Le disparu de Larvik
Chapitre 14
14
Line était attablée dans sa cuisine devant un café, des toasts et de la confiture. La radio diffusait une musique de vacances et le journal local était ouvert sur la table. Les nouvelles de la veille faisaient les gros titres. La police avait retrouvé le taxi de Jens Hummel. Il n'y avait rien de plus que ce qu'elle avait lu sur Internet le soir précédent, mais on avait utilisé d'autres photos. Notamment une de son père en voiture avec un policier en tenue levant une rubalise sur le chemin qui menait à la grange où on avait découvert le taxi.
Elle se pencha vers la fenêtre pour regarder la maison de son père. Il était rentré tard. Elle n'avait vu sa voiture que quand elle s'était levée pour aller aux toilettes vers 2 heures du matin, et voilà qu'il était déjà reparti.
D'après le journal, la police avait fouillé les environs de la ferme désaffectée jusqu'à une heure avancée de la soirée sans trouver trace de Jens Hummel.
Elle attrapa son ordinateur et l'ouvrit pour voir ce que VG écrivait. Il y avait une brève du desk, qui faisait référence au journal local. VG avait en outre interrogé la substitut du procureur Christine Thiis afin de pouvoir la citer directement.
Dagbladet avait son propre article, mais pas en une. Il était illustré d'une photo amateur du taxi à l'arrière d'une dépanneuse. La voiture était partiellement recouverte d'une bâche grise, mais cela rendait la photo d'autant plus efficace, car elle permettait au journaliste de se livrer à des conjectures sur les secrets que ce taxi longtemps recherché pouvait receler.
Line sentit la journaliste s'éveiller en elle. Le lieu de la découverte n'était qu'à quelques minutes de route. Elle connaissait des gens ici et pourrait trouver des angles qui feraient gagner son journal dans la course aux infos.
Le bébé donna un coup de pied brusque dans son ventre et elle poussa un petit gémissement de douleur. C'était la première fois qu'un mouvement lui faisait mal.
Elle attendit un peu avec la main sur son ventre, mais il n'y eut pas d'autres coups. Juste de légers tressaillements quand la vie qu'elle portait se retourna.
À la radio passait une chanson d'été suédoise, une histoire d'eau et de vents bleus. Elle la fredonna jusqu'à ce que le bébé trouve une position confortable et reste tranquille. Puis elle débarrassa la table et alla contempler le plafond du salon repeint. Avant de retapisser, il fallait passer une deuxième couche de peinture sur les plinthes et les encadrements de fenêtres. Ça, en tout cas, elle pouvait y arriver toute seule.
Elle ouvrit toutes les fenêtres avant de s'y mettre. La chaude brise d'été s'engouffra dans la pièce. La peinture allait sécher en un clin d'œil.
Son téléphone était resté dans la cuisine. Elle avait fini la première fenêtre quand il sonna. Numéro inconnu. Depuis qu'elle avait cessé d'écrire dans le journal, il lui arrivait rarement d'être appelée par des inconnus.
Elle essuya ses doigts sur ses cuisses pour s'assurer qu'il ne restait pas de peinture avant de décrocher.
« Allô, c'est Sofie. Sofie Lund. J'ai trouvé ton numéro sur Internet.
— Salut », répondit Line en souriant. Elle écarta des cheveux de son front du revers de la main. « Merci pour hier. C'était sympa.
— J'ai appelé un serrurier, pour le coffre, expliqua Sofie. Il va venir vers midi.
— Comme c'est excitant !
— Je ne connais personne ici. Alors j'espérais que tu pourrais être là quand il arrivera. Parce que je ne sais pas ce qu'il y a à l'intérieur.
— Bien sûr. Je finis juste de peindre quelques fenêtres et j'arrive. »
Sofie la remercia.
« On se voit tout à l'heure, alors », conclut-elle.
Line regagna sa fenêtre, ramassa son pinceau et le plongea dans le pot de peinture. Ses pensées quittèrent ce que les journaux qualifiaient d'« énigme Hummel ». Elle songea au vieux coffre-fort de la maison Mandt.
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