L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Un soir que je passais, froid rêveur…
LA RESSEMBLANCE DIVINE
Un soir que je passais, froid rêveur sous la nue, Songeant toujours à l’amour mort, Deux yeux miraculeux, deux yeux d’azur et d’or Etincelèrent à ma vue.
Et soudain je crus voir le «beau Lys d’autrefois»
Comme si les cruelles lois
N’avaient pas existé pour Elle.
Celle qui vint avait sa voix Sa voix légère
Sa voix sincère
Sa jeune voix au frisson d’eau…
Elle dit: «Que l’Amour est beau!
De ton désir j’ai le visage.
Je suis le but de ton voyage.
A l’arbre de la volupté
Je suis la fleur dernière éclose.
Je serai ta félicité,
Ton Lotus, ton Jasmin, ta Rose.
Chaque jour renaît virginale La forme ivre de la beauté.
Je viens du pays d’Euryale
Et j’ai les yeux d’Aphrodité.
Je ne te dirai pas ma vie
Et tu ne sauras pas mon nom.
Je suis l’Image poursuivie,
Par le rêveur au triste front.
Quand tu m’auras baisé les lèvres Ton cœur n’aura plus de regret Je vais guérir toutes tes fièvres Par ma caresse sans apprêt.»…
Hymen! Hymen! O Hyménée!
La nuit est tendre et surannée.
Paris soudain s’est transformé!…
Et voici les hamadryades,
Dansant sous les fines Pléiades, Au bord d’un beau fleuve embaumé!
LE POÈTE ET LA BEAUTÉ
«Beauté, criai-je, après dix ans Je te trouve pareille!
—Rêveur, tes songes exaltants Ont fait cette merveille.
—J’avais de ton beau souvenir Fait ma lampe fidèle.
—Dans un cœur fervent l’avenir Rend l’image plus belle!
—J’ai retrouvé le lys si beau Qui manquait à la grève.
—L’amour a sauvé du tombeau La forme de ton rêve.
—Je croyais ta fragilité
Déjà prise par l’âge.
—Rien ne peut ternir la beauté Que protège un mirage.
—O matin qui n’a pas de soir!
Lumière enchanteresse!
Mon beau Lys, je crois te revoir Dans toute ta jeunesse!»