Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 4 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 4

4

 

Le lundi matin, Wisting était au commissariat à 6 h 45. Il avait les mains maculées de peinture blanche après avoir aidé Line à peindre des plinthes et des encadrements de fenêtres la veille au soir.

En chemin vers la brigade criminelle, il salua quelques agents fatigués, voûtés au-dessus de leurs ordinateurs, qui tapaient les derniers rapports de leur permanence nocturne.

Avant l'arrivée des autres enquêteurs, il s'employa à considérer l'affaire sous un autre angle. À la lumière d'une nouvelle hypothèse, ce qui avait semblé insignifiant auparavant pouvait devenir fondamental. Il feuilleta le dossier en cherchant ce qui se singularisait, des points inexpliqués, des coïncidences pouvant masquer des connexions capitales.

Un élément notable de l'affaire était les longues courses de taxi. Au moins une fois par semaine, Jens Hummel avait fait des trajets de plusieurs heures qui le menaient à Kristiansand ou Oslo. Bien sûr, cela pouvait être une coïncidence. En dernière analyse, il ne s'agissait que de statistiques. Toutefois, les courses de Hummel avaient cette caractéristique qu'elles étaient réglées en espèces et n'étaient pas commandées par le standard. Hummel disait à ses collègues en plaisantant qu'il conduisait une vieille dame riche chez sa famille dans le Sørlandet. Nul n'avait jamais vu la vieille dame en question, et la police n'avait pas réussi à la débusquer.

Cette fois non plus, Wisting ne trouva rien de nouveau. Il n'obtint aucun résultat concret en cherchant « grange » dans le fichier électronique des renseignements communiqués par le public.

Sa porte était ouverte et il tendait l'oreille chaque fois que quelqu'un entrait dans le service. À 8 heures moins 10 il reconnut le pas traînant de Nils Hammer, qui rejoignait son bureau au fond du couloir.

Hammer avait développé un certain talent pour relever et suivre les traces électroniques. Parce qu'il avait de bonnes qualités d'adaptation et avait su s'approprier des méthodes d'enquête et des possibilités qui n'existaient pas à ses débuts dans la police et qui étaient désormais primordiales.

Wisting alla le trouver. Le robuste enquêteur sirotait le café qu'il avait pris à l'accueil tout en s'identifiant sur le réseau informatique.

Wisting posa le ticket du terminal de paiement devant lui.

« En combien de temps peux-tu découvrir qui a payé avec cette carte ? »

Hammer reposa son café, prit le papier, y jeta un bref coup d'œil.

« À quel point est-ce urgent ?

— L'homme qui a payé avec cette carte pourrait savoir où se trouve Jens Hummel. »

Nils Hammer se redressa sur sa chaise.

« Donne-moi deux heures », fit-il en vidant sa tasse d'un trait.

Wisting tourna les talons.

« Comment ça s'est passé pour elle, au fait ? s'enquit Hammer derrière lui.

— Qui ça ? fit Wisting, pensant qu'il parlait peut-être de Line.

— Notre substitut du procureur, répondit Hammer dans un grand sourire. Elle est tombée comme une masse.

— Tout s'est bien passé, lui assura Wisting. Elle devait avoir besoin d'une bonne cuite. »

Il regagna son bureau en souriant au souvenir de son café avec Christine Thiis le matin précédent.

Les tâches routinières l'attendaient. Il compulsa les rapports et plaintes du week-end. Le calme estival semblait toucher aussi les statistiques du crime. À part un ou deux incidents dans des restaurants, quelques cas de conduite en état d'ivresse et un incendie de bateau, il n'y avait pas grand-chose à signaler.

Il arrivait à la fin de sa pile quand Christine Thiis parut.

« Merci encore, dit-elle avec un regard gêné. De m'avoir ramenée chez moi. »

Wisting balaya tout cela d'un geste de la main.

« Tu as obtenu d'autres éléments sur l'affaire Hummel ? s'enquit-elle en s'asseyant.

— Ça reste à voir. »

Il lui expliqua le terminal de paiement et la réaction du propriétaire de la carte bancaire en lisant l'article dans le journal, mais omit le nom de Suzanne. Celle-ci n'avait pas demandé à être tenue en dehors, mais il n'avait pas dit à Christine qui il allait voir et ne voyait aucune raison de le faire maintenant.

Christine Thiis se leva.

« Tu as une tache blanche là », lui signala-t-elle en pointant l'index sur le côté de sa joue.

Wisting se prit le visage.

« De la peinture, expliqua-t-il en lui montrant ses mains. Je vais probablement ressembler à ça pendant plusieurs semaines. »

Elle sourit encore et sortit de son bureau en refermant la porte derrière elle.

Wisting se replongea dans ses notes. Près de deux heures s'écoulèrent avant que la porte ne s'ouvre de nouveau. Hammer entra avec des documents à la main et s'assit en face de lui.

« La carte bancaire appartient à un certain Aron Heisel », annonça-t-il en présentant un document qui confirmait ce qu'il venait de dire.

Wisting tira la feuille à lui. Numéro de compte, date de naissance, mais pas d'adresse. Wisting calcula qu'Aron Heisel devait avoir quarante-huit ans.

« Qui est-ce ? » Il coula un regard vers les papiers que Hammer avait gardés sur ses genoux.

Hammer lui montra des photos du fichier de la police, une de face, une de profil. C'était une version plus jeune de l'homme qu'avait décrit Suzanne. Épaules étroites, nez épaté, quelques cernes sous ses yeux gris et les dents du bonheur.

Wisting répondit d'un simple signe de tête pour encourager Hammer à lui expliquer pourquoi l'homme de la photo figurait dans le fichier de la police.

« Il a été condamné comme coupable principal lors de la découverte d'une grosse distillerie clandestine aux abords de Drammen en 1997. Ensuite il s'est encore fait prendre en 2002 pour contrebande d'alcool et il était suspect dans une autre affaire dans l'Østfold il y a trois ans, mais n'a pas été condamné.

— Où est-il maintenant ?

— Son dernier lieu de séjour était près de Marbella en Espagne. »

Wisting fit un signe de tête. Il connaissait la ville. Il y avait fait un déplacement professionnel avec Torunn Borg.

« Mais il est en Norvège en ce moment, poursuivit Hammer en présentant une liste de transactions dense. La carte a été utilisée en Espagne, précisa-t-il en glissant son index sur la liste. La dernière fois à l'aéroport de Málaga le 12 juillet. Ensuite on voit qu'il est en Norvège. »

Wisting plissa les yeux. La carte avait servi la veille au Rema 1000 de Holmejordet. Le supermarché se trouvait à l'entrée de Stavern et Wisting s'y arrêtait parfois pour faire ses courses en rentrant du travail.

Il chercha ses lunettes, mais ne les trouva pas et continua donc de scruter la liste les yeux plissés. Un achat dans un magasin de bricolage, un repas dans un restaurant du port, une somme importante dépensée chez Elkjøp. Il était allé à plusieurs reprises à la Paix dorée de Suzanne et, sauf la dernière fois, il avait toujours payé juste après minuit. La transaction suivante étant systématiquement Vestfold Taxi.

Wisting leva de nouveau les yeux et sentit poindre l'exaltation.

« On peut le retrouver, déclara-t-il en pointant le doigt sur une course de taxi. Quelqu'un l'a reconduit chez lui. »

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