Le disparu de Larvik
Chapitre 19
19
La réunion du matin fut informelle et vite terminée. La nuit n'avait rien apporté. L'ambiance était tendue, les gens présents n'avaient pas envie de partager leurs pensées et théories, ils voulaient se mettre au travail.
Wisting passa la matinée à préparer une nouvelle audition d'Aron Heisel. Si aucun élément n'apparaissait ailleurs, Heisel était la personne qui pouvait faire avancer l'affaire.
Il aimait le jeu psychologique des interrogatoires. Il rencontrait alors tout le spectre des émotions humaines et pouvait faire usage de tout son bagage professionnel et de toute sa psychologie. Il s'agissait d'être rusé, stratégique et de toujours garder une bonne vue d'ensemble.
Les interrogatoires étaient tous différents. On ne pouvait pas simplement s'asseoir et engager la conversation ou poser une liste de questions, il fallait construire l'interrogatoire autour des thèmes qu'on souhaitait éclairer. Dans un premier temps, on avait besoin de recueillir des informations sur l'homme qui pour l'instant était mis en examen pour possession d'amphétamines. Quel était son parcours ? À quel genre de milieu appartenait-il ? D'où venait-il ? Qu'avait-il fait ? Qui avait-il rencontré ? C'était seulement quand un portrait commencerait à se dessiner que la conversation pourrait descendre dans les profondeurs où pouvaient exister aussi des liens avec Jens Hummel et sa disparition.
Ils avaient déjà découvert qu'Aron Heisel avait un numéro de téléphone norvégien et un espagnol. L'accès au numéro espagnol allait être long à obtenir. Quant au norvégien, il ne révélait rien. Ils avaient prié la police espagnole de fouiller son appartement à Marbella. Les douanes les assistaient en recensant ses voyages et la brigade financière se penchait sur ses comptes. Quant à eux, ils avaient aussi établi qui étaient sa famille et ses proches. Aucun de ses parents n'était en vie. Il avait une sœur aînée qui était mariée et vivait à Trondheim. Son dernier emploi déclaré était un poste de chauffeur dans une compagnie de coursiers automobiles à Oslo.
À 11 heures, il mit ses papiers de côté pour aller se chercher un en-cas, mais n'eut pas le temps de se lever de sa chaise qu'il recevait un texto de Suzanne. Le message était bref : « Perte de 8 dl de vodka hier. 2 000 couronnes. »
La fraude avait dû se produire avant son arrivée, songea-t-il. Il avait suivi ce qui se passait quasiment chaque fois qu'une commande était passée au comptoir. Les consommations avaient toutes été tapées. Il allait la rappeler, mais un numéro inconnu s'afficha sur l'écran.
« Allô ? Wisting, j'écoute.
— Ici Reidar Heitmann. » C'était l'avocat de Heisel. « Je viens d'avoir un entretien avec Heisel en prison. En l'état actuel des choses, je lui ai conseillé de ne pas s'expliquer.
— Pourquoi cela ? »
L'avocat toussota : « Heisel n'est pas au courant des faits qui lui sont reprochés et qui motivent sa mise en examen et vous allez orienter tous vos échanges.
— Que voulez-vous dire ?
— Allons ! » L'avocat souffla par le nez. « Vous savez aussi bien que moi que le principal ici, ce n'est pas l'affaire des stupéfiants. Ce dont il s'agit vraiment, c'est Jens Hummel. C'est une affaire où mon client a déjà dit le peu qu'il savait.
— Nous aimerions lui parler encore.
— Il n'en sera pas question tant qu'il sera mis en examen.
— Qu'êtes-vous en train de dire, au juste ? Qu'il nous donnera des renseignements dans l'affaire Hummel si nous abandonnons l'affaire des stupéfiants ?
— De toute façon, vous n'avez pas de dossier contre lui. Ce que je dis, c'est que, en l'état actuel des choses, il ne souhaite pas faire de déposition. »
Aron Heisel était parfaitement en droit de ne pas répondre aux questions de la police. De son point de vue, c'était sage. Dans une déposition, il pourrait facilement s'empêtrer dans des contradictions qui renforceraient les soupçons contre lui. Wisting ne pouvait pas vraiment faire autrement que prendre acte de sa décision.
Il reposa le téléphone et resta penché en avant, les coudes sur son bureau. Un mis en examen qui refusait de s'expliquer, ça pouvait mettre l'enquête au point mort. Un chemin long et difficile les attendait.
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