Le goût des mochis au kouign amann
7 - Louisa
7
Louisa
L’annonce de l’atterrissage se fait entendre. Tablette remontée, affaires rangées, j’observe l’écran devant moi pour suivre le trajet de l’avion. La température avoisine les 20 °C, et il est 13 h 10, heure locale. Notre arrivée est estimée à 13 h 55. Parfait !
À la douane, je patiente plusieurs très longues minutes. Lorsqu’un sac butte dans mes jambes, je me retourne pour tomber sur une adolescente dont la pointe des cheveux est turquoise. La personne qui l’accompagne – son père sûrement, vu son âge – bougonne dans son coin. Qui ne serait pas ravi de partir en voyage ? Lui, apparemment.
— Excusez-moi, me dit-elle avec un sourire rayonnant.
— Pas de souci.
J’avance un peu plus dans ma file et me reconcentre sur mon téléphone. Dès que je suis libre, je récupère ma valise et m’autorise une pause pour manger. Je n’ai rien pu avaler à bord, trop stressée par ce départ au bout du monde. Si, sur le coup, ma décision m’a semblé fabuleuse pour oublier que je suis en « vacances forcées », une fois devant le fait accompli, je n’en menais plus aussi large. Je revois l’air atterré de mes amis lorsque je leur ai annoncé ce voyage à l’anniversaire de Noan. Heureusement, comme toujours, Gaël était là pour me soutenir. Il a dit que c’était une folie, mais que ce sont les folies qui rendent la vie précieuse.
Je rallume mon téléphone et me connecte au Wi-Fi de l’aéroport. Plusieurs messages clignotent sur WhatsApp, et je remarque des appels en absence de Fleur. Elle peut toujours courir pour que je la recontacte ! Qu’ils se débrouillent sans moi, puisque je ne suis pas apte à gérer ce dossier.
Camilla : Dis-moi dès que tu atterris et, surtout, quel N’EX1 tu prends. Je viendrai te chercher à la station de Tokyo, et on ira faire quelques courses.
Gaël : Envoie un message quand tu es arrivée pour nous rassurer sur ton voyage !
Akiko : J’espère que tu as fait bon vol. J’ai hâte de te voir.
Moi aussi, j’ai hâte de pouvoir serrer ma nièce dans mes bras. Cela fait bien trop longtemps que je ne l’ai pas vue. Elle a dû encore tellement changer ! Si cette histoire a bien une conséquence positive, c’est celle de me permettre de passer du temps avec elle. Pas facile de faire perdurer un lien fort à distance.
Takumi : Si tu arrives à glisser de la bière dans les courses, surtout ne te prive pas !
Je reconnais bien mon beau-frère. Lui aussi, j’ai hâte de le revoir.
Fleur : Rappelle-moi, on ne trouve pas un dossier. Je sais que tu es en vacances, je ne te dérangerai plus ensuite.
Ce n’est pas professionnel et très puéril de ne pas lui répondre, mais j’ai envie d’être égoïste. Et puis il va bien falloir qu’elle apprenne à se débrouiller sans moi. Je ne regarde pas ses autres messages et je reviens à celui de ma sœur.
Louisa : Je suis bien arrivée. J’avale un morceau avant d’aller changer mon JR Pass2.
Camilla : OK, tiens-moi au courant.
*
* *
Une voix annonce notre arrivée en gare de Tokyo. Comme une majorité des voyageurs, je descends et me retrouve perdue au milieu du quai. Téléphone en main, je préviens Camilla. Elle me demande de la rejoindre au Japan Rail Café… Mission acceptée.
Après avoir trouvé un plan, fait pitié à deux Japonais qui m’ont indiqué le trajet dans un anglais à couper au couteau, j’y arrive enfin. Camilla est assise et m’attend. Je profite de ce qu’elle est plongée dans ses pensées pour me prendre un café discrètement. Si je l’alpague tout de suite, on va partir sans que je puisse boire une nouvelle dose de caféine. Ce qui est hors de question. C’est donc un gobelet en main que je tire la chaise à ses côtés, la faisant sursauter.
— Hello, sœurette !
— Louisa, tu m’as fait peur !
Elle jette un coup d’œil à ma boisson et fronce les sourcils.
— Tu ne changes pas.
— Il semblerait.
On échange un sourire, avant qu’elle me prenne dans ses bras.
— Tu as fait bon voyage ?
— Je ne me suis même pas perdue !
— Bravo.
— Je sens de l’ironie dans ce « bravo ».
— Tu as passé 30 ans, Louisa. J’espère que tu es capable de voyager seule.
Elle hausse un sourcil, et j’avale mon café avant de me lever.
— Je suis prête, allons affronter le métro !
Ma sœur saisit d’autorité mon bagage cabine.
Une fois sur le quai, j’observe autour de moi. La plupart des voyageurs ont leurs écouteurs dans les oreilles et leur smartphone à la main. Pour cela, ça ne change pas vraiment de la France. En revanche, chacun attend sagement l’un derrière l’autre. Pas de bousculade en vue.
Mon regard est attiré par un groupe de scolaires, en uniforme, qui discutent entre eux.
— Akiko rentre à quelle heure ? me renseigné-je auprès de Camilla.
— Après son club de photo, vers 19 heures.
— Elle fait partie d’un club photo ?
La rame entre à quai. Une fois que les passagers sont descendus, on monte et on s’assied tranquillement. Avec mes affaires, on nous laisse passer aisément.
— Oui. Depuis cette année. Elle avait envie d’essayer. Takumi lui a offert un appareil photo pour son anniversaire. Depuis, elle passe son temps à mitrailler tout ce qui l’entoure.
— J’ai hâte qu’elle me montre ses photos.
Camilla me sourit, et on continue à discuter le temps d’arriver à notre station : Akabane. Plus que les courses et je pourrai poser mes affaires !
1. Narita Express. Train à grande vitesse reliant l’aéroport de Narita à Tokyo.
2. Japan Rail Pass, qui permet aux étrangers de voyager sans restriction dans l’ensemble du
Japon pour une durée de 7, 14 ou 21 jours. Ils sont à récupérer sur place contre preuve de leur
réservation.
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