L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
CHAPITRE IV. Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement.
CHAPITRE IV.
Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux
qui communient dignement.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur mon Dieu, prévenez votre serviteur de vos plus
douces bénédictions 622 , afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement.
[622] Ps. XX, 3.
Rappelez mon cœur à vous; réveillez-moi du profond
assoupissement où je languis. 623 Visitez-moi pour me sauver , pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce Sacrement, comme dans sa source.
Faites briller aussi votre lumière à mes yeux, afin qu'ils discernent
un si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement.
[623] Ps. CV, 4.
Car c'est l'œuvre de votre amour et non de la puissance humaine:
c'est votre institution sacrée, et non une invention de l'homme.
Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de
la pénétration des Anges mêmes.
Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et
poussière, découvrir et comprendre d'un mystère si haut?
2. Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, avec une foi ferme
et sincère, et sur le commandement que vous m'en avez fait, je m'approche de vous plein de confiance et de respect; et je crois, sans hésiter, que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme.
Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m'unisse à vous
dans la charité?
C'est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en
ce moment une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour, je me fonde et m'écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation.
Car cet adorable Sacrement est le salut de l'âme et du corps, le
remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, accroît la vertu, affermit la foi, fortifie l'espérance, enflamme et dilate l'amour.
3. Quels biens sans nombre n'avez-vous pas accordés, et
n'accordez-vous pas encore chaque jour dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez, et qui le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu, unique appui de mon âme, réparateur de l'infirmité humaine, source de toute consolation intérieure!
Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations
diverses; vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la communion, se trouvent tout changés après s'être nourris de cette viande et de ce breuvage céleste.
Vous en usez ainsi avec vos élus, afin qu'ils reconnaissent
clairement, et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre, et tout ce qu'ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté.
Car d'eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous
ils deviennent pieux, zélés, fervents.
Qui, en effet, s'approchant humblement de la fontaine de suavité,
n'en remporte pas un peu de douceur? ou qui, se tenant près d'un grand feu, n'en reçoit pas quelque chaleur?
Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et
surabondante, ce feu toujours ardent, et qui ne s'éteint jamais.
4. Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la
source, et de m'y désaltérer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de l'ouverture par où s'écoulent les eaux célestes, afin d'en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse.
Et si je ne puis encore être tout céleste, et tout de feu, comme les
Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'animer à la piété, et de préparer mon cœur, afin qu'en participant avec humilité à ce Sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin.
Bon Jésus, Sauveur très-saint, suppléez vous-même, par votre
bonté et votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes, en disant: Venez à moi, vous tous
qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai 624 .
[624] Matth., XI, 28.
5. Je travaille à la sueur de mon front, mon cœur est brisé de
douleur, le poids de mes péchés m'accable, les tentations m'agitent, une foule de passions mauvaises m'enveloppent et me pressent; et il n'y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n'est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle.
Recevez-moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui
m'avez préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage.
«Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et
mon amour croissent d'autant plus, que je participe plus souvent à
ce divin mystère 625 .»
[625] Oraison de l'Église.
RÉFLEXION.
Jésus-Christ, près de quitter la terre, promit à ses disciples de leur envoyer
l'Esprit consolateur 626 : et c'est ce divin Esprit qui nous est donné dans les
sacrements de la nouvelle alliance. Amour substantiel du Père et du Fils, il
aide notre infirmité, car nous ne savons pas demander comme il faut, mais
l'Esprit demande pour nous avec des gémissements ineffables; et celui qui
scrute les cœurs sait ce que désire l'Esprit, parce qu'il demande selon Dieu
pour les Saints 627 . Par une invisible opération aussi douce que puissante, il
incline librement notre volonté au bien, il la purifie, il l'élève vers Dieu: il est
notre force, comme le Verbe est notre lumière. Or, quand nous possédons en
nous Jésus-Christ, nous possédons le Verbe même, et nous participons à
tous les dons que le Verbe et l'Esprit qui procède de lui, répandent
incessamment sur l'humanité sainte du Sauveur, devenu un avec nous par la
communion de son corps et de son sang, de son âme et de sa Divinité, qui en
est inséparable. En lui sont toutes les richesses de la plénitude de
l'intelligence, tous les trésors de la sagesse et de la science souveraine 628 :
et ces trésors, il les ouvre pour nous dans le sacrement de l'Eucharistie; il
nous dispense, selon nos besoins, ces célestes richesses: tandis que l'Esprit
sanctificateur nous embrase de ses flammes divines qui consument les
dernières traces du péché, nous donnent comme un avant-goût de la félicité
céleste, et nous préparent à en jouir pleinement, lorsque nous aurons atteint
le terme heureux de nos épreuves sur la terre. Allez donc à la source des
grâces, allez à l'autel, allez à Jésus: et à qui, Seigneur, irions-nous? Vous seul
avez les paroles de la vie éternelle 629 . Languissants, vous nous fortifiez;
affligés, vous nous consolez; troublés par les tempêtes qui s'élèvent au
dedans et au dehors de nous, vous commandez aux vents, et il se fait un
grand calme 630 631 . Ô Jésus! votre amour me presse , et mon âme a défailli
dans l'ardeur de s'unir à vous. C'est là tout mon désir, je n'en ai point d'autre,
je ne veux que vous, ô mon Dieu! Oh! quand pourrai-je dire: Mon bien-aimé