L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XIV. Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ.

Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera

parfaitement unie à Dieu.

Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec

vous. Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon cœur vous soit uni.

 

RÉFLEXION.

 

«Je m'abandonne à vous, ô mon Dieu: à votre unité pour être fait un avec

vous; à votre infinité et à votre immensité incompréhensible, pour m'y perdre

et m'y oublier moi-même; à votre sagesse infinie, pour être gouverné selon

vos desseins, et non pas selon mes pensées; à vos décrets éternels, connus

et inconnus, pour m'y conformer, parce qu'ils sont tous également justes; à

votre éternité, pour en faire mon bonheur; à votre toute-puissance, pour être

toujours sous votre main; à votre bonté paternelle, afin que, dans le temps

que vous m'avez marqué, vous receviez mon esprit entre vos bras; à votre

justice, autant qu'elle justifie l'impie et le pécheur, afin que, d'impie et de

pécheur, vous le fassiez juste et saint. Il n'y a qu'à cette justice qui punit les

crimes que je ne veux pas m'abandonner; car ce serait m'abandonner à la

damnation que je mérite; et néanmoins, Seigneur, elle est sainte, cette justice,

comme tous vos autres attributs; elle est sainte et ne doit pas être privée de

son sacrifice. Il faut donc aussi m'y abandonner, et voici que Jésus-Christ se

présente, afin que je m'y abandonne en lui et par lui 696 .»

[696] Bossuet.

 

CHAPITRE XIV.

Du désir ardent que quelques âmes saintes ont

de recevoir le Corps de Jésus-Christ.

 

VOIX DU DISCIPLE.

1. Combien est grande, ô mon Dieu, l'abondance de douceur que

vous avez réservée à ceux qui vous craignent 697 !

[697] Ps. XXX, 23.

Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour

quelques âmes fidèles s'approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Communion, avec tant de froideur et de sécheresse; d'y porter un cœur si aride, si tiède, et de ne point ressentir cet attrait puissant, cette ardeur qu'éprouvent quelques-uns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde.

Ils ont soif de vous, ô mon Dieu, qui êtes la source d'eau vive; et

leur cœur et leur bouche s'ouvrent également pour s'y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim que votre sacré Corps, qu'ils reçoivent avec une sainte avidité et les transports d'une joie ineffable.

2. Oh! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre

présence dans le sacrement!

Car ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction

du pain, ceux dont le cœur est tout brûlant, lorsque Jésus est avec

eux 698 .

[698] Luc., XXIV, 49.

Qu'une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de

moi!

Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de

miséricorde! Ayez pitié d'un pauvre mendiant, et faites que j'éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte Communion, quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le cœur, afin que ma foi s'affermisse, que mon espérance en votre bonté s'accroisse, et qu'enflammé par cette manne céleste, jamais la charité ne s éteigne en moi.

3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m'accorder la

grâce que j'implore, pour me remplir de l'esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu.

Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes

pieuses, cependant, par votre grâce, j'aspire à leur ressembler, désirant et demandant d'être compté parmi ceux qui ont pour vous un si vif amour, et d'entrer dans leur société sainte.

 

RÉFLEXION.

 

Avant le jour de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de

passer de ce monde à son Père; comme il avait aimé les siens qui étaient

dans le monde, il les aima jusqu'à la fin 699 . Ce fut alors qu'il institua la divine

Eucharistie, comme pour perpétuer sa demeure au milieu des disciples qu'il

avait aimés, et de tous ceux qu'il aimerait jusqu'à la consommation des

siècles, accomplissant ainsi cette promesse: Je ne vous laisserai pas

orphelins; je viendrai à vous 700 : et il est venu, il a habité parmi nous, et nous

avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de

vérité 701 . Il est vrai que sa présence se dérobe à nos sens; mais elle n'en est

ni moins réelle, ni moins efficace: ainsi je crois, Seigneur; ainsi j'adore. Si

Jésus-Christ, en se donnant à nous dans le Sacrement de l'autel, ne se

couvrait pas d'un voile, s'il ne retenait pas en soi une partie de sa lumière, s'il

se montrait selon tout ce qu'il est, plus beau qu'aucun des enfants des

hommes 702 , et avec une tendresse ineffable aspirant de s'unir à nous, corps

à corps, cœur à cœur, esprit à esprit 703 , notre frêle humanité ne pourrait

supporter le poids d'une félicité semblable, et l'âme briserait ses liens mortels.

C'est pourquoi le divin Sauveur a voulu ne se rendre visible qu'à la foi seule;

et la foi suffit pour embraser de telles ardeurs les vrais fidèles, qu'il n'est rien

sur la terre de comparable à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce

qui se passe, dans le secret du cœur, entre l'Époux et l'Épouse: ces

transports, ce calme, ces élans du désir, cette joie de la possession, ces

chastes embrassements de deux âmes perdues l'une dans l'autre, cette

douce langueur, ces paroles brûlantes, ce silence plus ravissant. Ah! si vous