Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 45 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 45

45

 

Line ouvrit la double porte de la terrasse, laissa le soleil entrer dans son salon. Elle se posta dos au jardin et croisa les bras. Les travaux avaient pris plus de temps que prévu, mais le salon était enfin rénové. Ces derniers jours, elle avait eu mal au bas du dos et elle se rendait compte qu'elle en avait peut-être trop fait. Elle ne s'attendait pas à ce que son père l'aide tant, mais il était venu chaque fois qu'il avait un moment de liberté.

Elle posa une main sur son ventre. Les mouvements avaient changé. Le bébé était plus calme, comme si la place commençait à manquer et que ce n'était plus très facile de bouger.

Le reste des travaux devrait attendre après la naissance, songea-t-elle. Elle savait que cela approchait et elle sentait revenir sa nervosité des débuts. Il n'y avait rien à craindre, avait affirmé la sage-femme. À chaque minute qui passait, des enfants naissaient partout dans le monde. Elle oubliait toutefois que pour Line et pour toutes les femmes qui accouchaient pour la première fois, c'était une expérience toute nouvelle. Elle ne savait pas ce qu'elle appréhendait le plus. L'accouchement en soi ou les responsabilités de mère célibataire.

La porte d'entrée s'ouvrit.

« Bonjour ! »

Son père.

« Salut ! » Elle alla à sa rencontre en souriant. « Tu as trouvé le temps de venir ?

— J'ai acheté des piles », annonça-t-il en enlevant la sonnette de son logement au-dessus de la porte d'entrée. Elle laissa une ombre pâle sur le mur.

Line le remercia.

« Tu as le temps de prendre un café aussi ?

— Avec plaisir. »

Son père ôta le couvercle à l'arrière. Les piles avaient fui et étaient recouvertes d'un dépôt blanc. Attrapant un tournevis qui traînait, il entreprit de gratter le compartiment.

« Ça fait longtemps que tu n'as pas eu de visite ? fit-il en souriant avant de souffler sur l'oxydation qui se détachait.

— Tu as de la chance. Je crois qu'il me reste aussi un peu de gâteau glacé. »

Elle sortit la glace et démarra la machine à café. Le café n'était même pas prêt qu'elle entendait sonner dans le vestibule.

Ils s'assirent dans la cuisine et discutèrent des travaux jusqu'à ce que son père change de sujet.

« Tu as parlé avec Sofie aujourd'hui ? »

Line secoua la tête.

« Je vais chez elle ce soir, répondit-elle en se servant de glace. Pourquoi ?

— J'ai lu vos dépositions. »

Elle n'était pas surprise.

« C'était bien, poursuivit-il. Merci de l'avoir amenée.

— Elle condamne totalement son grand-père et tout ce qu'il a pu fabriquer », précisa Line.

Elle lui raconta l'histoire de l'arrestation de la mère de Sofie avec la drogue du grand-père dans la voiture.

« Il l'a laissé écoper de sa peine, conclut-elle, et elle s'est suicidée en prison. »

Son père se perdit dans ses pensées et resta avec la cuillère à la main.

« Ta glace fond, remarqua Line en pointant le doigt sur son assiette. À quoi penses-tu ?

— À Dan Roger Brodin, répondit-il avant de se remettre à manger.

— Qui ?

— Le prévenu du meurtre du Nouvel An. Le procès commence lundi. »

Line acquiesça. Le nom du prévenu n'avait pas été rendu public, mais elle l'avait entendu à la rédaction avant son congé.

Son père reposa sa cuillère et saisit sa tasse de café.

« Vous avez des reporters pour couvrir l'affaire ?

— Je suppose. On l'avait largement couverte au moment des faits. »

Son père sortit une feuille pliée de sa poche arrière.

« J'ai un élément qui pourrait peut-être être intéressant pour eux », dit-il en la dépliant.

Line reconnut le logo de la Kripos. Son père posa la main sur la feuille.

« Ce n'est pas la peine de dire où tu l'as eue.

— Qu'est-ce que c'est ? »

Son père ne répondit pas. Il se leva brusquement et se dirigea vers la porte. « Merci pour le café et la glace.

— Tu pars déjà ? »

Line resta interdite tandis que son père prenait le chemin de la sortie. Puis elle tira le document vers elle. C'était un rapport du département technique de la Kripos, une comparaison de projectiles. Les détails et descriptions techniques la laissaient un peu perplexe, mais le contenu lui était familier. Le projectile de l'arme du crime de l'affaire du Nouvel An venait du revolver qu'elle avait remis à son père. Ça, elle le savait déjà, mais ce n'était pas tout. Il était aussi identique au projectile de l'affaire 10899421 : le meurtre de Jens Hummel.

Line cligna des yeux et sentit qu'elle avait froid. Pensées et questions fusaient dans sa tête et elle aurait voulu que son père ne parte pas si vite.

Elle relut le rapport pour s'assurer qu'elle avait bien compris la conclusion, mais la méprise était impossible. L'arme du coffre-fort de Sofie avait servi dans deux meurtres.

Une mouche se posa sur son assiette vide. Line se leva et commença à débarrasser la table. Son père ne lui avait jamais donné d'informations de cette façon, et c'était sans doute pour cela qu'il était venu. Pas pour la sonnette.

C'était sûrement aussi pourquoi il était reparti si vite.

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