Le disparu de Larvik
Chapitre 58
58
Cette fois, Wisting passa d'abord un coup de fil pour prendre rendez-vous avec le troisième témoin. Son numéro était inscrit dans le procès-verbal d'audition, à la rubrique des renseignements personnels.
Terje Moseid répondit à la troisième sonnerie. En bruit de fond, on entendait le vent et un moteur.
Wisting se présenta et expliqua qu'il s'agissait du procès qui allait commencer la semaine suivante.
« Auriez-vous le temps de me rencontrer pour une brève conversation ?
— Je suis en bateau, répondit l'homme au bout du fil.
— Où allez-vous accoster ?
— À Tresse. »
Wisting savait où c'était. Tresse était une esplanade au milieu de Strandpromenaden.
« Nous pouvons y être dans dix minutes, dit-il.
— Ça tombe assez mal, tenta Moseid.
— Ce sera bref, assura Wisting. Je viens vous retrouver au port. »
Avant que son interlocuteur n'ait le temps de protester, il avait tourné le contact et démarré la voiture.
Le soleil était bas dans le ciel. Les ombres des mâts de bateaux étaient longues. Wisting roula jusqu'au bord de l'eau et se gara. Quatre ou cinq jeunes quittaient une vedette effilée avec un gros moteur.
Christine Thiis chaussa ses lunettes de soleil. Wisting la suivit hors de la voiture et alla à la rencontre des jeunes.
« Terje Moseid ? vérifia-t-il en braquant son regard sur un jeune homme aux dents blanchies et au teint hâlé.
— Lui-même », confirma l'intéressé en passant un sac dans sa main gauche pour pouvoir le saluer.
Wisting se présenta de nouveau et expliqua qui était Christine Thiis. Moseid pria ses camarades de l'attendre à la voiture.
« L'arme du crime a refait surface, dit Wisting. Ça implique un certain nombre de nouvelles questions.
— J'ai vu ça dans le journal, répondit Moseid en posant son sac.
— Je me demandais si nous pourrions reprendre tout depuis le début. Si vous pouviez me dire ce que vous avez vu et fait ce soir-là. »
Moseid jeta un coup d'œil vers ses copains.
« Je ne sais rien sur l'arme. La seule chose que j'aie vue, c'est qu'il s'enfuyait avec.
— Pourriez-vous recommencer depuis le début ? »
L'homme soupira et entreprit de donner ce qui semblait être une explication maintes fois énoncée. Il l'avait probablement livrée non seulement à la police de sa ville, mais encore à sa famille et à ses amis. Wisting l'écouta sans l'interrompre. Les détails étaient nombreux concernant le sang et ce que son copain et lui avaient fait pour essayer de sauver la vie de la femme abattue, mais le récit restait vague pour ce qui était de l'auteur des faits et de la direction dans laquelle il s'était enfui.
« Je me préoccupais surtout d'elle, admit-il.
— Pourriez-vous me décrire l'auteur des faits ? » demanda Christine Thiis.
L'un des garçons à côté de la voiture cria quelques mots. Terje Moseid fit signe de la main qu'il avait compris. Puis il débita la description qui se trouvait dans le procès-verbal.
« Ensuite, ils sont arrivés en voiture avec lui, conclut-il.
— Vous l'avez reconnu ? s'enquit Christine Thiis.
— C'était lui, confirma Moseid. Tout est allé tellement vite, mais c'était lui. La police l'avait arrêté. Il avait des menottes et tout. Grand et mince avec les mêmes vêtements.
— Vous êtes-vous parlé quand vous attendiez à l'arrière de la voiture de police ? Avez-vous parlé de ce que vous veniez de voir et de vivre ?
— Bien sûr, mais on écoutait surtout la radio de police. Ils traquaient le type dans les rues. »
La brise marine douce ridait la surface de l'eau et faisait bruire le feuillage des grands chênes.
Wisting songea soudain que la description qu'offrait Terje Moseid correspondait aux signalements standards de la police dans les avis de recherche. Sexe, type, âge, taille, corpulence, cheveux et vêtements. La tenue était décrite de l'intérieur vers l'extérieur, du haut vers le bas, comme dans les manuels.
« Vous n'avez pas répondu à la question.
— Quelle question ? » Moseid le considéra avec surprise.
« L'avez-vous reconnu quand la police l'a amené en voiture ?
— Pas vraiment, admit son interlocuteur, mais il correspondait au signalement. »
Wisting fit un pas en avant.
« Quel signalement ?
— Celui qu'on entendait sur la radio de la police, expliqua Moseid. Ils l'ont répété deux fois. »
Un nerf se mit à travailler dans la tempe de Wisting. Il sortit la copie de la déposition du jeune homme et la lui montra en pointant l'index sur le paragraphe du signalement.
« Donc quand vous dites que l'auteur des faits avait l'air scandinave, était âgé de vingt-cinq ans et portait un pull à col roulé noir avec une inscription, ce n'est pas parce que vous l'aviez vu, mais parce que vous l'aviez entendu sur la radio de la police ? »
Terje Moseid fit un geste des bras.
« Ben, c'est ce dont il avait l'air. Je l'ai vu quand ils sont arrivés avec lui. Ils l'ont attrapé juste à côté. »
Wisting baissa le bras qui tenait les papiers.
« Mais était-ce à cela que ressemblait l'homme qui a tiré ? »
Terje Moseid ramassa son sac et commença à se déplacer vers la voiture.
« Ben, c'est ce que je suis en train de vous dire, oui, fit-il en secouant la tête avec découragement.
— Non, répondit Wisting en lui barrant la route. Ce que vous dites, c'est que l'homme que la police a interpellé correspondait au signalement que vous avez entendu sur la radio. Était-ce le même homme que celui que vous aviez vu ? »
Moseid regarda l'index qui était braqué sur sa poitrine. Le procès-verbal d'audition s'était froissé dans la main de Wisting.
« Je vous ai dit que je ne l'avais pas regardé très attentivement. L'autre témoin l'a vu bien mieux que nous. Il était passé juste devant lui et il lui a même couru après. La police a lancé son avis de recherche après lui avoir parlé. »
Dans le port derrière eux, des mouettes criaient.
« D'accord, conclut Wisting en baissant sa main. Merci de votre aide. »
Terje Moseid le regarda d'un air dérouté, puis il balança son sac sur son dos.
« Il n'y a qu'au cinéma que la police arrête la mauvaise personne, affirma-t-il avant de rejoindre ses copains.
— Ça change la donne », observa Christine Thiis en ôtant ses lunettes de soleil.
Wisting la regarda dans les yeux.
« Il n'y a pas trois témoins oculaires. Il y en a un.
— Il faut que nous parlions aux responsables de l'affaire, répondit-elle. De ça et du feu d'artifice.
— Pas tout de suite, fit Wisting, qui ressentait une certaine réticence à s'entretenir avec Harald Ryttingen. Il nous faut d'abord une réponse alternative. Nous devons être en mesure de désigner quelqu'un d'autre. »
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