Le Complexe de Cupidon (French Edition)

Eva Kim · Chapitre 41 sur 57

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Le Complexe de Cupidon (French Edition)

Chapitre 38

Gaël a refusé de me prêter sa voiture. Du moins au début. Je me doutais qu’il ne serait pas emballé par le projet.

— Mais je ne peux pas prendre le train ! lui ai-je martelé en le voyant secouer la tête. C’est sa dernière conférence avant qu’elle ne rentre aux États-Unis ! S’il y a le moindre retard, je la raterai pour de bon !

Puisqu’il a gentiment décliné ma première demande au téléphone, je l’ai attendu à l’appartement avec Maddie jusque tard dans la soirée. Il faisait les cent pas dans leur salon et je l’entendais tripoter ses clés à l’intérieur de sa poche de veste.

— Tu n’as pas conduit depuis des mois. Je ne vais pas te laisser partir

aussi loin, comme ça, sur un coup de tête, a-t-il lâché avec sérieux. Par contre, je peux t’accompagner. Après tout, Lille, ce n’est pas la mer à boire…

— Gaël, Gaël…, ai-je soupiré en me donnant un air à la fois moqueur et désespéré. J’ai eu mon permis bien avant toi, et tu me crois encore capable de planter ta caisse sous prétexte que j’ai fait une petite pause ?

Il pense que je me rends à une présentation de la célèbre Anaïs Blancourt sur l’entrepreneuriat. Techniquement, ce n’est pas un mensonge – je ne vais juste pas y assister.

Le brouillard se dissipait encore à travers les rayons pâles du matin quand j’ai vérifié une dernière fois le planning des différents pitchs de la conférence, consultable en ligne, avant de sauter sur le siège conducteur de sa petite citadine.

L’appel de Nathan s’affiche deux heures et demie de route plus tard sur le tableau de bord connecté à mon téléphone. Mes cuisses en feu retiennent l’embrayage et le frein dans la circulation dense qui congestionne l’entrée de la ville.

— Hisham te cherchait, m’annonce-t-il. Tu travailles au bureau aujourd’hui ?

— Mince ! Je vais le contacter, j’ai oublié de lui donner une date après avoir décalé notre deuxième rendez-vous.

Un blanc.

— Tu vas bien ?

Je me mords la lèvre en fixant le véhicule de devant. Ma négligence n’est pas passée inaperçue à L’Office. Surtout depuis que je n’y vais plus du tout.

Est-ce que je vais bien ?

— Je vais bien, confirmé-je après une petite hésitation. J’ai juste quelques problèmes à régler en ce moment.

La disparition de mon ex-petit ami timbré, entre autres.

Nous raccrochons alors que j’approche de l’hôtel où se tient la conférence. Une fois sur le parking, je m’accorde un instant pour frotter mes jambes ankylosées. Plus de deux-cents bornes parcourues dans l’espoir de le comprendre, et Elliott, lui, ne daigne même pas me passer un putain de coup de fil.

Le chauffage s’est coupé avec le moteur. Dehors, loin derrière le pare-brise déjà partiellement recouvert de buée, une foule s’entasse devant les portes du tramway qui conduira ses passagers vers une autre de ces journées bien remplies. Un sanglot me remonte dans la gorge et j’éclate d’un rire humide. J’ignorais qu’il y avait un tramway à Lille. Qu’est-ce que je fabrique ici, dans une ville que je ne connais même pas ? Suis-je vraiment désespérée au point d’accorder du crédit aux pires lubies d’Elliott ?

Le pitch commence dans une trentaine de minutes. Quand j’ai enfin réussi à stopper ma crise de nerfs, fendu l’air gelé du centre et indiqué mon nom à l’agent d’accueil, je prie encore pour qu’Anaïs accepte de me recevoir. Ce qu’elle fait.

— Alors comme ça, vous vous êtes lancée dans une chasse au Elliott ?

Elle est en train de relire son sujet, installée à une table de la chambre où l’on m’a invitée à monter.

— Comment avez-vous deviné ? rétorqué-je, toujours debout près de la porte.

— Il ne m’a pas donné de nouvelles depuis deux semaines. Et puisque vous avez déjà assisté à cette conférence, je me doute que vous venez pour autre chose que mes précieux conseils.

— Ce n’est pas Elliott que je chasse, mais des réponses.

Son dos se raidit un peu sous les mailles argentées de sa robe. Au sommet de son crâne, l’épaisse tresse noire enroulée en chignon frémit. Anaïs repousse son script pour attraper les tasses retournées qui se trouvent devant elle.

— Thé ? Café ?

— Non, merci.

L’hospitalité dont elle fait preuve me rassure sur sa disposition à m’écouter ; je la prends comme une invitation à venir m’asseoir.

— Que voulez-vous savoir ? me demande-t-elle, de but en blanc.

Je lui déballe toute l’histoire. Comme ça, sans hésiter. Les premiers aveux d’Elliott le soir de notre rupture, les révélations de Désiré sur les délires de son frère, les vols de données. Et ces longues heures passées à démêler le vrai du faux dans un tourbillon de visages en lesquels j’avais tellement, tellement confiance.

L’exercice est assez simple, lorsque vous ne craignez pas le jugement de votre interloctrice. Il l’est d’autant plus si vous la suspectez de connaître une grosse partie des faits.

— Je suis heureuse pour Elliott, déclare simplement Anaïs, comme déconnectée face à la gravité de mes accusations. Il a longtemps couru après les autres, mais pour une fois, quelqu’un semble décidé à courir après lui, et lui seul. Après tout, vous ne seriez pas là si vous aviez lâché l’affaire.

— Écoutez, continué-je, bien consciente que Gaël frôlerait la syncope s’il m’entendait, vous n’êtes pas obligée de vous aligner sur la vision d’Elliott. S’il souffre, je n’en sais rien, d’un trouble psychologique et s’est vraiment inventé ce personnage de Cupidon, je serai capable de l’accepter. Enfin je crois.

Anaïs balade ses yeux sur le papier peint beaucoup trop rouge de la chambre. Le soupir qu’elle retient depuis les mots « trouble psychologique » finit par lui échapper.

— Elliott est loin de perdre la tête.

— Il se prend pour un dieu, répliqué-je.

— Et vous ne croyez pas en cette possibilité ?

— Non. Non, non, non !

Je suis déjà debout, les ongles plantés dans la paume de mes mains. Anaïs est censée apporter des explications raisonnables aux actes d’Elliott, pas rentrer dans son jeu. L’entendre justifier de tels affronts avec la même excuse que lui me rend furieuse. Et tout ce rouge qui me monte à la tête...

— Je peux admettre qu’Elliott soit tombé dans cette… folie ! m’exclamé-je. Mais ne me faites pas ça, pas vous.

Anaïs repousse sa chaise au moment où quatre coups brefs, frappés contre la porte, brisent le lourd silence de la chambre. Quelqu’un passe sa tête à l’intérieur – une femme, je crois.

— Madame Blancourt, si vous avez fini de vous préparer…

— Encore un instant, ils peuvent attendre, affirme Anaïs sans détacher son regard du mien.

— Mais…

— Je vous dis qu’ils peuvent attendre !

La personne responsable du planning retourne dans le couloir avec une excuse contrite. Anaïs expire lourdement, le visage dur, avant de saisir un sac à ses pieds. Je suis ses gestes des yeux avec une réserve méfiante, jusqu’à ce qu’elle en sorte une vieille photographie et la glisse vers moi. Lorsque sa manucure parfaite se détache de l’image, je reconnais la coach, plus jeune, la vingtaine peut-être, habillée d’un pull aux couleurs de l’université de Princeton.

— J’ai rencontré Elliott pendant ma carrière d’enseignante aux États-Unis, m’apprend-elle. Il donnait des cours de physique et de mathématiques à l’université où j’étais intervenante. Nous étions de simples collègues, mais il me semblait déjà particulièrement brillant et… disons, différent.

Un rire furtif remonte de ses souvenirs. Lorsqu’elle poursuit, un soupçon de nostalgie trouble le timbre habituellement tranquille de sa voix.

— Un jour que je me rendais à une salle où Elliott présentait juste avant moi, j’ai trouvé la porte verrouillée. Ça m’a paru étrange : le planning était partagé, il savait que l’amphithéâtre serait occupé après son passage. J’ai tout de même ouvert avec ma clé sans trop me poser de questions. Et je l’ai trouvé là, torse nu. Avec des ailes qui lui sortaient du dos !

Là, elle se poile carrément. J’en reste muette, beaucoup trop embarrassée pour émettre le moindre son. J’espère que mon regard ne trahit pas trop le fond de mes pensées à cet instant.

— J’ai bien failli m’enfuir en courant, mais Elliott m’a suppliée de l’écouter, poursuit-elle, plus calme. Il m’a tout avoué sur son identité. J’étais bien obligée de le croire, avec ce que j’avais sous le nez. Ensuite, il m’a confié qu’après des années à rester rangées bien sagement, ses ailes étaient sorties d’un coup et refusaient de disparaître. Un quart d’heure plus tard, je lui faisais traverser les couloirs de la faculté incognito, caché dans une armoire de télévision.

Là, je suis à peu près certaine de grimacer mon embarras, et ce malgré tout le respect qu’Anaïs Blancourt m’inspire. Mais alors que je soupçonne la coach de débloquer complètement, elle tapote sur la tête de l’homme qui se tient à ses côtés, m’incitant à regarder de nouveau la photographie.

— Constatez-le par vous-même. Il n’a pas pris une ride depuis les années 80.

Le choc me renvoie sur ma chaise. Elle a raison : cet Elliott ressemble terriblement au mien. La seule différence notable vient de ses boucles. Elles descendent sur ses épaules, lui conférant une allure à la fois négligée et séduisante. Je caresse sa silhouette dégingandée avant d’éloigner ma main, comme si le toucher constituait une acceptation implicite des hypothèses les plus dingues.

— Non, répété-je. Ça, c’est ce que vous souhaitez me faire croire, et à plus forte raison ce que j’ai envie d’entendre.

— Je n’ai aucun intérêt à vous mentir, s’agace-t-elle. Je peux même vous assurer que les émotions d’Elliott influencent la météo et qu’il ne tombe jamais malade.

Les regrets se mêlent au déni. L’idée qu’il ne m’a jamais appartenu, qu’à la vérité, il n’appartenait qu’à lui-même, forme une boule douloureuse au fond de ma gorge.

Ai-je seulement le droit d’accepter cette version de l’histoire ?

Je relève les yeux sur le visage d’Anaïs. Il est parsemé de grains de beauté et de rides, marqué par le temps.

— Alors vous n’êtes pas…

— Non, me coupe Anaïs, retrouvant une expression plus amène. Je vieillis et me tasse. Elliott, lui, a traversé les âges. Il a existé sous plusieurs identités pendant des milliers d’années, c’est la raison pour laquelle il ne paraît jamais avoir de racine. Elliott Rhys ne restera que pour quelques décennies, ensuite, il changera de nom. Lorsque je l’ai connu, il s’appelait Côme. Quand les gens ont commencé à interroger son éternelle santé, il a choisi Raphaël, puis Elliott.

— Dans ce cas, quel est son véritable nom ?

— Éros, Cupidon… Attribuez-lui celui que vous souhaitez, mais Elliott ne répond qu’à celui qu’il se donne dans le présent. C’est un dieu capricieux et têtu, il est profondément attaché à son identité « humaine ».

Je décide de faire comme si elle n’avait pas prononcé le mot « dieu » avec un tel naturel :

— Mais alors, si Désiré est vraiment son frère…

— Antéros, son frère cadet, confirme Anaïs. Leur mère, Aphrodite, a d’abord conçu Éros. En réalisant que son enfant ne grandissait pas, elle a eu Antéros, aux côtés duquel il a pu mûrir et atteindre l’âge adulte. Par ce mythe, on comprend que l’amour a besoin d’être réciproque pour fleurir. Désiré aide Elliott dans son travail et change lui aussi de nom lorsque c’est nécessaire. Comme tous les autres, en fait.

Je me racle la gorge :

— Les autres ?

— Vous ne croyez tout de même pas qu’Elliott et Désiré sont les seuls dieux à séjourner parmi nous ?

Je ris nerveusement. Passe une main sur mon front. Bon sang, à quelle sorte de fantaisies suis-je en train de croire ?

— C’est n’importe quoi, balbutié-je. Elliott n’est pas… Je lui cherche une raison valable d’avoir agi comme il l’a fait, c’est tout.

Les fossettes d’Anaïs se creusent d’un sourire patient :

— Avez-vous eu l’occasion de rencontrer Aimée ?

— Oui, mais… Oh, ne me dites pas que…

Je me prends la tête entre les mains. Il va y en avoir combien, encore ? Anaïs, bien consciente que je n’y connais strictement rien en mythologie, poursuit ses explications avec la même quiétude rassurante.

— Pour faire simple, Psyché était une princesse à la beauté saisissante. Une beauté telle que le peuple venait l’admirer des heures entières, jusqu’à en oublier de célébrer Aphrodite. Celle-ci, jalouse, a envoyé Éros la faire tomber amoureuse de l’homme le plus laid et le plus méprisable qui soit. En voulant tirer sa flèche, il s’est blessé avec, tombant lui-même sous le charme de la princesse. Par une série d’événements, Psyché s’est retrouvée à vivre dans la demeure d’Éros, où il a pu la courtiser. Elle s’est éprise de lui en retour et, lorsque les dieux de l’Olympe ont eu vent de cet amour, ils ont annoncé leur mariage et ont invité Psyché à consommer l’ambroisie, l’élevant ainsi au rang de déesse.

J’écoute Anaïs, quelque peu sceptique. Même si Elliott me semblait parfois dépassé par le monde moderne, comme s’il venait d’une autre époque, j’ai encore du mal à imaginer qu’il ait pu vivre cette histoire et traversé les siècles pour devenir celui qu’il est aujourd’hui.

— Il y a autre chose que vous devez savoir, ajoute Anais. D’après Elliott, cette légende est en partie erronée.

Je relève la tête et me flagelle en silence de me montrer si attentive à son récit. Un récit de fou.

— En vérité, Aimée savait qu’Aphrodite avait missionné Elliott pour la faire tomber amoureuse d’un personnage vil. Elle l’a devancé en envoyant quelqu’un le bousculer au moment où il tirait une flèche. Un simple moment de ce qu’Elliott a pris pour de la négligence, et le dieu de l’amour en personne tombait sous le charme d’une vulgaire humaine. Pour mieux le convaincre de la réciprocité de ses sentiments et obtenir la bénédiction de l’Olympe, Aimée s’est ensuite volontairement blessée avec une flèche dérobée dans son carquois. Mais elle aspirait à autre chose que l’amour, bien entendu.

— L’immortalité.

Ma réponse n’est qu’un souffle, mais elle suffit à dissiper tout le brouillard autour d’Elliott. Le peu de fois où il consentait à me parler de sa relation avec Aimée, je lisais dans ses yeux la douleur d’une faute irréparable, dont je mesure désormais toute l’ampleur.

Anaïs acquiesce avant de reprendre :

— Dans le mythe comme dans la réalité, il existe deux sortes de flèches : les flèches d’or et les flèches de plomb. Si l’on est touché par une flèche d’or, on tombe amoureux de la première personne que l’on croise. Les flèches de plomb, quant à elles, servent au désamour. Comment pensez-vous qu’Elliott a réagi en apprenant la vérité ?

— Elliott s’est administré le désamour, lâché-je, abasourdie. Puis il a tenu les flèches de plomb à distance d’Aimée. Des siècles à désirer celui qu’elle s’était elle-même condamnée à aimer, c’était sa punition.

— Et Elliott l’a libérée il y a quelques mois. Pour vous. Il a renoncé à ce châtiment parce qu’il représentait une trahison à votre égard.

Ma poitrine bat à m’en faire mal. Je me dis qu’une flèche de plomb ne serait pas de refus pour qu’Elliott s’efface de ma tête et de mon cœur.

— Il m’a trahie de bien d’autres manières, répliqué-je durement, plus pour moi que pour elle.

— Non, Charlotte, il s’est trahi lui-même, objecte-t-elle avec douceur. Vous devez bien comprendre le caractère absolu de ses obligations. Elliott est soumis à des lois qui dépassent de loin notre entendement. Il rend des comptes à l’univers tout entier, enchaîné à un rôle pour lequel il a été conçu. Pourtant, il a remis en cause la finalité même de son existence en acceptant de vous aimer.

Je m’appuie contre le dossier de ma chaise, essayant tant bien que mal de ne pas pleurer. Quelqu’un revient toquer, mais Anaïs l’ignore pour trouver un paquet de kleenex dans son sac et me le tendre. Je me mouche bruyamment.

— Et vous allez me dire qu’un foutu dieu s’est retrouvé à diriger une agence matrimoniale ? rigolé-je ensuite, ironique.

— Oui, me répond-elle le plus sérieusement du monde. En fait, les flèches d’Elliott et Désiré ne fonctionnent plus depuis longtemps, alors ils ont dû… se réinventer, en quelque sorte. Pour Elliott, ces agences sont le moyen d’exercer son art avec une précision chirurgicale. Puisqu’il se refuse à offrir des amours aussi fourbes et hypocrites que celui qu’il a partagé avec Aimée, il étudie chacune de nos caractéristiques et leur trouve une correspondance parfaite.

Les ambitions d’Elliott et de La Compagnie de l’Arc vont bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer. Tu m’étonnes que Désiré a préféré le faire passer pour un fou !

On insiste derrière la porte. Comme je ne dis rien, beaucoup trop assommée par cette montagne d’aveux, Anaïs se penche au-dessus de la table et touche ma main.

— Le jour où vous l’avez quitté, il a beaucoup plu, je me trompe ?

La responsable de tout à l’heure finit par ouvrir la porte : le public s’impatiente. Anaïs acquiesce et accompagne mon mouvement alors que je me redresse sur des jambes en coton.

Tout en traversant le couloir avec moi, la coach me glisse des formules d’encouragement que je n’entends plus, s’assure de mon état. Un pas gauche me guide jusqu’au parking après qu’elle m’a laissée partir. Je mets plusieurs secondes à déverrouiller la voiture. J’ouvre la lourde portière et m’écrase sur le siège conducteur, toute tremblante. Qu’est-ce que je fais, maintenant ? Comment doit-on agir, lorsque l’être qui vous manque à ce point n’est autre qu’un ange tombé du ciel et qu’il a disparu de la circulation ?

— Vous êtes le dieu de l’amour, murmuré-je tout bas, espérant qu’il m’entende quelque part, espérant que, peut-être, il ait le pouvoir de m’écouter à des milliers de kilomètres d’ici. Vous êtes le dieu de l’amour, vous n’avez pas le droit d’en avoir peur…

Silence.

Je donne un coup sur le volant, puis deux.

Et soudain, je réalise.

Le soir de notre rupture, il s’accrochait à moi comme si le monde était sur le point de s’effondrer.

« Alors, allons-y. Partons, rien que tous les deux, loin de tout ça, et je vous dirai tout. »

Elliott n’a jamais voulu se servir de moi. Il y était contraint. Mais en choisissant de quitter l’agence, je l’ai abandonné à son propre sort : celui de n’être que l’arbitre d’un match dans lequel il n’avait encore jamais pris part volontairement.

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