Le disparu de Larvik
Chapitre 48
48
Line était assise sur le canapé avec son ordinateur sur les genoux. Elle avait mis un coussin dessous pour le stabiliser. Elle n'était pas entrée dans le système de la rédaction depuis longtemps. Ce qu'ils appelaient le tableau de bord montrait à tout moment le nombre d'internautes sur le site de VG. Le papier sur l'arme du crime était l'article le plus lu. Il n'était publié que depuis deux heures, mais avait fait déjà deux cent cinquante mille clics. C'était plus que la plupart des articles qu'elle écrivait.
Un lien menait au meurtre du Nouvel An. Ils avaient pris une photo d'Elise Kittelsen et titré « La mystérieuse arme du crime réutilisée ».
Elle avait été obligée de jouer la comédie avec Sofie. Elle ne pouvait pas lui dire que son père lui avait donné l'information, mais l'avait appelée dès la publication de l'article. Elle craignait que Sofie ne soit fâchée. C'était elle qui l'avait convaincue de ne pas se débarrasser du revolver et de le remettre à la police. Sofie n'avait toutefois pas réagi ainsi, elle avait poussé un soupir découragé, presque comme si elle n'avait fait qu'attendre d'autres mauvaises nouvelles. Ou alors elle n'avait pas conscience de tout le cirque que pouvait provoquer cet article. Elle semblait juste fatiguée.
Line n'avait pas franchement le goût des titres avec des mots comme mystérieux, énigmatique et inexplicable pour appâter les lecteurs, mais ces trois-là étaient pertinents en ce qui concernait le revolver qu'elles avaient trouvé dans le coffre-fort du grand-père de Sofie.
La curiosité l'avait poussé à parcourir les classeurs et calepins du coffre, qui lui avaient confirmé les affirmations de Sofie : son grand-père était un criminel. Sofie ne mesurait sans doute pas toutefois l'envergure de ses activités. Line tapa Frank Mandt dans la barre de recherche pour voir si des journalistes avaient pu enregistrer son nom dans la documentation.
La recherche donna un seul résultat. Son nom apparaissait dans des notes pour une série d'articles sur le crime organisé publiés quelques années auparavant. Le journaliste s'appelait Geir Hansen. Elle l'avait tout juste croisé. Il avait quitté VG et travaillait comme attaché de presse d'une entreprise d'État.
Elle trouva le paragraphe dans lequel était mentionné Mandt.
« Frank Mandt, du Vestfold, pourrait avoir un rôle central. C'est un homme d'un certain âge connu surtout pour l'importation et la vente illégales d'alcool. Probablement près de se retirer. »
Ces notes succinctes ne la renseignèrent guère. Le journaliste avait manifestement une source dans le milieu, mais il n'y avait pas de référence.
Elle essaya de se souvenir des noms qu'elle avait lus dans les classeurs du coffre. L'un d'eux était un peu original, Aron Heisel.
Elle le tapa dans la barre de recherche. Plusieurs résultats. Le dossier de l'un des articles avait été mis à jour seulement deux jours auparavant. Elle plissa le front et comprit avec surprise qu'il s'agissait de la saisie de drogue à la ferme où on avait retrouvé le taxi de Jens Hummel. Son père n'avait jamais mentionné son nom, mais Aron Heisel devait être l'homme en détention provisoire qui refusait de s'expliquer.
Le document ne contenait rien de plus que ce qui était récapitulé dans le journal, à part le nom du mis en examen. Aron Heisel était mentionné précédemment dans le cadre d'une grosse affaire de contrebande dans l'Østfold, trois ans plus tôt, où il avait été désigné comme l'un des suspects principaux, mais pas condamné.
Un autre nom qu'elle se souvenait d'avoir lu dans les classeurs du coffre était celui de Per Gregersen. Elle le trouva là encore dans la documentation de la série d'articles sur le crime organisé, avec le nom de Frank Mandt. Dans un autre paragraphe était mentionné en passant que Phillip Goldheim s'appelait autrefois Per Gregersen.
Elle descendit sur la page et lut tout le paragraphe qui résumait les renseignements de la source.
« Phillip Goldheim. Libéré après une peine longue durée pour trafic de drogue en 2002. Collaboration étroite avec les Hells Angels par le passé. Fait profil bas. Blanchiment d'argent de la drogue. Importation de voitures. Spéculation boursière. Virage vers la criminalité financière. Escroqueries : recours à des entreprises fictives, hommes de paille, faux comptes. Toujours prépondérant dans les amphétamines. Protagoniste central dans le Sørlandet. Ambition d'expansion. Réseau peu connu. »
Quelques clics plus tard, elle avait une photo de lui. Prise lors de son dernier procès.
On sonna à la porte avant qu'elle n'ait pu voir s'il y avait d'autres informations sur Phillip Goldheim dans le journal. Son père annonça sa présence dans le vestibule.
Elle répondit et alla à sa rencontre après avoir posé son ordinateur refermé sur la table.
Son père resta avec ses chaussures aux pieds entre le vestibule et la cuisine.
« Je voulais juste te prévenir que je vais m'absenter ce week-end.
— Où vas-tu ?
— À Kristiansand. Je pars demain matin. » Il lança un regard vers le ventre de Line. « Ça va aller ? »
Elle acquiesça.
« Tu pars longtemps ?
— Non, jusqu'à dimanche. »
Elle fit un pas de côté et s'appuya à la table de cuisine.
« Comment ça se passe ? Cette histoire d'arme à feu.
— Je ne sais pas, admit son père. C'est pour ça que je descends.
— Ça va te causer des problèmes ? L'article, je veux dire. »
Il sourit en secouant la tête.
« Ce qui crée des problèmes, c'est quand quelqu'un essaie de cacher des choses. Comment est-ce que Sofie l'a pris ?
— Ça va.
— Et toi ? Qu'en penses-tu ? »
Line haussa les épaules. L'idée d'avoir eu entre les mains une arme qui avait tué deux personnes la mettait un peu mal à l'aise.
« Tu voyages seul ? demanda-t-elle pour changer de sujet.
— Avec Christine Thiis. » Il jeta de nouveau un coup d'œil sur son ventre. « Appelle-moi s'il y a du nouveau.
— Sois prudent. »
Il fit un signe de tête.
« Et toi aussi », répondit-il en l'embrassant.
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