L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
O navire, bercé par ton beau mouvement,…
STANCE AU NAVIRE
O navire, bercé par ton beau mouvement, Je vois décroître au loin les pitons noirs de l’île.
Qu’il est poignant l’adieu de la petite ville!
Ah! que ce cocotier sur la mer est charmant!
AU LARGE DU MONT PELÉ
A St-Pierre.
Quand par la belle nuit sereine du tropique Où le blanc bouclier ne brillait pas au ciel, Le vapeur traversant les eaux de l’archipel, Nous vîmes, sur la mer en feu, la Martinique, Les passagers, à bord du noir transatlantique, Cherchèrent dans la nuit le piton de malheur; Et quelqu’un redisant le récit plein d’horreur, La mer sembla jeter un long sanglot tragique.
Et nous deux qui savons tout ce que nous a pris Le vieux mont sommeillant sous le nuage gris, Nous redîmes ton nom, ô ville malheureuse.
Et tandis que le vent soufflait rapide et fort, Les astres palpitants de la nuit merveilleuse Semblaient du grand volcan les étincelles d’or.
A UNE CRÉOLE BLONDE
O toi qu’admire Fort-de-France D’où te vient ce beau teint si frais?
—Du Morne Rouge les forêts
Ont bercé ma petite enfance.
Et ce port, ces gestes fleuris, Cette élégance sans seconde?
—Vers la liane pourpre ou blonde J’ai vu voler les colibris.
Née au pays des Sapotilles
D’où te viennent ces yeux si bleus?
—Ils ont illuminé mes yeux
Les flots de la mer des Antilles.
Le fruit de ta bouche est vermeil Et ta chevelure te dore.
—Ah! je me baigne dans l’aurore; Je suis la fille du soleil!
Je suis blonde et je suis créole.
Mon parler est un chant d’oiseau.
J’ai la souplesse du roseau
Et l’éclat de la luciole.