L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
J’ai vu dans les couloirs d’hôpital et…
LES VAUTOURS
J’ai vu dans les couloirs d’hôpital et d’hospice Passer la caravane innombrable des maux; Et parmi les cités en deuil tous les fléaux Qui dans la chair de l’homme allument le supplice.
Un avorton, victime innocente du vice, Souffrait dans les draps blancs de son étroit berceau, Et ses yeux agrandis par le mal et très beaux Semblaient chercher le ciel et demander justice.
Et je songeais alors à votre mission, Prophètes pleins d’amour et de compassion, Savants brûlés aux feux de vos laboratoires; Vous qui rêvez, dans le silence et la clarté, D’arracher à jamais toutes les ailes noires, Des grands vautours planant sur notre humanité.
HÉRÉDITÉ
Quand un noble idéal gonfle l’âme sereine, Nous rêvons la lumière en elle et non la nuit; Et nous nous efforçons d’y taire tout vain bruit D’orgueil et d’en chasser l’injustice et la haine.
Mais, ravivant le flux des passions lointaines, Invisible et présente, au gré du temps qui fuit, Toujours l’Hérédité fatale nous poursuit, Vieux revenant sorti des ténèbres humaines.
L’héritage des morts est en ses doigts cruels Et nous sentons en nous, ainsi qu’en des Babels, Gronder l’écho confus des vices séculaires.
Car du legs ancestral rien ne s’est effacé, Le sang des vieux péchés coule dans nos artères; Sur l’avenir s’allonge l’ombre du passé.