Le disparu de Larvik

Jørn Lier Horst · Chapitre 15 sur 89

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Le disparu de Larvik

Chapitre 15

15

 

La porte de la salle de réunion était ouverte et tous les regards se braquèrent sur Wisting quand il entra. Sur son visage on lisait une concentration pleine de gravité.

Wisting referma la porte derrière lui et s'installa en bout de table, à côté de Christine Thiis. Il y avait par ailleurs Espen Mortensen, Torunn Borg et Nils Hammer. Wisting aurait bien voulu les voir plus nombreux, mais le principal était d'avoir des enquêteurs dévoués et travailleurs.

Il ouvrit la réunion en récapitulant les événements de la veille. Puis il pria Espen Mortensen de rendre compte du travail des policiers scientifiques.

Mortensen cliqua sur une souris sans fil et une photo de la ferme désaffectée s'afficha sur l'écran.

« Commençons par la grange. Nous savons qu'elle était à la disposition de Frank Mandt depuis les années 1990. Elle semble avoir servi d'entrepôt dans le cadre de ses activités de contrebande d'alcool. Il y a notamment des palettes de bidons vides. La plupart sont couverts de poussière et la grange semble ne pas avoir été utilisée depuis longtemps.

— Le marché de l'alcool a été repris par les Européens de l'Est, observa Hammer alors que défilaient sur l'écran des photos des différentes pièces de la grange. Ces dernières années, Mandt était plutôt un client des stups.

— Nous n'avons trouvé aucune trace de Jens Hummel sur place, poursuivit Mortensen, mais nous allons continuer d'y travailler quelques jours. À mon avis, nos résultats seront liés surtout aux activités illégales qui s'y sont déroulées. »

Il leur présenta d'autres photos, notamment d'une pièce de travail. Des noms et des numéros de téléphone inscrits sur des feuilles volantes sur le bureau. Le tout recouvert d'une fine couche de poussière.

La photo suivante montrait la voiture.

« Nous avons fait deux trouvailles notables dans le taxi, expliqua Mortensen en poussant une petite boîte en carton sur la table. Juste deux petites choses d'abord. »

La curiosité de Wisting était éveillée, mais il se renfonça patiemment dans son siège. Le travail des policiers scientifiques était toujours intéressant. Toutes les affaires arrivaient à un point où les lignes techniques et judiciaires de l'enquête finissaient par se couper, et c'était à cette croisée que pouvait se trouver la solution.

Mortensen cliqua sur une photo de l'habitacle. On voyait la bouteille de Coca à moitié vide dans la console centrale et le sandwich entamé moisi sur le siège passager, que Wisting avait lui-même observés quand ils avaient trouvé la voiture.

« Ça correspond à la carte que nous avions tracée cet hiver. » Mortensen afficha une photo de la caméra de surveillance de la station Shell de Storgata, ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Wisting la reconnut. Jens Hummel à la caisse avec un Coca et un sandwich. Elle avait été prise environ quarante-cinq minutes avant sa disparition et ils en avaient utilisé une partie dans leur avis de recherche pour montrer à quoi il ressemblait et quels vêtements il portait au moment des faits.

C'était assez satisfaisant de voir ces deux photos l'une à côté de l'autre. Le passé s'imbriquait dans le présent. Une petite pièce de puzzle semblait s'être insérée au bon endroit.

Mortensen enchaîna sur les détails de leurs examens. Kilométrage, position des sièges et du rétroviseur intérieur. Il étala quelques tickets de parking qui contribuaient à compléter la chronologie jusqu'à la disparition ainsi que d'autres petites choses.

La photo suivante montrait le coffre presque vide. Un jerricane de lave-glace et un parapluie, rien d'autre.

« Nous pensons qu'il y avait un tapis en caoutchouc dans le coffre, expliqua Mortensen. C'est-à-dire que Jens Hummel aurait été dans ce coffre et on aurait enlevé le tapis en même temps que lui. »

Wisting se pencha en avant. Mortensen présentait un plan rapproché de la paroi du coffre, juste à côté de la serrure. Quatre taches sombres, l'une un peu plus large que les autres.

« C'est du sang humain, affirma Mortensen. Nous en avons trouvé à deux endroits sur les parois, mais pas au fond. Nous pensons donc qu'il y a eu un blessé dans le coffre et que le tapis en caoutchouc a été ôté avec lui. »

C'était dans l'air depuis le premier jour, mais cela n'avait jamais été exprimé : l'affaire Hummel était une affaire d'homicide.

« Quand aurons-nous confirmation qu'il s'agit du sang de Hummel ? s'enquit Hammer.

— Dans quelques jours, répondit Mortensen. Nous avons des échantillons de référence prélevés sur sa brosse à dents. Donc dès que nous obtiendrons l'analyse ADN du sang de la voiture, nous pourrons faire une comparaison. »

Wisting prit note.

« Tu parlais de deux trouvailles intéressantes, rappela-t-il.

— Voici l'autre. » Mortensen tira vers lui la boîte en carton. Il en sortit un sachet transparent contenant un téléphone portable.

« Il était caché sous l'arbre de direction. Jens Hummel avait un téléphone dont nous ignorions l'existence. Abonnement avec cartes prépayées contracté il y a plus de deux ans. Au nom d'Ola Nordmann d'Oslo », précisa-t-il en traçant des guillemets en l'air de sa main libre pour souligner que c'était un faux nom.

Nils Hammer jura tout haut et lui prit le scellé des mains.

« Il n'y a qu'une seule raison d'avoir deux mobiles, et c'est qu'on fait des trucs qui ne doivent pas se savoir. »

Wisting se frotta la racine du nez. Il apparaissait de plus en plus clairement que Jens Hummel avait été impliqué dans le trafic de drogue de Mandt et que cette affaire était un règlement de comptes interne.

« Ça colle, remarqua Torunn Borg en feuilletant un classeur de documents de l'enquête. Plusieurs dépositions indiquent qu'il faisait plus ou moins office de coursier et transportait des prostituées et des chargements de drogue. Ça cadre aussi avec toutes ses longues courses de taxi.

— Et avec le fait que, avant de disparaître, il ait éteint son compteur, renchérit Hammer. Il allait à un rendez-vous qu'il ne voulait pas qu'on puisse retracer. »

Wisting écoutait, les doigts sur ses lèvres. Ils avaient consacré du temps et des ressources à explorer ces rumeurs de drogue et de prostitution. Les résultats n'étant pas immédiats, ils avaient élargi l'enquête au lieu de creuser une seule piste.

« Que pouvons-nous tirer du téléphone ? » demanda-t-il en montrant le scellé d'un mouvement de tête.

Nils Hammer retourna le sachet transparent.

« Il y a quinze jours, nous y aurions peut-être trouvé la solution, mais toutes les données des compagnies de télécommunications sont effacées au bout de six mois. Nous n'en tirerons rien de plus que ce qui est enregistré dans l'appareil même.

— Ce qui pourrait être tout un tas de choses, non ? » rappela Christine Thiis.

Hammer acquiesça.

« Donnez-moi quelques heures. »

Wisting resta à observer les deux photos sur l'écran.

« Et les empreintes digitales et l'ADN ?

— Nous avons les deux, mais ce taxi a pris des passagers pendant plusieurs années. Le volant a l'air d'avoir été essuyé. Nous avons relevé une empreinte de main partielle sur le toit côté passager. Ce n'est pas assez pour faire une comparaison avec les fichiers, mais il s'agit probablement de la main de la dernière personne qui est montée dans la voiture. »

Wisting nota et tourna la page.

« Et l'enquête de voisinage ? s'enquit-il auprès de Torunn Borg.

— Le résultat le plus intéressant est le nom d'un conducteur de tracteur qui était chargé de déneiger le chemin de la ferme en hiver. Si le taxi est arrivé jusqu'à la grange, c'est forcément que le chemin était déneigé. Cet homme va venir dans la journée pour être entendu.

— Bien. » Wisting orienta la discussion sur la découverte dans le cellier. L'affaire de stupéfiants qui était tombée du ciel constituait un élément tangible, une brèche à explorer, qui pourrait peut-être avoir des ramifications, apporter du nouveau.

« 12,4 kilos, annonça Mortensen. Nous envoyons le produit en analyse. Ça va aussi être intéressant de voir ce que donne la comparaison des semelles d'Aron Heisel avec les empreintes sur le sol en terre battue. »

Wisting fit un signe de tête puis s'orienta vers Christine Thiis.

« Je vais préparer une demande de détention provisoire, dit-elle. Nous le mettons en examen pour possession de drogue et demandons quatre semaines de détention. »

La réunion du matin se poursuivit encore trente minutes. Ils répartirent les tâches et discutèrent des hypothèses et possibilités. La conversation revenait sans cesse à la question centrale : où était Jens Hummel ?

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