Le goût des mochis au kouign amann
37 - Louisa
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Louisa
Les travaux avancent bien, malgré le léger retard dû aux pluies bretonnes. Le temps ne va pas s’arranger avec l’arrivée de l’hiver. Mais Erwan est habitué, il saura juger quand il peut ou non maintenir le chantier. Surtout maintenant que le toit est réparé. En attendant, il m’a demandé si je pouvais regarder les plans d’un autre de ses chantiers. Il en profite, le bougre. Comme je suis au chômage, Monsieur requiert mon aide régulièrement. Himeko m’a dit que c’était une bonne chose. Que ça me permettrait d’y voir plus clair. Et Tsubaki pense tout pareil. Même de l’autre côté du monde, elles arrivent à me faire réfléchir.
Ce qui est étonnant, c’est que Camilla reste en retrait. Elle me laisse faire mes propres choix sans me sermonner. Elle essaie de me faire confiance. J’apprécie cette nouvelle dynamique qu’on met en place toutes les deux. Même si je l’imagine parfaitement en débattre avec Himeko et Tsubaki sans que je ne le sache.
Je prends des notes en même temps que j’analyse les plans. Il y a de belles choses à imaginer. Les aboiements de Merlin me font sursauter, et je vois Pap entrer. Je me lève aussitôt pour lui remplir un mug de café pendant qu’il se déshabille.
— Le vent est frais aujourd’hui.
— Un bon vent d’automne.
Il s’installe à mes côtés, et on écoute Merlin se goinfrer de croquettes.
— C’est le projet d’Erwan ?
— Oui. Il a récupéré ce chantier d’un autre artisan qui part s’installer à Nantes.
— Encore un qui part pour la civilisation, bougonne mon grand-père.
— Tu ne peux pas empêcher les gens de vouloir se rapprocher de la ville.
— Qu’ils aillent s’entasser, ça me fait de l’air.
Ah ! Pap ! On ne le changera plus. J’étais surprise qu’il finisse par accepter Emmanuel. Même si celui-ci a décidé de se prendre un Airbnb à côté.
— Tu sais que tu devrais lui demander de te payer.
— Me payer ?
Il m’observe avec son regard paternel.
— Tu bosses pour lui, non ? Déjà, tu as pris le projet de la ferme sans rien demander.
— Mais, Pap, même s’il le voulait, il ne pourrait pas me payer.
— Pourquoi donc ?
— Parce que je n’ai pas d’entreprise.
Les mots sont sortis telle une évidence. Ses sourcils se froncent, et son regard se durcit.
— Eh bien, change ça !
Quelques ronchonnements plus tard, il va s’installer devant la télévision. Je reste donc seule avec mon café froid et mes plans. Je dessine quelques lignes avant de m’arrêter. Mon grand-père n’a pas tort. Pourquoi ne me fais-je pas payer ? C’est du boulot. J’ai dû rendre mon appartement, car mon chômage ne me permettait pas de couvrir tous mes frais à Paris. J’ai dû revenir vivre ici. La vie est moins chère qu’à la capitale, certes, mais je ne toucherai pas le chômage avant plusieurs mois puisque j’ai démissionné. Et la retraite de Pap est loin d’être faramineuse.
Je devrais peut-être me renseigner.
Il est temps que je réfléchisse à ce que je ferai après la ferme.
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