Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 21 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 21

21

 

À 13 h 30 le mercredi 25 juillet, la police scientifique acheva son travail à la ferme de Huken.

Emmenant Nils Hammer avec lui, Wisting y retourna pour une fouille, car si les policiers scientifiques cherchaient des empreintes digitales, des empreintes de pas, des cheveux, des fibres de vêtements et autres traces objectives, la mission de l'enquêteur était de trouver des notes, des papiers, des documents avec des noms ou d'autres indications qui puissent donner des points de repère, dire qui avait vécu dans les lieux et ce que fabriquaient les gens qui s'y étaient rendus. Peut-être pourraient-ils trouver un élément à utiliser comme levier dans le prochain interrogatoire d'Aron Heisel.

La ferme avait l'air différente de la première fois qu'ils étaient venus. Elle paraissait moins inhabitée, moins abandonnée. Les herbes hautes étaient piétinées et aplaties par les voitures, et devant la large porte de la grange voletaient les restes d'une rubalise.

Wisting se gara et sortit. Le silence était le même, juste une faible chorale d'insectes dans l'air chaud.

Hammer sortit un trousseau de clefs et ouvrit la porte de la maison.

La police scientifique et technique avait laissé des traces : des restes de poudre de relevé d'empreintes digitales sur la poignée de porte et d'autres endroits qu'on touchait naturellement. Parfois, il y avait en outre de petits autocollants avec des lettres et des chiffres.

La cuisine était telle qu'il l'avait vue par la fenêtre la première fois. Bleue, en désordre. L'évier plein d'assiettes sales, de couteaux, de fourchettes et de verres. Des bouteilles vides et encore du désordre sur le plan de travail. On entendait le bourdonnement bas des mouches qui tournoyaient dans la pièce.

Wisting ouvrit placards et tiroirs et regarda quelques papiers au-dessus du réfrigérateur, sans rien trouver d'intéressant.

Le salon était impersonnel, avec peu de meubles. Un canapé usé, une table et des chaises, un meuble télé et une table basse. Pas de tableaux aux murs ni de livres dans les bibliothèques.

Wisting se rendit dans la chambre à coucher attenante pendant que Hammer inspectait les placards du salon. Une couette en boule au bout du lit. Quelques hebdomadaires par terre, des chaussettes sales et des tee-shirts. Le plus intéressant semblait être une valise glissée sous le lit. Wisting la sortit, mais elle ne contenait que des vêtements.

Il ouvrait le tiroir de la table de chevet quand Hammer l'appela du salon. Le tiroir était vide, mais une nuance dans la voix de Hammer fit qu'il ne prit pas le temps de le refermer.

Hammer était à la fenêtre du salon.

« Il y a quelqu'un dans le champ. »

Wisting se posta à côté de lui, sans rien voir que des herbes hautes.

« Tu es sûr ?

— Ça pouvait être un animal, admit Hammer. Je l'ai juste aperçu, mais on aurait dit un homme qui marchait le dos courbé pour être caché par les herbes. Maintenant il a disparu. »

Ils restèrent à guetter ce qui était autrefois un champ cultivé et, soudain, une tête claire émergea, juste au niveau du monticule qui marquait l'emplacement du cellier.

Lâchant un juron, Hammer s'élança dehors. Wisting le suivit.

Ils empruntèrent le sentier que les policiers avaient tracé à force de piétiner l'herbe. Hammer courait deux mètres devant Wisting. L'homme qu'ils traquaient avait mis le cap sur les bois. Il trébucha, mais ne tomba pas.

« Arrêtez-vous ! Police ! » cria Nils Hammer selon la formule consacrée.

Son ordre resta sans le moindre effet et l'homme continua de courir entre les arbres. La végétation était si dense qu'il devait forcer son chemin. Des petits oiseaux prirent peur et s'envolèrent à tous les vents.

C'était la deuxième fois que quelqu'un essayait de les fuir. Wisting était essoufflé et sentait son pouls battre violemment. Des petites branches cinglaient son visage et obstruaient son champ de vision.

Au bout de cinquante mètres, le terrain devint plus ouvert, planté de hauts pins. L'homme qu'il traquait creusa son avance et repéra un sentier.

Plus loin, Wisting distinguait la route principale. Un camion ralentit et doubla une voiture rangée sur le bas-côté. Hammer accéléra. Wisting restait à la traîne, il trébucha sur un arbre couché. Étalé ainsi de tout son long, il vit l'homme se jeter dans la voiture qui attendait. Les roues projetèrent des cailloux en patinant dans la terre.

Wisting se remit sur ses pieds, épousseta ses vêtements. Hammer arriva au petit trot.

« Tu as pu relever le numéro ? lui demanda Wisting.

— J'ai juste vu que c'était une plaque norvégienne. Immatriculée à Kristiansand, je crois.

— Et le modèle de la voiture ? »

Hammer secoua la tête.

« Une asiatique gris métallisé. Elles sont toutes pareilles. »

Ils regagnèrent la ferme sans parler. Ils savaient tous deux ce qu'ils venaient de manquer. Les détails de la saisie de drogue ne figuraient pas dans les journaux. Il y avait donc des gens au courant de l'existence du cellier et ils étaient venus à la ferme quand la police avait découvert la cachette du taxi. Si tel était le cas, ils pouvaient aussi détenir des informations sur Jens Hummel.

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