Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 3 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 3

3

 

 

C'était une journée chaude. Oppressante, sans un souffle d'air. Wisting trouva une place au parking du port des vapeurs et sortit de sa voiture. Deux garçonnets se tenaient au bord du quai avec des cannes à pêche. Des goélands les survolaient en cercles indolents.

Il y avait plus de monde que d'habitude dans les rues. Wisting saluait de la tête des passants qu'il reconnaissait.

À la Paix dorée, la plupart des petites tables en terrasse étaient déjà occupées. Wisting ouvrit la porte du café, entra et s'arrêta quelques instants pour laisser ses yeux s'accoutumer à la pénombre.

Assise au fond de la salle, Suzanne lui fit signe. Elle portait une robe d'été blanche et avait ses cheveux noirs en queue-de-cheval.

Wisting hocha la tête et la rejoignit. Elle se leva pour lui donner l'accolade. Le contour de ses yeux se plissa quand elle sourit.

« Tu veux boire quelque chose ? s'enquit-elle en lançant un coup d'œil vers le comptoir. Un café ? »

Wisting se sentait la tête lourde.

« Je vais prendre une Farris », répondit-il en toussotant.

Suzanne passa derrière le comptoir et revint munie d'une bouteille et d'un verre avec des glaçons.

« Je ne savais pas à qui parler », expliqua-t-elle en s'asseyant.

Wisting versa l'eau gazeuse dans son verre.

« Tu disais que c'était à propos de Jens Hummel.

— Je ne sais pas si c'est vraiment intéressant, mais dernièrement, un homme est venu ici plusieurs fois. Il s'assied au bar, lit les journaux, il n'est pas très bavard. J'ai cru comprendre qu'il avait vécu un temps à l'étranger et qu'il était revenu. »

Suzanne bougea une enveloppe sans adresse sur la table avant de poursuivre : « La semaine dernière, tu disais dans le journal que vous alliez classer l'affaire Hummel.

— Mettre en suspens, rectifia Wisting.

— Il y a une différence ? »

Wisting haussa les épaules.

« Quoi qu'il en soit, le résumé de l'affaire était illustré par une photo du taxi de Jens Hummel. »

Wisting acquiesça. Encore un rappel de leur stratégie médiatique plutôt ratée.

« C'était calme ce soir-là et j'ai remarqué que l'homme devenait tout bizarre en lisant l'article.

— Comment ça ? »

Suzanne baissa la voix, bien qu'il n'y eût personne pour les entendre.

« Il était troublé. Il a levé les yeux du journal et a regardé autour de lui avant de reprendre sa lecture. Ensuite, il s'est levé, il est sorti et il est resté un peu dehors avant de revenir et de relire l'article encore une fois. »

Wisting but une gorgée d'eau.

« Je suis venue chercher quelques verres vides et alors, il a fait une réflexion étrange.

— Laquelle ?

— D'abord j'ai commenté l'article de journal qu'il lisait, j'ai dit que c'était une drôle d'affaire et là, il m'a regardée et m'a répondu : “Il est dans la grange.”

— Il est dans la grange ? » répéta Wisting.

Suzanne hocha la tête.

« J'allais l'interroger, mais il m'a devancée et a dit : “Un jour, il était juste là”, en montrant la photo du taxi. Ensuite, il a replié le journal et est parti avec.

— De quelle grange parlait-il ? demanda Wisting sans escompter de réponse.

— Je ne sais rien de plus que ce que je t'ai raconté, mais j'y ai beaucoup pensé après coup et j'étais obligée de t'appeler. Cet homme sait quelque chose. »

Wisting jeta un œil vers les autres clients.

« Il est revenu depuis ? »

Elle secoua la tête.

« Il était avec d'autres gens les fois où il est venu ? interrogea encore Wisting, cherchant des éléments susceptibles de révéler qui était cet homme.

— Non, j'ai demandé aux employés, mais personne ne sait qui c'est. »

Wisting posa encore toute une série de questions : à quoi ressemblait-il ? comment était-il habillé ? quel dialecte parlait-il ? avait-il d'autres signes particuliers ?

Suzanne tripota l'enveloppe devant elle, l'ouvrit et en sortit un papier.

« Ce soir-là, il a payé par carte bancaire, expliqua-t-elle avant de remettre le papier dans l'enveloppe. J'ai vérifié le rouleau de caisse et identifié les fois où ce doit être lui qui a payé. Je suppose que vous pourrez utiliser le numéro de transaction pour l'identifier. »

Wisting sourit en prenant l'enveloppe. Elle contenait peut-être ce qui permettrait une percée dans l'affaire Hummel. Les enquêteurs avaient évoqué diverses hypothèses sur ce qu'il était advenu du taxi. Certains pensaient que Jens Hummel avait quitté la ville de son plein gré, d'autres que la voiture était dans un fossé, suite à un accident ou abandonnée volontairement. Wisting faisait partie de ceux qui pensaient que Jens Hummel avait été victime d'un acte criminel et que la voiture avait ensuite été mise dans un garage.

La police avait patrouillé dans tous les petits chemins des environs. Un hélicoptère avait survolé des zones de plus en plus vastes. Des plongeurs avaient dragué le fjord le long des quais et des pontons. Les parkings avaient été fouillés. Rien n'avait donné de résultats. Il n'était donc pas invraisemblable que la voiture soit dans une grange.

Suzanne se leva.

« Il faut que j'aille travailler. Comment va Line ?

— Bien, répondit Wisting en toussotant. Très bien, je crois. »

Suzanne semblait avoir l'intention de poursuivre, mais elle ne le fit pas. Wisting lui en était reconnaissant. Il avait du mal à parler de ce qui était arrivé à Line.

Suzanne fit quelques pas vers le comptoir.

« Bonne chance, dit-elle. Pour tout. Embrasse-la pour moi. »

Wisting la salua.

« Appelle-moi si cet homme reparaît. » Wisting resta assis à la table. Il ouvrit l'enveloppe et sortit le petit papier. Le document du terminal de paiement ne lui disait rien. Pour identifier la personne derrière la combinaison de chiffres, il fallait obtenir l'information de la banque. Il avait longtemps espéré une quelconque percée dans l'affaire Hummel. Voilà qu'il était obligé d'attendre jusqu'au lundi.

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