Le goût des mochis au kouign amann
39 - Louisa
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Louisa
— Wouah ! m’exclamé-je en regardant autour de moi.
— Tu as vu, ça a bien avancé, répond Erwan sur le même ton.
— Bravo, c’est canon !
Il reste encore à fignoler les détails, mais le gros œuvre est fini.
— Ça ne ressemble plus du tout à ce qu’on a connu.
Erwan sourit à mes côtés. Je dois avoir des paillettes dans les yeux. Quand je me souviens de la ruine que c’était et que je vois maintenant les murs en pierres apparentes, le plafond avec ses poutres en bois brut, je suis subjuguée. C’est encore plus beau que dans mes rêves.
— C’est grâce à toi, me complimente-t-il.
Je me tourne vers Erwan qui me sourit. Avec un petit coup d’épaule, je lui rends son expression.
— Tu as fait le plus gros, diminué-je mon implication.
— C’est un travail d’équipe.
— Merci, Erwan.
— De quoi ?
— De m’avoir fait participer. Si tu n’avais pas proposé…
Il passe un bras autour de mes épaules et me serre contre lui.
— C’est une promesse qu’on s’était faite, non ?
Oui. Cette promesse de gosses au coin d’un feu de bois. Je suis contente qu’il s’en soit souvenu. Qu’on ait pu l’honorer.
— Enfin, on n’a pas terminé. Il y a encore la grange. Et puis ça ne va pas rester vide.
— La grange est un gros chantier, oui. Pour ce qui est de l’intérieur, c’est à Emmanuel de voir, à présent. C’est à lui.
Erwan ne me répond pas, et je lève la tête pour le regarder.
— Je pense que tu devrais lui parler, Lou.
— De quoi ?
— De la ferme.
Il dépose un baiser sur mon front avant de retourner voir ses ouvriers.
Il y a quelque chose qu’on ne me dit pas. Je pars donc à la recherche d’Emmanuel. Je le trouve à la fenêtre du premier étage, en train de regarder la mer au loin. Il est pensif, si bien qu’il sursaute lorsque je pose ma main sur son épaule.
— Tu en penses quoi ? le questionné-je.
— C’est plus grand que je ne l’avais imaginé.
J’éclate de rire et m’installe à son côté. Les journées ont défilé à une allure folle. On est déjà aux portes de Noël.
— Il va falloir songer à l’aménagement, maintenant.
— Je sais…
— Mais tu ne sais pas ce que tu veux en faire, c’est ça ?
Pas besoin d’être devin pour le comprendre. Depuis que je côtoie Emmanuel, j’ai fini par cerner tout ce que ce lieu représente pour lui. Pour eux. Pour ce Martin dont on n’entend pas parler. Le deuil est long. Pourtant, depuis ma première rencontre avec Emmanuel, j’ai l’impression qu’il a beaucoup progressé.
— Oui. Ce n’était pas mon projet.
— Sauf que c’est le tien, à présent.
Emmanuel tourne son visage vers moi. J’inspire une grande goulée d’air afin de poursuivre.
— On a tous des projets. Certains se réalisent, d’autres non. Je crois que c’est ce que je vais retenir de cette année. Et plutôt la voir comme une opportunité.
— Une opportunité ?
— Oui. Si tout ça n’était pas arrivé, je ne serais pas en train de monter ma propre entreprise. Je pleurerais sûrement sur des dossiers que je n’ai pas choisis, je dessinerais des plans qui ne me plaisent pas, car le cahier des charges est complexe et que le client sait ce qu’il veut.
— C’est un peu ce que je t’ai fait faire avec la ferme.
— Hum… Oui et non. Tu m’as fait confiance. La grange n’avait pas de plan. J’ai pu tout dessiner de A à Z. Te faire des propositions. C’est ça, ce que je veux faire. Et toi, qu’est-ce que tu veux faire ?
Il prend un temps pour me répondre.
— Je ne sais pas. C’est bien là le souci. Une fois que j’aurai terminé ici, que le rêve de Martin sera réalisé, je n’ai pas d’idée.
Je me mords la lèvre inférieure avant de me retourner et de m’adosser au mur.
— J’ai une question à te poser avant qu’on ne se sépare pour les fêtes. Es-tu sûr que ce n’était que le rêve de Martin ?
Sa surprise est palpable. Je ne lui offre qu’un sourire puis place ma main sur son épaule.
— On se revoit l’année prochaine.
Et je le laisse. Il a besoin de réfléchir. Mais ce serait bien qu’il se rende compte par lui-même de la passion, du temps qu’il a mis dans cette bâtisse. La façon dont on parlait des plans, des travaux, dont je l’ai vu s’investir. Il ne peut pas continuer de se mentir ainsi. Ce projet, c’est aussi devenu le sien.
Je soupire en passant la porte, le cœur plus léger.
Ce rêve n’est plus le mien. Il appartient à un autre. Et je suis heureuse d’y participer.
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