L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
CHAPITRE XV. De ce que nous devons dire et faire quand il s'élève quelque désir en nous.
[237] Nahum., I, 2.
[238] Is., XLII, 8.
[239] I. Petr., V, 5.
[240] I. Cor., IV, 4.
[241] Ps. XVIII, 13.
[242] Ps. XXIV, 7.
[243] Ps. XVIII, 14.
[244] Ps. XLIII, 16.
[245] Ps. L, 19.
CHAPITRE XV.
De ce que nous devons dire et faire quand il
s'élève quelque désir en nous.
1. J.-C. Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit ainsi,
si c'est votre volonté. Seigneur, que cela se fasse en votre nom, si vous devez en être honoré.
Si vous voyez que cela me soit bon, si vous jugez que cela me
soit utile, alors donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire.
Mais si vous savez que cela me nuira, ou ne servira point au salut
de mon âme, éloignez de moi ce désir.
Car tout désir n'est pas de l'Esprit saint, même lorsqu'il paraît bon
et juste à l'homme.
Il est difficile de discerner avec certitude si c'est l'esprit bon ou
mauvais qui vous porte à désirer ceci ou cela, ou même votre esprit propre.
Il s'est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans l'illusion, qui
semblaient d'abord être conduits par le bon esprit.
2. Ainsi tout ce qui se présente de désirable à votre esprit, vous
devez le désirer toujours et le demander avec une grande humilité de cœur, et surtout avec une pleine résignation, vous abandonnant à moi sans réserve, et disant:
Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela se
fasse comme vous le voudrez.
Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et quand
vous le voulez.
Faites de moi ce qui vous plaira, selon ce que vous savez être
bon, et pour votre plus grande gloire.
Placez-moi où vous voudrez, et disposez absolument de moi en
toutes choses.
Je suis dans votre main, tournez-moi et retournez-moi en tout
sens, à votre gré.
Voilà que je suis prêt à vous servir en tout: car je ne désire point
vivre pour moi, mais pour vous seul: heureux si je le pouvais dignement et parfaitement!
PRIÈRE
POUR DEMANDER À DIEU LA GRÂCE D'ACCOMPLIR SA
VOLONTÉ.
1. L F. Accordez-moi, ô bon Jésus, votre grâce; qu'elle soit en
moi, qu'elle agisse avec moi 246 , et qu'elle demeure avec moi jusqu'à la fin.
[246] Sap., IX, 10.
Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le plus
agréable, et ce que vous aimez le plus.
Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive
toujours la vôtre, et jamais ne s'en écarte en rien.
Qu'uni à vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que vous
voulez; et qu'il en soit ainsi de ce que vous ne voulez pas.
Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer à
être oublié et méprisé du siècle à cause de vous.
Faites que je me repose en vous par-dessus tout ce qu'on peut
désirer, et que mon cœur ne cherche sa paix qu'en vous.
Vous êtes la véritable paix du cœur, son unique repos: hors de
vous, tout pèse et inquiète. Dans cette paix, c'est-à-dire en vous
seul, éternel et souverain Dieu, 247 je dormirai et je me reposerai .
Ainsi soit-il.
[247] Ps. IV, 10.
RÉFLEXION.
Jamais satisfait pleinement de ce qu'il est et de ce qu'il possède, fatigué du
vide de son cœur, toujours inquiet, toujours aspirant à je ne sais quel bien qui
le fuit toujours, l'homme n'a pas un moment de vrai repos, et sa vie s'écoule
dans les désirs. Ce n'est pas seulement une grande misère, mais encore un
grand danger; car la racine de tous les maux est la convoitise, et plusieurs, en
s'y livrant, ont perdu la foi, et se sont engagés dans une multitude de
douleurs 248 . L'imagination, qui, en cet état, se porte avec force vers tout ce
qui l'attire, obscurcit la raison, ébranle et entraîne la volonté même: et ainsi
l'on doit s'attacher soigneusement à la réprimer, lors même que les objets qui
l'occupent paraîtraient exempts de toute espèce de mal, et qu'on croirait ne
chercher dans ses rêves qu'un soulagement permis et une distraction
innocente. La piété elle-même s'égare aisément, si elle n'est en garde contre
les désirs en apparence les plus saints. Nous ne savons ni ce qui nous est
bon, ni ce qui nous est nuisible. Tantôt nous souhaiterons d'être délivrés d'une
croix nécessaire peut-être à notre salut, tantôt, dans un mouvement indiscret
de ferveur, nous en souhaiterons une autre sous laquelle nos forces
succomberaient, si elle nous était imposée. Que faire donc? Demander à Dieu
que sa volonté se fasse 249 en nous et hors de nous, y conformer la nôtre