L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
«Vers d’angoisse où gémit une intime épopée,…
XII
«Vers d’angoisse où gémit une intime épopée, Je vous trempe au creuset rouge de ma douleur Et vous polis avec les larmes de mon cœur Afin que vous ayez la splendeur de l’épée.
XIII
«J’ai trop souffert par vous, mauvais Ange, c’est trop, Et par quelque terrible soir Je jetterai mon cœur aux requins noirs du haut Des falaises du désespoir!»
… … … … … … … … … … … …
Jeune homme, je revois tes yeux de clématite, Je respire tes vers ainsi qu’un grave encens.
Qui donc te fit verser pour sa beauté maudite Les belles larmes d’or d’un Keats adolescent?
L’ILE DU BONHEUR
Le vent traînait l’odeur d’une rose fanée Quand surgit de la mer l’Antille aux arbres bleus, La belle Ile fleurie où vous fut amenée Héliotrope, aux jours d’un amour merveilleux!
SEPTIÈME CHANT
DANS L’ILE ENCHANTEE
Raise the light, my page, that I may see her.
Thou art come at last then, haughty Queen!
Long I’ve waited, long I’ve fought my fever; Late thou comest, cruel thou hast been.
(Tristan and Iseult)
MATTHEW ARNOLD.
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant…
VERLAINE.
DANS L’ILE ENCHANTÉE
Je ne décrirai pas l’Antille merveilleuse Car où trouver les mots dignes de sa beauté?
Elle avait malgré l’heure une douce clarté; Ses grands palmiers dormaient sous la voûte rêveuse.
Je débarquai suivant ce qu’avait dit la voix En pleine nuit sur ses galets et mon beau rêve Chanta comme un oiseau des bois quand sur la grève O miracle! je vis le beau Lys d’autrefois.
C’était elle, ô bonheur, c’était son élégance, Ses yeux divins, son front parfait, son frêle corps.
Comme un avare fou retrouvant son trésor Je me sentis soudain beau d’une joie immense!
Je lui criai: «Je vous revois, doux yeux chéris!»
Elle me dit: «Je suis le Songe qui console.»
—Autrefois n’est-ce toi que j’aimais dans Paris?
Elle avoua: «Je suis l’Image de l’idole.
Je vis seule, parmi les fleurs de mon palais Attendant un amant que le sort me destine.
Mais je le sens, rêveur, c’est toi, toi qui me plais, C’est toi que j’attendais près de la mer divine.
Tu vivras près de moi dans l’île de beauté Quelques suaves jours sous un bleu ciel qui grise Puis tu me quitteras par un grand soir de brise Ayant connu l’amour dans toute sa clarté.
Un canot nous attend au pied de cette grotte…
Sur le cap aux oiseaux brille mon palais clair.»
Tout à coup dans le bois ulula la hulotte Et la lune de juin se leva sur la mer.
Elle avait des yeux purs aux prunelles très grandes Et je dis: «O Circé, nymphe aux yeux éclatants, Comme Ulysse avec vous je resterais longtemps Si nous étions encore aux beaux jours des légendes.
Merveille incomparable, Ange au regard divin, Es-tu réalité, n’es-tu pas le mensonge?
Quel échanson m’a fait boire ce puissant vin?
Quel philtre m’a conduit vers cette île de songe?»
Elle pencha vers moi son beau regard voilé Et prononça des mots chargés de tant de charmes Que je sentis mes yeux pleins de divines larmes Et mon bonheur chanta vers l’azur étoilé.
VERS LE CAP-AUX-OISEAUX