Le goût des mochis au kouign amann

Ann Mary P. Mikael · Chapitre 42 sur 43

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Le goût des mochis au kouign amann

41 - Louisa

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Louisa

 

— Tu es sûr de toi ?

Emmanuel hoche la tête et me sourit.

— J’en ai longuement parlé avec ma famille, et c’est ce que voulait Martin.

— Je pense que c’est une bonne idée.

— Tu trouves vraiment ? Ça ne posera pas de soucis.

— Ce sont des grincheux, mais ils ont bon fond, tu sais.

— Enfin, on ne peut pas dire qu’ils aiment voir arriver des inconnus, dans le coin…

— Ils finissent par se laisser amadouer. Regarde Pap !

Il ne le saura jamais, mais Alizée m’a appelée hier pour me parler de son projet. Elle craignait qu’il soit déçu si je ne partageais pas son enthousiasme. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, c’est vraiment une idée géniale.

— Du coup, tu veux bien m’aider encore un peu ?

— Avec plaisir.

Je vois à son sourire qu’il est heureux. Quelque chose a changé pendant les vacances. Il a fait un pas en avant, ça se voit.

Qu’Emmanuel veuille lancer une auberge de retraite artistique me parle beaucoup. Je ne doute pas qu’Alizée y soit pour quelque chose. Elle et sa passion pour la mode. Il m’a déjà parlé de lui installer un petit atelier dans la grange pour quand elle viendra passer des vacances ici.

— Je ne suis pas très à l’aise pour tout ce qui est déco, souffle-t-il avec une arrière-pensée assez évidente en tête.

Je lève un sourcil en l’observant puis souris.

— Tu parles à une architecte d’intérieur officiellement en activité, lui annoncé-je.

— Vraiment ?

— Oui. Depuis le 1 er janvier.

— Alors, je reformule. Puis-je officiellement t’embaucher pour ce travail ?

— Je te ferai un prix.

— Au plus juste, j’espère.

On se regarde avant d’exploser de rire. Notre rencontre était improbable, mais notre coopération est merveilleuse.

— Je t’expliquerai tout le projet et on pourra réfléchir à l’aménagement autour d’un café.

— De plusieurs, même.

Depuis le temps, il sait que je suis une accro à la caféine.

— Ce sera ma tournée.

— Dans ce cas, je ne me rationnerai pas.

On continue notre discussion pour programmer notre réunion afin que j’aie le temps de faire des recherches pour lui proposer des croquis. J’ai hâte.

— Oh ! Et du coup, tu penses la gérer ? le questionné-je. Tu vas t’installer ici pour de bon ?

Emmanuel passe une main dans ses cheveux.

— Je pense, oui. Je ne me vois pas déléguer, pour l’instant.

— Tu as pensé à tout ce que tu allais devoir faire ?

— Alizée m’a dressé une liste.

— Elle ira loin, cette petite.

— Oui. En attendant que tout soit prêt, j’ai le temps de réfléchir.

Je pose une main sur son épaule. Un pas après l’autre ! Déjà, donnons une âme à cet endroit.

— Je vais prévenir Erwan que je vais être encore dans ses pattes un moment.

Emmanuel émet un rire.

— Je ne pense pas que ça le dérange, tu sais.

— De quoi ?

— Que tu sois dans ses pattes.

Je sens le rouge me monter aux joues.

— On est juste amis.

Ses yeux et son petit sourire en coin me prouvent qu’il ne croit pas une seconde à ce que je dis.

— Juste amis.

J’appuie bien sur les deux mots avant de partir à la recherche d’Erwan. Il est dans la grange en train de donner des ordres. Je reste un instant appuyée contre le chambranle et l’observe travailler.

Je nous revois plus jeunes, aidant son père sur les chantiers. On adorait venir s’y promener et, surtout, apprendre. Les ouvriers nous expliquaient leurs techniques. Même si c’est à cause de la ferme que j’ai découvert cette passion pour tout ce qui est reconstruction et restauration, c’est grâce à mes amis que je n’ai rien lâché. Ce sont eux qui m’ont poussée à m’inscrire en école d’architecture. Ce sont eux qui m’ont soutenue pendant les examens. Et maintenant que je me lance, ils sont toujours là. D’ailleurs, j’entends le grincement du vélo de Gaël. Je me tourne pour rejoindre le portail et m’arrête en le voyant en pleine discussion avec Emmanuel.

C’est amusant cette petite manie qu’il a prise d’apporter le petit déjeuner le matin. Je crois que mon meilleur ami me fait des cachotteries. Je ne l’avais pas vu comme ça depuis sa relation avec Quentin, l’été de nos 25 ans. On avait tous cru que ça pourrait fonctionner, mais malheureusement, Quentin n’avait pas l’intention de rester.

Un soupir s’échappe de mes lèvres. Emmanuel ne sait pas s’il va rester non plus. Il est en deuil. Gaël, pourquoi tu t’intéresses toujours à l’inaccessible ? Enfin, en tant que meilleure amie, je serai là pour t’aider quand tu en auras besoin.

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