Le tailleur ensorcelé

Cholem Aleichem · Chapitre 19 sur 36

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Le tailleur ensorcelé

Chapitre IV

— Voyons, la Paraska qui lave le linge, celle qui passe les murs à la chaux et qui trait la vache. Vous ne connaissez pas la Paraska ?

Les campagnards dévisagent Rabtchik comme s’il avait perdu la raison :

— Il divague, ma parole, avec sa Paraska.

Et de le renifler à nouveau de tous côtés. Puis ils s’en vont, chacun vers son tas de fumier.

 

IV

 

« En voilà des veinards de chiens ! » songe Rabtchik en s’étirant sur la terre du bon Dieu, sous les cieux du Tout-Puissant et en cherchant à s’assoupir. Mais le sommeil ne veut pas de lui. C’est qu’il souffre de sa peau ébouillantée ; elle lui brûle à le faire mourir ! Il y a encore les mouches qui le tourmentent sans arrêt. Pas moyen de leur échapper. Et le ventre qui gargouille… Évidemment, il n’aurait rien contre un petit casse-croûte, mais c’est cela précisément qui fait défaut ; rien à espérer avant l’aube !

Enfin, Rabtchik est tenaillé par les propos des chiens du village : « Comment ! Pas d’Aïzik ici ? Pas d’Aïzik qui coince un chien avec la porte et lui tape dessus avec une bûche ? Pas de Paraska qui ébouillante ? Pas de voyous, ici, qui assaillent les chiens avec des bâtons, qui les conspuent, qui font « tiou, tiou, tiou », jusqu’à les chasser au loin ? En voilà des chiens heureux ! Et moi qui pensais que ce n’est que dans la ville qu’on peut vivre, tel un ver logé dans le raifort et croyant qu’il n’est rien de plus doux.

Rabtchik finit par s’assoupir. Et il a un songe : Devant lui, trône une poubelle, une grande poubelle, pleine, débordante : une poubelle remplie de croûtes de pain, de bouts de boyaux, de tendons, de gruaux de sarrasin mélangés avec de la semoule de maïs et de haricots blancs ; et par-dessus tout cela, des os, de vrais os, je vous dis, une montagne d’os ! Des rotules, des côtes entières, des os à moelle, et des arêtes de poisson et des têtes de hareng non encore mâchonnées, non sucées jusqu’au bout. Rabtchik ne sait pas par quel côté commencer !

— Salut, le convive, lui lancent les chiens du village, en observant de loin les préparatifs qu’il fait pour son festin.