L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
CHAPITRE IX. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin.
comme le type infernal. Il est le père de la haine, de l'envie, de la violence, de
la fausse sécurité et de l'endurcissement. Sorti de l'abîme, il s'y replonge: le
reste est le mystère de l'éternelle justice. Ô Dieu, ayez pitié de votre pauvre
créature! Le front dans la poussière, je m'anéantis devant vous. Je sens, je
confesse ma misère, ma corruption profonde, ma désolante impuissance et
tout ce qui à jamais me séparerait de vous, si votre grande miséricorde ne
venait à mon secours par le don gratuit de la grâce. Daignez, daignez la
répandre en mon âme. Ne m'abandonnez pas, Seigneur; sauvez-moi, ou je
vais périr 209 . Ô Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature!
[203] Eccli., X, 15.
[204] Is., XLII, 8.
[205] Genes., III, 22.
[206] Ibid., II, 17.
[207] Is., XIV. 12–16.
[208] Luc., VII, 47.
[209] Matth., VIII, 25.
CHAPITRE IX.
Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre
dernière fin.
1. Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière, si
véritablement vous désirez être heureux.
Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop souvent
jusqu'à vous et aux créatures.
Car, si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous
tombez dans la langueur et la sécheresse.
Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est moi
qui vous ai tout donné.
Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien; et
songez que, dès lors, ils doivent tous remonter à moi comme à leur origine.
2. En moi, comme dans une source intarissable, le petit et le
grand, le pauvre et le riche, puisent l'eau vive, et ceux qui me servent volontairement et de cœur recevront grâce sur grâce.
Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance
dans un autre bien que moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son cœur toujours à la gêne, toujours à l'étroit, ne trouvera que des angoisses.
Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa
vertu; mais rendez tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien.
C'est moi qui vous ai tout donné, et je veux que vous vous
donniez à moi tout entier: j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâces qui me sont dues.
3. Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire.
Là où pénètre la grâce céleste et la vraie charité, il n'y a plus de
place pour l'amour-propre, ni pour l'envie qui torture le cœur.
Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de
l'âme.
Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi,
vous n'espérerez qu'en moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul, à qui, en tout et par-dessus tout, est due à jamais la louange et la bénédiction.
RÉFLEXION.
Tout bien découle de Dieu, qui est le bien suprême, et tout ce qu'il fait est
bon 210 , parce qu'il le tire de lui. Il n'y a dans le monde d'autre mal que le
péché; car la peine du péché n'est pas un mal, puisque, supportée