L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

La mer autour de moi dresse sa prison bleue.

STANCE

 

La mer autour de moi dresse sa prison bleue.

Je ne sais quel désir me vient d’un autre ciel.

Qu’il est beau sur la mer ce lointain paille-en-queue Qui monte vers l’azur comme un rêve éternel!

 

QUATRIÈME CHANT

 

LA MAISON AUX ABEILLES

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches.

 

VERLAINE.

 

A L’EXEMPLE DES ABEILLES

 

J’ai dans ma cour, au pied de beaux arbres fleuris, Un rucher bigarré fait de vibrantes ruches; On dirait un hameau sous les verts tamaris, Un hameau de couleur au pays des perruches.

 

Les bruits frais des torrents, des ruisseaux, de la mer, Autour de ma fenêtre enroulent leurs murmures; Sans quitter ma maison, je puis, par un jour clair, Me croire au cœur profond de la verte nature.

 

En proie au dur travail qui bourdonne en son flanc, Le rucher au soleil ronfle comme une usine.

Ah! pourquoi tout à coup, ivre et tourbillonnant, S’en échappe un essaim qui va vers la colline?

 

Abeilles au vol sûr, je vous vois tour à tour Porter le pollen blond et le nectar qui grise; Chaque instant le rayon de miel se fait plus lourd.

Vous remplissez l’azur d’une belle surprise.

 

Je perçois grâce à vous les puissantes odeurs Des grands arbres mirant leur ombrage aux fontaines, Vous portez jusqu’à moi l’enivrement des fleurs Et l’âme des beaux jours chante en vos ruches pleines.

 

Séduits par votre exemple, ô peuple merveilleux, Mes espoirs sont partis dans le vent qui les berce, Mais rapporteront-ils à mon cœur anxieux Le pollen du bonheur et le miel de l’ivresse?

 

Quand un de vos essaims tournoie, ardent et nu, Ayant abandonné le trésor des cellules, Avant de se poser dans quelque arbre inconnu De la grande forêt pleine de crépuscule, Je rêve de quitter la paisible maison Où j’ai mené des jours d’une existence sûre, Pour aller je ne sais vers quel autre horizon Affronter les périls d’une belle aventure.