Le disparu de Larvik
Chapitre 64
64
Ils rendirent leurs clefs, mirent leurs bagages dans la voiture et retournèrent au commissariat. Un car de touristes fit tourbillonner de l'air chaud en changeant de vitesse alors qu'ils attendaient à l'entrée qu'Ivar Horne descende les chercher. Il avait l'air fatigué.
« Ça s'est terminé tard ? s'enquit Wisting.
— Pas trop. Pendant que nous attendions, nous avons pu remettre un boîtier avec des batteries rechargées sur la voiture de Goldheim. Ils sont rentrés quand il faisait nuit. Nous avons suivi Broch. Il est repassé chez lui et ensuite il est sorti en ville.
— Et Goldheim ?
— Rentré directement chez lui. » Ivar Horne retint la porte de l'ascenseur pour les laisser entrer. « J'ai bien peur qu'il ne vous reste plus grand-chose à faire ici.
— Nous avons quelques dossiers à parcourir », répondit Wisting.
Horne secoua la tête avec découragement.
« Plus maintenant. Quand je suis arrivé il y a une heure, la salle de réunion était rangée. Deux hommes du service de nuit ont enlevé tous les documents.
— Pourquoi ?
— Ordre de Ryttingen. Vous avez demandé l'accès à toute la documentation de l'enquête et vous l'avez eu. Maintenant il a lui-même besoin des papiers. Le procès commence demain.
— Il n'a jamais été question d'une durée de consultation limitée », protesta Wisting.
L'ascenseur était ouvert. Horne hausse les épaules.
« Désolé.
— Où sont les documents maintenant ? s'enquit Christine Thiis.
— Enfermés dans le bureau de Ryttingen. »
Il les précéda dans le couloir jusqu'à la salle qu'ils avaient utilisée la veille. À part un stylo-bille et un bloc-notes vierge, la table était vide.
Horne leur servit du café dans le coin cuisine. Wisting ouvrit sa sacoche et sortit le classeur qu'il avait emporté à l'hôtel.
« Vous ferez en sorte de lui rendre ça aussi. »
Horne répondit d'un signe de tête en leur tendant leurs tasses.
« Avez-vous pu joindre Robert Hansson à Haïti ?
— Je lui ai envoyé un mail, mais je n'ai pas encore eu de réponse.
— Y a-t-il d'autres personnes dans la maison qui connaissent l'identité de sa source ? »
Horne sourit par-dessus sa tasse.
« Ryttingen. »
Wisting soupira.
« C'est un bon chef, poursuivit Horne, toujours avec son sourire en coin. J'ai cru comprendre que vous aviez un désaccord professionnel, mais il est efficace, il agit. Il ne tourne pas autour du pot, il dit ce qu'il pense. Ça donne de bons résultats. Nous avons un taux d'élucidation élevé et le délai de traitement des affaires est court. On gagne la confiance de la population, et c'est grâce à lui. »
Le téléphone de Wisting sonna dans sa poche. C'était Nils Hammer. Il alla répondre près de la fenêtre.
« Tu voulais tout savoir sur Jan Larsen ? commença Hammer.
— Tu as des résultats ?
— La boîte postale que tu m'as envoyée, c'est l'agence pour l'emploi.
— Il y travaille ?
— J'en doute, mais il s'y sent peut-être chez lui. »
Wisting regarda par la fenêtre sans fixer son regard.
« Tu as trouvé son numéro d'identité ?
— Oui, oui, mais je suis passé par un chemin plus court. J'ai cherché son numéro de téléphone dans nos fichiers. Où il figure abondamment. Violence et drogue. Il purge une peine de onze ans pour possession d'héroïne.
— Onze ans ? répéta Wisting.
— C'est écrit sur l'écran devant moi. Il lui reste neuf ans à tirer. »
Wisting se retourna pour regarder Christine Thiis et Ivar Horne.
« Il est en prison depuis deux ans ? »
Hammer le confirma et lui lut l'historique de détention. Wisting se tourna de nouveau vers la fenêtre.
« Où est-il maintenant ?
— À la prison de Skien. »
Wisting le remercia et prit le temps de digérer les renseignements. Dehors le ciel était éteint, brumeux. Des oiseaux volaient haut en formant de petits traits papillotants. Il en allait des téléphones comme des armes, songea-t-il. Ils passaient vite d'une paire de mains criminelles à une autre. N'importe quel nom pouvait se cacher derrière ce numéro de téléphone.
Il resta encore quelques instants devant la fenêtre avant de se tourner vers Christine Thiis.
« Bon, qu'est-ce que tu en dis ? fit-il en souriant. On rentre à la maison ? »
Elle n'eut pas le temps de répondre.
« Avant que vous ne partiez, j'ai quelque chose pour vous », annonça Horne.
Il traversa le couloir et revint de son bureau avec deux grandes feuilles en plastique.
« Nous sommes montés sur le bateau de Broch cette nuit. Les gars ont trouvé les empreintes de deux semelles sur le pont. »
Il les tendit à Wisting, qui les leva à la lumière.
« J'ai déjà vérifié, poursuivit Horne. Aucune ne correspond aux empreintes de votre cellier. Si c'est Goldheim qui vous a échappé dans le champ, il devait porter d'autres chaussures. »
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