Le goût des mochis au kouign amann
35 - Louisa
35
Louisa
Assise à la petite table dans mon appartement, je regarde mon écran d’ordinateur devant moi. « Tu dois prendre une décision, Louisa. » Ce sont les derniers mots que Tsubaki a prononcés avant que je ne ferme la conversation. J’avais besoin de me confier à quelqu’un, et elle reste la personne qui m’a le plus aidée à y voir clair durant ma période au Japon. Son jugement est différent de celui de Camilla. Mes pauses dans son café me manquent. L’ambiance cosy et créative me manque. Ses paroles pleines de bon sens me manquent.
Et elle a raison. Mes congés se terminent ce soir. Demain, je dois retourner travailler. Que dois-je faire ? Ai-je envie de reprendre mon poste ? Revoir Fleur ? Donner toute mon énergie pour cette boîte ? Enchaîner les heures supplémentaires ? Cravacher sur des dossiers qu’on ne me confiera peut-être pas ? Clairement, non. Est-ce que quitter mon CDI est une bonne idée ? Un salaire confortable qui tombe tous les mois.
Je ne sais pas quoi faire.
Mon portable vibre, et je décroche. C’est Emmanuel. Il souhaiterait qu’on reparle de certains aménagements. Avec les travaux en cours, ils ont eu de nouvelles idées avec Erwan. Il faudrait que je vienne voir et que j’évalue si c’est faisable.
Je me mords la lèvre inférieure. J’aimerais sauter dans le train et débarquer, sauf que je suis coincée. Par ce fichu emploi.
Je sais ce que je dois faire. Ce que j’aimerais faire. Pourtant, je fixe toujours du regard mon écran sur lequel j’ai listé les pour et les contre. Clairement, les pour l’emportent haut la main. Alors, pourquoi j’hésite encore ? Camilla va me disputer. J’avale une gorgée de café et active mes doigts sur mon clavier. Je dois prendre cette décision pour moi, pas pour les autres.
*
* *
Je l’ai fait. J’ai encore du mal à y croire. Ma démission vient d’être déposée sur le bureau de la RH. Mais ce n’est pas le meilleur. Comme je n’ai pas de dossier en cours, ils annulent ma période de préavis. Je n’aurai qu’à revenir signer mon solde de tout compte avant d’être libre.
Je récupère mon smartphone, regarde l’heure et appelle Camilla.
— Pap a un souci ?
La voix affolée de ma sœur me fait sursauter, et je me dépêche de la rassurer. C’est vrai qu’il est rare que je téléphone spontanément. En général, je lui envoie un message.
— Pap va bien. Ses derniers examens sont bons.
— Tu m’as fait peur. Pourquoi tu appelles, du coup ?
— J’ai démissionné.
Voilà, c’est sorti tout seul. Autant ne pas tergiverser.
— Tu as quoi ?
— J’ai démissionné.
Un blanc me répond. J’attends qu’elle me hurle dans les oreilles. Qu’elle me dise que c’est stupide. Que j’aurais dû lui en parler avant de prendre cette décision. Mais rien. Juste le silence. C’est presque pire.
— Camilla ?
— Je suis là.
— Tu m’en veux ?
— Non.
Je sens une tension m’abandonner.
— Tu as bien fait. Je suis même étonnée que tu ne l’aies pas fait tout de suite, ajoute ma sœur. Je m’attendais à ce que tu le fasses dès que tu m’as annoncé que c’était toi qui allais dessiner les plans de la vieille ferme. C’est du travail. Tu le sais. Tu as déjà estimé les travaux. Je ne te voyais pas tout mener de front. C’était impossible.
— Je…
— Ce travail ne te convenait plus. Et tu as un beau projet à mener à bien. Avec des personnes que tu apprécies. Concentre-toi là-dessus.
— Merci.
Je sens les larmes couler le long de mes joues. Les gens qui passent autour de moi doivent se demander ce qui m’arrive. Je m’en fiche. Camilla vient de dire exactement les mots que j’attendais. Elle me soutient.
— Lou, tu sais que je ne veux que ton bien ?
— Oui.
— Alors, donne tout pour ce projet qui te tient à cœur. Je dois te laisser, par contre, j’ai cours.
— Merci, soufflé-je.
— Je t’embrasse.
Je raccroche en regardant mon écran. Je dois rentrer et faire une liste de tout ce que cela implique. Enfin, avant ça, il me faut un nouveau café.
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