Le goût des mochis au kouign amann
9 - Louisa
9
Louisa
— Oh ! Tu nous fais le plaisir de ta présence ?
J’ouvre difficilement les yeux pour voir Camilla assise à table devant son petit déjeuner. Une odeur de café me chatouille les narines. Mon ventre gargouille. Il est pourtant tôt, non ?
— Tiens, tantine.
Akiko me tend un mug de café noir. Ma sauveuse ! Je le prends et m’échoue sur une chaise. Pourquoi ma nièce est-elle en uniforme ? On n’est pas dimanche ? Ils ont cours le dimanche, au Japon ?
— Le décalage horaire est dur à encaisser, marmonné-je pour moi-même.
— Les bières et l’umeshu1 ne doivent pas aider, réplique Camilla en fronçant le nez.
Elle m’observe avec ce regard de grande sœur le lendemain de soirées étudiantes un peu trop arrosées. D’accord, avec Takumi, on s’est fait plaisir. Après les avoir retrouvés, tous les trois, j’en avais besoin. Akiko a tellement grandi. Le changement a été brutal. Je savais qu’elle aurait évolué, sauf qu’elle me paraît presque adulte maintenant.
— Tu sais au moins quel jour on est ? me questionne Camilla.
Quel rabat-joie !
— Bah, dimanche.
— Moi, j’y vais, s’exclame Akiko tout en étouffant un fou rire.
Elle fourre son bento dans son sac et se sauve après avoir déposé un baiser sur la joue de sa mère, puis sur la mienne.
— Ittekimasu2, hurle-t-elle en passant la porte.
— Itterasshai3, lui répond Camilla.
— Elle va où ?
Camilla lève les yeux au ciel.
— On est lundi.
Lundi ? Je suis pourtant bien arrivée samedi. Où a filé dimanche ? OK, j’ai bu quelques bières. Peut-être plus que « quelques ». Et de cet alcool incroyable de Takumi. Mais depuis quand je ne tiens plus l’alcool ?
— On t’a laissée dormir. Tu en avais besoin.
Sûrement. Mais une journée entière ?
— Takumi est déjà parti ? demandé-je pour changer de sujet.
— Il aime arriver tôt au lycée, oui.
Je bois une gorgée de café, qui semble agir rapidement sur mon cerveau car mes idées s’éclaircissent tout de suite. Oublions cette soirée un peu trop arrosée, cette journée à ne faire que dormir et commençons cette semaine d’un nouveau pied.
— Et de ton côté ? continué-je.
— Je ne travaille pas ce matin. Et cet après-midi, Akiko a son cours de tir à l’arc. On rentrera toutes les deux vers 18 heures. Takumi, lui, sera là vers 19 heures.
— Du tir à l’arc ? Tu ne m’as pas dit qu’elle faisait de la photo ?
— Le samedi. En semaine, c’est tir à l’arc. Depuis qu’elle a l’âge d’en tenir un.
J’acquiesce et prends une seconde gorgée de mon breuvage préféré. Il va falloir te reconnecter avec la réalité, Louisa ! Tu ne te souviens même plus des loisirs de ta nièce.
— Et toi ? cherche à savoir ma sœur.
— Moi ?
— Oui, toi. Tu vas faire quoi aujourd’hui ?
J’attrape une viennoiserie sur la table et mords dedans.
— Louisa… soupire-t-elle pour m’inciter à détailler mon programme.
On se fixe dans le blanc des yeux pendant quelques secondes, avant que je ne capitule. Une sorte de borborygme incompréhensible sort de ma bouche, mais elle semble s’en accommoder. Parfait ! Maintenant, laissez-moi boire mon café et cuver en paix.
— Si tu me cherches, je suis dans la buanderie, précise-t-elle avant de s’éclipser.
Je pensais qu’elle me poserait plus de questions. Qu’elle essaierait de percer le vrai but de ma visite. Elle abandonne bien trop rapidement.
Je me sers un second café et mange une nouvelle viennoiserie. De toute manière, ce n’est pas comme si j’avais autre chose à faire dans l’immédiat. Je suis en vacances. Des vacances bien méritées.
1. Alcool de prune.
2. Se dit quand on quitte la maison. Se rapproche de « J’y vais, à tout à l’heure » (en japonais).
3. Se dit à la personne qui quitte la maison. Se rapproche de « À tout à l’heure, prends soin de
toi » (en japonais).
OceanofPDF.com