L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

Ciel des Indes Occidentales

 

Nul ne peut se vanter de voir un ciel nocturne Plus beau, plus étoilé que celui qui s’étend Sur la mer Caraïbe, à l’heure taciturne Où le golfe endormi brille comme un étang.

 

Dans la sérénité des voûtes tropicales, Tous les astres connus luisent splendidement: Les étoiles du sud aux feux de diamant, Les étoiles du nord plus fines et plus pâles.

 

Et par les lourds étés, aux mois où les palmiers Bercent la tourterelle et le chant des ramiers, On voit le Chariot en face des Centaures, Le Cygne bleu voler vers l’azur boréal, Tandis qu’au front des caps, blancs de lames sonores, Surgit le Scorpion, gloire du ciel austral…

 

NUIT DU ONZE AVRIL 191.

 

Arcturus sur le mont semble un feu de berger.

Sirius à pas lents suit Orion qui chasse.

L’Ourse erre autour du pôle étincelant de glace.

Aldébaran bientôt dans la mer va plonger.

 

Les Centaures ont lui, la Croix bénit l’espace; Et le charme est si pur sous le grand oranger, Que vingt fois je reviens sur la haute terrasse, Voir du fond de la nuit les astres émerger.

 

Miracle étincelant d’une voûte étoilée!

Vains désespoirs, sombrez au fond de la vallée, Toi, rêve aérien, monte comme Altaïr!

 

Pour aimer dignement vos splendeurs magnifiques, Que ne suis-je au sommet d’un piton de saphir, O constellations mouvantes des tropiques!