Le goût des mochis au kouign amann

Ann Mary P. Mikael · Chapitre 32 sur 43

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Le goût des mochis au kouign amann

31 - Louisa

31

 

Louisa

 

— Comment ça « Erwan a rendez-vous avec le nouveau propriétaire demain » ?

Assise au bistro de Katell, je sirote mon café en compagnie de Gaël.

— Il a choisi de faire bosser local pour les rénovations.

— Oh !

Bonne stratégie. Prendre des entrepreneurs locaux permet toujours d’être mieux vu.

— Et tu sais ce qu’il va faire de la vieille ferme ?

Ma curiosité est à son comble.

— Pas encore. Apparemment, il hésite. Il va la réhabiliter et ensuite il y réfléchira. Son projet est assez fou.

— Tu m’étonnes. Qui part dans un tel projet sans savoir où il va ?

— Lui.

Je lève la tête pour voir Erwan nous rejoindre. Il tire une chaise, et Katell lui apporte son café.

— Il m’a confié avoir récupéré la ferme d’une personne très chère à son cœur. J’ai pu étudier son projet, sauf qu’il manque de consistance. Il me faudrait au moins des plans.

Il s’arrête, réfléchit un moment puis reprend :

— Et on sait tous que les plans ce n’est pas mon truc.

On rigole, et Erwan marmonne avant de relever la tête et de me fixer du regard, sérieux.

— Mais toi, tu es architecte d’intérieur. Y’a le mot « architecte » dedans. Tu pourrais faire les plans.

— Ben voyons !

Travailler sur le rêve d’un autre, non merci. Ce serait juste remuer le couteau dans la plaie. J’ai réussi à aller de l’avant, j’aimerais éviter de reculer.

— Lou…

Gaël me fixe du regard avec un sourire en coin. Je déteste lorsqu’ils se liguent tous les deux contre moi. Où est Loane quand j’ai besoin d’elle ?

— Je pense que c’est une merveilleuse idée, appuie mon meilleur ami.

— N’importe quoi.

— Allez, Lou, on sait tous ce que représentait cette bâtisse pour toi. C’est l’occasion de participer à son renouveau. Tu serais parfaite. Tu la connais par cœur.

Gaël a raison. J’ai des plans déjà faits. J’avais même entrepris des recherches pour le mobilier.

— J’ai toujours un travail.

— Tu parles de ce poste où tu trimes depuis des années pour rien ? Tout ça pour te faire voler ton dossier par ton assistante ?

OK, dit comme ça…

— Réfléchis-y. J’ai rendez-vous avec lui demain matin. Je suis certain qu’il serait prêt à faire appel à tes services. Ça l’aiderait à y voir plus clair.

Je me renfrogne en avalant mon café, même si les mots de mes amis me font extrêmement plaisir.

— Tu me tiens au courant.

Erwan nous abandonne pour retourner bosser. Gaël regarde l’heure et en fait de même.

Je termine mon café et en commande un à emporter avant de quitter le bistro. Il fait beau, et marcher me fera du bien. Je longe la route tout en savourant les rayons du soleil sur ma peau. L’air reste un peu frais, mais l’odeur de la mer est agréable.

Lorsque mes pas me font passer devant la vieille ferme, je m’arrête et m’accoude au portail.

— Est-ce que je devrais accepter ?

Je reste quelques minutes comme ça puis j’entends les aboiements de Merlin. Il se jette sur moi pour me lécher. Après de nombreuses caresses, mon grand-père arrive.

— J’aurais dû me douter que tu serais là.

— J’étais avec Gaël, Katell et Erwan.

— Erwan ?

Je lève les yeux au ciel et m’accoude de nouveau au portail. Pap n’a jamais compris pourquoi on avait préféré se séparer et rester amis.

— Oui. Tu savais que c’était lui qui s’occupait du chantier ?

Il ne me répond pas, je comprends qu’il est au courant. Tout se sait, dans le coin.

— Il prendra soin d’elle, soufflé-je.

— Erwan est un bon professionnel.

— Il voudrait que je fasse les plans de rénovation pour le propriétaire.

Comme Pap ne me répond pas après plusieurs secondes, je tourne mon visage vers lui. Sa casquette enfoncée sur la tête, il regarde la ferme lui aussi, pensif.

— Est-ce que tu te sens de le faire pour quelqu’un d’autre ?

— Je ne sais pas.

On entend le vent s’engouffrer entre les pierres et Merlin courir partout.

— Est-ce que tu as envie que quelqu’un d’autre fasse les plans à ta place ?

La question me percute. Comme toujours, Pap a trouvé les mots justes.

On me donne l’opportunité d’accomplir une partie de mon rêve. D’accompagner cette vieille ferme vers son renouveau. N’est-ce pas ce que je souhaitais ?

— J’ai un boulot.

— Une excuse.

Un soupir franchit ses lèvres.

— Tu es comme ta sœur.

— Hein ?

Pap retire sa casquette pour s’essuyer le front avant de reprendre.

— Ta sœur aussi a beaucoup hésité avant de partir avec Takumi. Elle ne voulait pas nous laisser ici. Elle s’accrochait à tout ce qu’elle pouvait pour ne pas lui dire oui. Pourtant, au fond, c’était ce qu’elle voulait.

— Elle a toujours eu l’air si…

— …sûre d’elle ?

— Oui.

— Ce n’était pas le cas. Mais elle a compris que c’était sa vie. Et pas la nôtre. Du coup, Lou, as-tu envie de retaper cette ferme ?

— Oui.

— Alors, pourquoi tu hésites ?

Il a raison. Je ne sais pas pourquoi je tergiverse. Cette ferme ne m’appartiendra jamais. Pourtant, je peux participer à son renouveau.

Je donne un coup de coude à Pap.

— Tu es vraiment de bon conseil.

— Toujours.

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