Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 76 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 76

76

 

 

Les minutes passant, elle retrouva l'espoir que la contraction n'ait été qu'un épisode isolé et non le début du travail.

L'idée la rassura, mais au même instant les douleurs revinrent. Comme la fois précédente, elles se ramifièrent dans ses lombaires en s'intensifiant.

À l'étage du dessus, Maja hurlait sans discontinuer. Line essaya aussi. Elle remplit ses poumons et cria à l'aide, mais elle savait que cela ne traverserait pas ces murs épais. Frank Mandt avait torturé des gens dans sa propre cuisine sans attirer l'attention. Elle n'obtiendrait pas de meilleurs résultats. Elle s'efforça donc de travailler sur le lien en plastique qui l'attachait à l'espalier. Elle essaya de se dégager en tordant les mains, mais le lien était aussi solide que des menottes. Elle allait être obligée d'attendre là jusqu'au retour de Sofie. Combien d'heures pouvait-il rester ? Deux heures ? Trois ?

Au loin, son téléphone sonnait. Il était dans son sac à côté du canapé. Maja cessa de hurler, mais recommença dès que la sonnerie se tut.

Line essaya de se dire que ce n'était pas grave. Maja était dans son parc. Elle ne pouvait se blesser sur rien. Elle avait peur et elle commençait sûrement à avoir faim, mais elle allait finir par se fatiguer et s'endormir.

Trois contractions déferlèrent, en cadence, régulières, avec juste six ou sept minutes d'intervalle. Même durée, même intensité. Ses genoux cédèrent, un peu plus à chaque contraction, comme si elles pompaient ses forces. Son corps s'affala et elle se retrouva recroquevillée sur elle-même, la tête sur la poitrine.

Les cours de préparation à l'accouchement avaient largement consisté en exercices de relaxation. Elle avait développé son aptitude à se tranquilliser. Le simple fait de savoir qu'elle l'avait déjà fait atténua son angoisse. Elle retrouva bientôt une respiration calme, un rythme cardiaque plus régulier. Si elle parvenait à maîtriser sa nervosité et à regagner quelque peu le contrôle de la situation, il y avait peut-être de l'espoir que l'accouchement reprenne un cours plus naturel. De toute façon, en général, un premier accouchement durait plus de douze heures.

Le lien mordait ses poignets. Elle se redressa pour soulager la brûlure. Elle respirait la bouche ouverte, par courtes aspirations rapides, sans remplir ses poumons convenablement. Quand la crampe céda, elle se mit à inspirer plus profondément. Elle sentit alors un changement : la pression dans son ventre lâcha et elle mit instinctivement sa main entre ses jambes. Les eaux ruisselaient sur l'intérieur de ses cuisses.

Le travail avait commencé. Les contractions allaient maintenant s'intensifier et se rapprocher.

Depuis qu'elle avait découvert sa grossesse, elle avait lu des livres et des articles sur l'accouchement. Elle avait cherché à éliminer sa peur en s'informant, sans grand succès. Elle s'était dit que l'accouchement allait être un souvenir unique. Un événement gravé dans sa mémoire pour le restant de ses jours. Seulement, elle ne voulait pas s'en souvenir comme ça ; mais ce qui devait arriver arriverait. Elle allait accoucher ici, par terre, enchaînée.

Une nouvelle contraction venait. Plus violente que les précédentes. Line se servit de sa respiration pour tenir le coup, elle essaya d'en mesurer la durée, mais perdit le compte.

Les contractions suivantes furent plus rapprochées, plus profondes, plus pénibles. Alors qu'elles se succédaient en cadence, les douleurs dans son dos s'accrurent et elle eut l'impression de perdre toute sensation dans ses mains.

Elle ne remarqua pas que les pleurs s'étaient tus au rez-de-chaussée. Maja avait dû s'endormir. Depuis combien de temps était-elle là ? Une heure ? Quand Sofie allait-elle rentrer ?

Elle venait à peine de se poser la question quand elle entendit la porte d'entrée. Si ce n'était pas Sofie, ce pouvait être l'homme au pistolet qui avait compris qu'il n'avait pas eu tout ce qu'il y avait dans le coffre et revenait chercher le reste.

Elle tenta sa chance :

« À l'aide ! À l'aide ! »

Des pas dans l'escalier.

« Line ? appela Sofie.

— Ici ! En bas ! »

La porte s'ouvrit. Sofie fit un pas dans la pièce, mais s'arrêta net en la dévisageant.

Une nouvelle contraction s'empara de Line. Cette fois, elle laissa la douleur s'échapper dans un cri.

« Libère-moi ! » supplia-t-elle en serrant les dents.

Sofie la rejoignit, l'entoura de ses bras et la hissa.

« Tu en as déjà eu beaucoup ? »

Line répondit d'un hochement de tête.

« À combien d'intervalle ?

— Quatre, cinq minutes. Elles sont de plus en plus fortes, expliqua-t-elle avant de déglutir. C'est urgent. »

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