Le tailleur ensorcelé
Chapitre III
Rabtchik prit la fuite tout en hurlant. Il rampait, se roulait dans la boue, tandis que les garnements le poursuivaient en lui lançant des pierres, en le conspuant et en sifflant. Ainsi, ils le boutèrent hors de la ville, très loin, jusque derrière le moulin.
III
Rabtchik courait droit devant lui, à l’aventure, fuyant la ville où – bien sûr – il ne retournerait plus jamais. Il courait à tout hasard, tant que ses pattes voulurent bien le porter. Arrivé enfin au village voisin, il y rencontra les chiens du patelin qui, l’ayant bien reniflé de tous côtés, lui jappèrent : « Sois le bienvenu, chien-chien ! D’où viens-tu comme ça ? Et quel est ce beau joujou que tu portes sur ton dos ? Ça nous a tout l’air d’une pièce de peau calcinée, là, juste au beau milieu. »
— N’insistons pas, voulez-vous ? J’aurais beaucoup à dire là-dessus sans pouvoir en tirer une conclusion, hélas, soupira Rabtchik tristement. Dites-moi plutôt, ne pourrait-on pas trouver chez vous un gite pour la nuit ?
— Oh, avec le plus grand plaisir. Notre pays est assez vaste et l’univers, sous la voûte céleste, est plus vaste encore.
— Bon, et la boustifaille ? s’inquiète Rabtchik. Comment arrivez-vous à calmer la faim quand votre estomac réclame quelque nourriture terrestre ?
— Sur ce chapitre, nous n’avons pas à nous plaindre, font les chiens du village. Les seaux d’ordures, ça ne manque pas. Quant à la chair, Dieu a pris soin de la pourvoir d’os. Laissons donc nos maîtres à leur viande, il y aura toujours des os pour nous. Pourvu, comme vous dites, qu’on se bourre le ventre.
— Parfait. Et les maîtres, de quelle trempe sont-ils chez vous ? poursuit Rabtchik, en agitant la queue comme quelqu’un qui entend mener son enquête rondement.
— Là, pas d’objection non plus. Les maîtres sont partout les mêmes, sans plus, concluent laconiquement les chiens campagnards.
— Et la Paraska ? questionne encore Rabtchik.
— Quelle Paraska ?