L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
La brise soulevant ses eaux
Blanchit le courant qui voyage; Et sur elle à l’infini nage
Une écume de blancs oiseaux.
Plus tard elle s’orne de moires Couleur de plumes de paons bleus, Elle étale des lacs ombreux
Et des déserts brûlés de gloires.
Sous le grain vif, l’air est de miel, Les gouttes au soleil sont blondes; La mer revêt quelques secondes Sa robe couleur d’arc-en-ciel.
Des marsouins noirs, comme en débauche, Dansent autour du steamer gris; Et le poisson volant surpris Comme un caillou d’argent ricoche.
Puis le soir sème çà et là
De grenats sa robe de gaze,
Et de la lune la topaze
Dore sa robe de gala.
Ceux que le roulis bouleverse Sur le pont marchent de travers, Et moi je compose des vers
Au beau chant de la mer diverse.
Car j’écris ce poème clair
Loin de la ville et de la foule, A bord d’un grand vapeur qui roule Sur l’Atlantique découvert.
Derrière sont les grandes villes, Londres, Paris aux yeux de feu; Devant nous, c’est le chemin bleu De la mer et les vertes îles.