Le disparu de Larvik
Chapitre 75
75
L'homme braqua l'arme sur elle. Line avala de l'air et ressentit alors une douleur dans la poitrine qui descendit rapidement vers le ventre.
« Restez tranquille », ordonna-t-il.
Line était incapable d'articuler un mot. La menace ne pesait pas seulement sur elle, mais encore sur l'enfant qu'elle portait. Elle était paralysée par la peur écrasante que la vie de son bébé ne se termine avant d'avoir commencé.
Une pression croissait dans son bas-ventre. Elle posa la main dessus alors que cette sensation étrangère, oppressante, gagnait ses lombaires. Elle espérait que c'était juste cette terreur soudaine qui la nouait.
« Relax, dit l'homme en faisant un pas en avant. Je vais juste chercher un truc. »
Line essaya de respirer calmement. Parfaitement immobile au milieu de la pièce, la main droite délicatement posée sur son ventre, elle essayait de sentir si c'était vraiment son utérus qui se contractait. L'idée l'avait à peine traversée qu'elle eut une violente douleur.
Oh non, pas ça, songe-t-elle. Pas ça.
La douleur céda. Line essaya de se tranquilliser en se disant que ce n'était sûrement pas une vraie contraction. Ce pouvait être une crampe isolée, une réaction de peur ou une espèce de fausse contraction.
Elle respira encore et fit quelques pas vers le parc. Accrochée aux barreaux, Maja fixait l'homme en noir avec de grands yeux. Line voyait que les larmes n'étaient pas loin.
« Laissez la gamine », ordonna l'homme en lui faisant signe de s'éloigner avec le pistolet.
Un parler guttural, nota-t-elle en prenant le temps de fixer les yeux sombres derrière la cagoule. Il devait être du Sørlandet.
« Qu'est-ce que vous voulez ? parvint-elle à articuler.
— Les papiers de votre grand-père. Ce qu'il avait dans son coffre-fort. »
Il me prend pour Sofie, songea Line sans chercher à dissiper le malentendu.
« Au sous-sol, dit-elle simplement.
— Vous d'abord. »
Maja se mit à pleurer. Une plainte timide.
L'homme s'écarta en lui faisant signe d'avancer.
« Tout de suite ! » ordonna-t-il en haussant le ton.
Line se dirigea vers la porte, d'une démarche souple, comme si chaque pas pouvait ébranler son corps et déclencher de nouvelles contractions.
L'escalier grinçait sous elle. Les cris de Maja s'assourdirent alors qu'ils s'enfonçaient dans la cave.
L'homme derrière elle la poussa au fond de la pièce et lui ordonna de se tourner vers le mur.
La porte du coffre-fort était entrouverte.
« C'est tout ? » demanda l'homme en s'accroupissant.
Line envisagea de lui parler des cassettes dans le salon, mais ce serait comme lui avouer qu'elle les avait écoutées et elle ne savait pas quelles pourraient en être les conséquences. Puisqu'il avait parlé de papiers, elle misa sur le fait qu'il n'était peut-être pas au courant de ce qu'il y avait dans le coffre.
« Oui. »
L'homme sortit un classeur et le feuilleta. C'est alors seulement qu'elle remarqua qu'il portait des gants fins en latex.
Il fit un signe de tête satisfait, reposa le dossier et regarda autour de lui.
« Vous attendez de la visite ?
— Comment ça ?
— Est-ce que quelqu'un va venir ici aujourd'hui ? »
Elle ne comprenait pas où il voulait en venir avec cette question.
« Une copine… répondit-elle en pensant à Sofie.
— Quand ça ?
— Dans quelques heures.
— OK, fit l'homme en se relevant. Venez. » Il la conduisit dans le couloir, puis dans ce qui avait été une salle de gym. « Là-bas », ordonna-t-il en montrant l'espalier.
Elle obéit.
« Les mains en avant ! »
Elle hésita, mais tendit les mains devant elle. L'homme tira quelques liens en plastique de sa poche et lui empoigna le bras.
Line voyait ce qui se profilait.
« Non ! » protesta-t-elle en essayant de se dégager.
Appliquant le poids de son corps contre elle, l'homme la poussa contre l'espalier et lui enfonça le bras entre deux barres en le faisant ressortir sous celle du bas.
« Non ! cria-t-elle encore. S'il vous plaît ! »
L'homme lui ligota les mains et l'attacha à l'espalier. Le plastique dur du lien pénétra dans ses poignets. Elle ravala son cri de douleur et s'efforça de respirer calmement. Si c'était bien une contraction qu'elle avait sentie, s'affoler ne ferait qu'accroître le risque d'en avoir d'autres.
« Votre copine ne va pas tarder. » L'homme se dirigea vers la porte. « Vous serez libre dans quelques heures. »
Il s'arrêta sur le seuil et la scruta.
« Bon, vous la bouclez, toutes les deux. Sinon vous n'aurez plus jamais la certitude que rien ne va arriver à votre brailleuse de gamine. »
Il pointa le pistolet vers le plafond et la pièce où se trouvait Maja.
« Vous comprenez ? »
Line acquiesça. L'homme tourna les talons, sortit et ferma la porte sans regarder derrière lui. À travers les pleurs de Maja, elle l'entendit vider le coffre dans la pièce voisine.
Elle essaya de se concentrer sur son souffle. Tout entière à sa respiration, calme et tranquille. S'efforçant de chasser toutes ses autres pensées.
Elle ferma les yeux.
Au loin, elle entendit des pas dans l'escalier et la porte d'entrée qui claquait.
OceanofPDF.com