qu’il peut marcher vite ! Vous insinuez que vous n’aviez pas la ferme intention de collaborer avec moi quand vous me l’avez proposé ? Qu’est-ce qui me garantit que vos écarts de déontologie ne vont pas entacher ma propre image, d’abord ?

Elliott Rhys s’arrête pour me confronter. Sans que je ne le remarque plus tôt, il a retiré le troisième bouton de sa chemise. Comment fait-il ça ?

— Combien de commandes avez-vous actuellement ? me demande-t-il.

Je ravale un résidu de fierté pour ne pas mentir.

— Une seule.

— Bien ! Votre présence ici est donc le résultat d’une situation critique, conclut-il, reprenant sa déambulation rythmée. Nous devons au moins nous assurer qu’elle n’est pas due à un manque de professionnalisme. Mais pour être honnête, j’ai besoin de vous pour autre chose. J’ai cru remarquer, encore tout à l’heure, que vous étiez de nature empathique. Vous allez pouvoir faire vos preuves dès maintenant.

Le temps qu’Elliott termine, nous sommes déjà de retour dans l’ascenseur, direction le quatrième étage.

— Attendez ! m’inquiété-je soudain. Qu’entendez-vous par « faire vos preuves » ? Je n’ai jamais prétendu m’engager sans avoir vu de contrat ou…

Elliott ne m’écoute qu’à moitié. Nous gagnons une autre pièce au fond du couloir, éclairée par une large fenêtre qui déverse la lumière du jour sur un bureau verni. Derrière celui-ci, des étagères et une armoire croulent sous le poids de livres et de dossiers en tout genre. Là, Elliott abandonne son masque d’impassibilité pour une agitation grandissante et commence à remettre de l’ordre autour de lui. Quand il tente des paniers vers la corbeille placée près de la porte, je m’occupe de ramasser les feuilles chiffonées qui atterrissent un mètre plus loin. Au bout d’un petit moment, je perds patience :

— Vous allez m’expliquer ce qui vous prend, à la fin ?

— Je n’ai pas le temps de vous détailler toute la situation, grommèle-t-il. La plus grosse cliente de l’agence va débarquer ici d’une minute à l’autre. Dites-vous simplement que si nous arrivons à réparer les pots cassés par cet imbécile de Matthew, je m’engage à vous inclure à notre liste de partenaires et à vous coacher. Marché conclu ?

L’imbécile de Matthew passe justement la tête dans la pièce alors que je m’apprête à répondre.

— Je pourrais peut-être vous donner un coup de main… pour me rattraper ?

— Non ! (Elliott s’est redressé comme un ressort du dessous du bureau, une pochette cartonnée à la main.) Vous en avez assez fait. Si vous avez fini d’expliquer notre problème à Éléonore, rentrez chez vous.

Le pauvre gamin, aussi gorgé de honte qu’une tomate bien mûre de soleil, rabat le vantail dans un grincement sinistre.

Insensible à ses regrets, Elliott Rhys se retourne et sort de l’armoire un énorme classeur sur lequel est écrit le nom d’Hélène Kowalcyk. La plupart des documents qu’il contient sont des fiches de membres masculins. Du modeste artisan avec sa veste de bûcheron au businessman en costume trois pièces, cette Kowalcyk les aura tous essayés.

— Je croyais que votre algorithme ne se trompait jamais ?

Elliott jette un œil à l’extérieur. En bas de l’immeuble, une femme engoncée sous des kilos de fausse fourrure s’extirpe d’une berline rutilante avec le secours du chauffeur. Éléonore doit avoir pour mission de la ralentir dans le hall.

— Il ne s’est pas trompé, pas même une fois, confirme-t-il en passant une main sur son visage. Cette cliente fait partie des rares personnes qui correspondent à la majorité des prétendants. Elle a rencontré un bon nombre d’entre eux, sans jamais donner suite au premier rendez-vous. Du moins jusqu’au dernier match effectué. Hélène fréquente l’un de nos membres depuis plusieurs mois maintenant. Même s’il ne s’agit que d’échanges à distance, ils se considèrent désormais comme des partenaires de vie.

— Eh bien, quel est le problème ?

Il danse d’un pied sur l’autre pendant que ses yeux alternent entre moi et la porte toujours ouverte. La cliente est sûrement déjà en train de monter quand il lâche le morceau.

— Le problème est que l’algorithme ne tient pas compte de la participation d’un autre être vivant pour former les couples.

— Un autre être vivant ?

Des aboiements lointains se mettent à percer le silence grave de l’étage.

— Vous voulez que je règle un problème de chien pour vous démontrer mes compétences ? chuchoté-je, scandalisée. C’est une blague, j’espère ?

Un couinement de protestation, beaucoup plus proche cette fois, m’assure le contraire. Une seconde plus tard, Éléonore entre dans le bureau en catastrophe. Entre ses bras, un chitsu gris se débat, colle sa truffe noire et humide sur son visage, griffe le satin de son chemisier de marque.

— Elliott, je suis navrée…

— Elliott Rhys, mon très cher ami !

Une masse de cheveux acajou lui passe devant pour enlacer le directeur. La réceptionniste chancèle sur ses talons aiguilles et manque de précipiter le petit chien dans la corbeille.

— Alors comme ça, mon conseiller veut me voir ? s’extasie Hélène Kowalcyk.

De toute évidence incommodé par les élans d’affection, Elliott ne peut que feindre le ravissement en attendant sa délivrance.

— C’est moi qui vais m’occuper de vous aujourd’hui, hasarde-t-il derrière une petite toux.

— Si ce n’est que vous, le rendez-vous promet d’être charmant !

Elliott se regonfle comme une balle anti-stress dès qu’elle le libère. Une fois qu’Éléonore a disparu dans le couloir avec un coup d’œil navré pour son supérieur, il propose à Hélène de s’installer et tire une chaise derrière le bureau à mon intention.

— Elle m’a l’air d’aller très bien, lui glissé-je, étonnée la bonne humeur de la concernée.

— Pour l’instant, me prévient-il, sombre.

Tout en entamant les banalités d’usage pour me présenter en tant que partenaire de la société, Elliott tourne les pochettes du classeur et le pousse sous mon nez. Anil, vingt-huit ans, chercheur dans l’industrie pharmaceutique à Antibes. Allergique aux chiens.

Ma mâchoire se décroche.

Allergique. Aux. Chiens.

Espérant qu’Hélène n’ait pas remarqué mon choc, je me retourne pour attraper la carafe d’eau perchée sur les étagères. Elle est accompagnée d’une série de tasses aux couleurs de l’agence. Devinant mon petit manège, Elliott me regarde bouger les lèvres du coin de l’œil.

— Matthew a oublié un critère de cette importance ?

Je remplis un mug, l’air de rien. Trop excitée par cet entretien avec le directeur en personne, Hélène papote toute seule en savourant son eau et ne me voit pas faire rouler un stylo au sol. Elliott s’abaisse en même temps que moi pour le ramasser.

— Non, Matthew n’a pas oublié ce critère, me répond-il alors que nous sommes tous les deux penchés sous le bureau. Ce genre de détails est vérifié par les équipes à la main, mais il a cru bon de l’ignorer. Grave erreur, Hélène Kowalcyk est folle de sa serpillère sur pattes ! Essayez de la calmer pendant que je lui annonce son quatre-vingtième échec au programme, par notre faute cette fois.

La fin de sa phrase est vibrante de gêne. Tiens donc. Un minuscule couac dans la formule, et voilà que notre cher Elliott Rhys implose.

— Ce n’est pas fair-play. Je suis censée rejoindre votre liste de partenaires, pas empêcher vos assassinats à la chaîne !

— Donnant-donnant, d’accord ? siffle-t-il entre ses dents. Prouvez-moi que vous pouvez me sortir de ce pétrin, et nous rediscuterons des termes de l’accord plus tard.

Je m’apprête à rétorquer, mais Elliott me devance. Pétasse ? Je rêve, ou ce type vient de me traiter de pétasse ?

Ah, non, voilà : la cliente a reposé sa tasse.

En revenant à elle, Elliott commence à tripoter le quatrième bouton de sa chemise. Je lui donne un coup de pied pour l’empêcher de se dénuder jusqu’au nombril.

— Bien, me lancé-je, espérant donner le bon rythme aux prochaines répliques d’Elliott. Comme Monsieur Rhys vient de vous l’expliquer, j’assure la continuité du service pour les clients désireux de conclure leur union par un mariage. Aujourd’hui, l’agence considère que vous avez effectué suffisamment de rencontres avec un autre membre du programme pour savoir si vous souhaitez entamer une relation stable et, pourquoi pas, faire appel à l’un de ses partenaires. Cependant, il y a un petit prob…

— Vous tombez bien, me coupe Hélène. Anil et moi souhaitons nous marier.

Je me tourne vers le directeur, prise de court. Elliott perd les quelques moyens qu’il avait en réserve et largue la bombe :

— Vous ne pouvez pas continuer, cet homme est allergique aux chiens.

Oh.

Le con.

— Vous vous moquez de moi ? s’offusque Hélène. Comment pouvez-vous…

Hélène Kowalcyk avale l’air bruyamment avant de devenir aussi pâle que les fesses d’Elliott. J’appréhende le déferlement de colère qui va nous tomber dessus, mais au lieu de crier à l’injustice, elle explose en sanglots, visage dans les paumes, au point de tremper le col Claudine qui étrangle sa nuque.

Elliott panique de plus en plus. Me supplie d’agir.

— Il doit y avoir une solution, bégayé-je. S’il s’agit vraiment de votre âme sœur, alors…

— De mon âme sœur ? répète-t-elle, soudain plus ferme, en retirant ses mains du devant de sa figure. Combien d’âmes sœurs cette agence va-t-elle encore me présenter ? Vous pensez que si ces hommes me correspondaient vraiment, j’en serais encore à ce stade ?

La colère d’Hélène Kowalcyk se lève avec elle, comme un un vent brusque et orageux. Elliott se prend le coin du bureau dans le genou et grimace.

— Écoutez…

— Non ! hurle-t-elle en me pointant du doigt alors que je m’apprête à la suivre. C’est terminé !

Hélène resserre les pans de son manteau et me toise sans cacher son dédain.

— Il est clair que cette agence cherche à me plumer. Vous avez intérêt à me rembourser les frais engagés depuis mon inscription, sinon, la prochaine fois que nous nous verrons, ce sera au tribunal. Compris ?

Bien que je l’anticipe, le claquement de la porte qui rebondit contre le mur me fait sursauter. À côté de moi, Elliott se tient le front dans une main.

— C’était beaucoup plus simple avant, soupire-t-il.

Il referme le classeur dans un geste las.

Super. Je viens manifestement de louper le test avec brio.

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