L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Ma maison sera malheureuse
Jusqu’à l’heure du crépuscule.
Que l’on allume la veilleuse Et qu’on arrête la pendule!
CHANSON TRISTE
La «Solitude» et la «Tristesse», Voilà le nom des deux hiboux Qui viennent ululer sans cesse Dans l’arbre noir des ravins fous; Dans l’arbre noir tordant ses branches Au vent sinistre de la mer;
Et sur qui les colombes blanches Ne posent jamais leur vol clair.
LA CHANSON DU CŒUR MALADE
Au lieu de durcir, mon cœur d’homme, Vous vous attendrissez,
Non, vous n’avez rien du surhomme Sans cesse, vous baissez!
Il suffit d’un vapeur en rade, D’un souvenir, d’un rien.
Il faut, comme un enfant malade Que l’on vous mène au loin.
SIXIÈME CHANT
LE PETIT VOYAGE AUX ILES BLEUES
L’APPEL DE L’ATLANTIQUE
Rose, la mer baignait les promontoires bleus.
De grands oiseaux planaient, sollicitant le rêve.
Une voix murmura: «Quitte donc cette grève!
Va voir d’autres pays aux visages heureux!
«Il faut te dépêcher de vivre, l’heure approche Où tes yeux n’auront plus la clarté des étangs.
Quelque jour, l’avenir te fera le reproche De n’avoir pas assez savouré les printemps.
«Il faut d’un bel amour la flamme généreuse Pour guérir l’autre amour en ton cœur insensé.
Ce n’est pas dans ton île, oasis merveilleuse, Qu’on trouve le Lotus et qu’on trouve Circé.
Non loin d’ici rayonne une Antille enchantée Où tu pourras cueillir un rapide bonheur.
N’en demande pas plus et sous la voie lactée Débarque, en pleine nuit, dans la belle île en fleur.
«Pars et va-t’en chercher le suprême antidote.
D’autres yeux te feront oublier son œil clair.
Qu’il est doux dans le bois le cri de la hulotte!
Ah! que le clair de lune est divin sur la mer!»