L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

Qui seras la lune argentée

Svelte croissant

Adolescent,

Qui seras la lune argentée,

Illumine la nuit lactée

Pour mon amant

Et son aimée.

 

Je t’implore, Croissant du beau soir infini, Toi qui viens éblouir l’oiselle sur le nid, Toi que le mendiant aux longues mains tendues Invoque, par delà les libres étendues, Afin que ta vertu fasse de l’indigent Plus nombreuses encor les piécettes d’argent.

Fais grandir en mon cœur, au seul gré de tes phases, Un amour merveilleux, un désir fort et fier, Sois le cadran de joie où du haut de l’éther S’annonceront pour nous les heures des extases.

Ce soir, nous irons voir ton fuseau de métal Traverser d’un fil d’or le nuage en dentelle Et nous serons alors sous notre ciel natal Les tendres amoureux que l’amour ivre appelle.

C’est l’éveil des espoirs et des rêves muets.

Les feuilles aux buissons chantent nos fiançailles.

Un troupeau sur la route agite ses sonnailles Et le vent parfumé berce les serpolets.

Puis, dès demain, au fond des bois et des collines, Ta faucille d’argent, gloire du ciel vermeil, Nous guidera tous deux vers un nid de sommeil, Où nous serons bercés par l’écho des ravines.

Tandis que mon amant, couché dans les roseaux, Ecoutera frémir le luth des brises d’eaux, Je boirai des baisers entre ses lèvres minces; Il sera, pour mon cœur, le plus charmant des princes Et sur les ongles purs de ses doigts de clarté, J’admirerai les fins croissants couleur d’aurore, Qu’en signe de tendresse et de félicité, Aux doigts des bienheureux ton astre fait éclore.

Quand tu viendras, pareille au beau rayon de miel, Eblouir l’essaim blond des abeilles du ciel, Nous viderons la coupe où le désir s’étanche, Sans épuiser pourtant sa suprême douceur.

Notre amour va grandir au gré de ta splendeur, Et, quand par un grand soir ta face pleine et blanche Mettra sur les sommets une aube de dimanche, Nous irons sur les monts t’élever un autel.

 

Ah! quelle ivresse souveraine, Croissant d’argent

Du soir changeant,

Quand tu seras la lune pleine!

 

Il est sur la montagne où luit le romarin, Une grotte sacrée et propice aux ivresses.

Des herbes de senteur y balancent leurs tresses.

Là, le coq de bruyère annonce le matin.

Nous dormirons le jour, mais lorsque ta lumière O Lune, incendiera les palais du ciel bleu, Mon amant t’offrira sur un lit de fougère, Mon corps brûlant encor de ses baisers de feu.

 

O Lune pâle,

Limpide opale,

Tu redeviendras croissant d’or Et le bel amour sera mort!

 

Quand tu te flétriras comme une pauvre fleur, Nous ne médirons pas de nos gloires passées, Mais je serai très douce aux aubes de douceur Où ton arc agonise en teintes effacées.

O Lune, je ne veux qu’un tendre mois d’amour Où nous épuiserons la gamme des ivresses, Où du bonheur humain nous aurons le cœur lourd Et qui ne laissera ni regrets, ni tristesses.

Quand j’aurai bien chéri le tendre bien-aimé, Tu me feras mourir, Lune couleur d’opale, Il s’en reviendra seul au seuil accoutumé Mais moi, je veux monter vers ta planète pâle…

Si mon vœu s’accomplit au gré de ton décor, Quand ton feu s’éteindra dans la nuit améthyste, Je vêtirai pour mon cercueil ma robe triste Où mon aiguille bleue a mis des croissants d’or…

 

Voici la chanson de la Lune

Qu’une pauvre folle d’amour

S’en allait dire au carrefour Des chemins estompés de brune.