L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
La Maison aux Abeilles
Modeste est ma maison, mais fort je la chéris Au doux feu des heures vermeilles!
Car elle communique avec les bois fleuris Par le fil d’or de ses abeilles.
Tel parfum qui flotta sur le morne embaumé Et qui subit le sort des roses Vit encor, souvenir adorable de mai, Dans l’étui des cellules closes.
Tel nectar, diamant liquide dans la nuit Ou rosée à perle tremblante
Dort maintenant, plus blond que le suc d’un beau fruit, Au cœur chaud de la ruche ardente.
De l’aube au soir l’essaim ardent et régulier Apporte à ma cour des messages.
Je sais quand «l’épineux» porte des fleurs d’argent Et quand c’est le mois des orages.
Je sais que les poix doux sont pleins de «sucriers»
Et les flamboyants d’oiseaux-mouches Et que les agoutis gambadent par milliers Dans le sentier des vieilles souches.
Je sais que l’ortolan roucoule à la fraîcheur Du courbaril près de la source Et que l’étang où vient s’abreuver le chasseur Mire les feux de la Grande Ourse.
Je sais que la campagne est un vaste bouquet De fleurs, d’odeurs et de musiques Où le maigre coucou, de bosquet en bosquet, Chasse les guêpes métalliques.
Ce soir, on est au mois où l’amour met le nid Comme un trophée au cœur des branches; Et mes vers accouplés volent vers l’infini Comme des vols d’aigrettes blanches!
L’ÉGLISE CLAIRE
Non loin de la maison aux abeilles, l’église Où chante le dimanche un petit chœur d’enfants.
Je me complais alors à suivre les doux chants De ces petits dont l’âme est encore indécise.
L’encens embaume l’air et par les jours de mai Il arrive parfois qu’on voit voler en elle D’une fenêtre à l’autre un vol de tourterelle Qui se sent bienheureux en ce lieu parfumé.
VOL D’ABEILLES
Mille quittent la ruche en projectiles d’or.
Mille rentrent soudain en cascades vermeilles.
Tout le jour la maison entend vibrer l’effort Vibrant et radieux des divines abeilles.
C’est d’une reine unique en la paix du rucher Que sont nés les feux d’or de tant de travailleuses.
Et le cœur du poète est un divin archer Qui lance sans compter les flèches merveilleuses.
LE RÉVEIL DES RUCHES
L’aube à peine a teinté les collines vermeilles, Qu’un gai bourdonnement s’élève du rucher.
Quel est l’arbuste en fleur au parfum de pêcher Qui donne tant de joie au peuple des abeilles?
Tout le jour, vibrera le généreux travail, De la ruche à la fleur, de la fleur à la ruche; Jusqu’à l’heure où le soir plus vert qu’une perruche Dorera de ses feux une mer de corail.
Désirs, désirs plus beaux que les mouches fidèles, Vous n’avez de repos ni l’hiver ni l’été; Grisés par les parfums de l’arbre de Beauté, Nuit et jour vous volez aux fleurs surnaturelles.