L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
CHAPITRE XI. Que le Corps de Jésus-Christ et l'Écriture sainte sont très-nécessaires à l'âme fidèle.
ardent. Tandis que Jésus repousse et maudit les Pharisiens, superbes
observateurs de la Loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit à son
humble douleur, il bénit ses larmes, et beaucoup de péchés lui sont remis,
parce qu'elle a beaucoup aimé 676 . Trop souvent les apparentes délicatesses
de conscience qui séparent longtemps de la communion, cachent un grand et
coupable orgueil. Au lieu de s'abandonner aux conseils du guide qui tient la
place de Dieu, on veut se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont
le dernier terme, le terme inévitable est ou le désespoir, ou une effroyable
présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l'obéissance: toutes les
autres aboutissent à la perdition. Si l'on vous interdit l'accès de la Table
sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet plus légitime de pleurs? Si l'on
vous dit: Allez à Jésus dans le sacrement de son amour; approchez avec
allégresse. Nulle disposition n'égale le sacrifice entier du raisonnement
humain et de la volonté propre; ayez en tout et toujours la simplicité d'un petit
enfant: la simplicité du cœur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la
bénit pour l'éternité.
[674] Héb., XII, 2.
[675] Ps. L, 19.
[676] Luc, VII, 47.
CHAPITRE XI.
Que le Corps de Jésus-Christ et l'Écriture sainte
sont très-nécessaires à l'âme fidèle.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur Jésus, quelles délices inondent l'âme fidèle admise à
votre Table, où on ne lui présente d'autre aliment que vous-même, son unique bien-aimé, le plus cher objet de ses désirs!
Oh! qu'il me serait doux de répandre en votre présence des
pleurs d'amour, et d'arroser vos pieds de mes larmes comme Magdeleine!
Mais où est cette tendre piété, et cette abondante effusion de
larmes saintes?
Certes, en votre présence et celle des saints Anges, tout mon
cœur devrait s'embraser et se fondre de joie.
Car vous m'êtes véritablement présent dans votre Sacrement,
quoique caché sous des apparences étrangères.
2. Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat de votre divine
lumière, et le monde entier s'évanouirait devant la splendeur de votre gloire.
C'est donc pour ménager ma faiblesse que vous vous cachez
sous les voiles du Sacrement.
Je possède réellement et j'adore celui que les anges adorent
dans le ciel: mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient tel qu'il est et sans voile!
Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je
marche à sa lumière, jusqu'à ce que luise l'aurore du jour éternel, et
que les ombres des figures déclinent 677 .
[677] Cant., II, 17.
Mais 678 quand ce qui est parfait sera venu , l'usage des
Sacrements cessera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n'ont plus besoin de secours.
[678] Cor., XIII, 10.
Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et
contemplent sa gloire face à face; pénétrés de sa lumière et comme plongés dans l'abîme de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité.
3. Qu'au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui,
même les consolations spirituelles! car tandis que je ne verrai point le Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout ce que j'entends en ce monde ne m'est rien.
Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de
consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu'en vous seul, mon Dieu, que je désire contempler éternellement.
Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce corps mortel.
Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je
soumette à votre volonté tous mes désirs.
Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d'allégresse, règnent
maintenant avec vous dans le ciel, ont aussi, pendant qu'ils vivaient, attendu avec une grande foi et une grande patience l'avénement de votre gloire.
Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la
confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus.
Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples.
J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et
par-dessus tout votre sacré Corps, pour remède et pour refuge.
4. Car je sens que deux choses me sont ici-bas souverainement
nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette misérable vie.
Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de
lumière.
C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair
sacrée, pour être la nourriture de son âme et de son corps, et votre
parole pour luire comme une lampe devant ses pas 679 .
[679] Ps. CXVIII, 105.
Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu
est la lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie.
On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les
trésors de l'Église.
L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain
sanctifié, c'est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ.
L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte,
qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints.
Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l'éternelle
lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte.
5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes,
de ce qu'afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif, mais votre très-saint Corps et votre Sang.
Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais
dont ils goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles, et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices du ciel.
6. Oh! qu'elles sont grandes, qu'elles sont glorieuses les fonctions
des prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres hommes!
Oh! qu'elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa
bouche doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères taches, pour recevoir si souvent l'Auteur de la pureté!
Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'honnête, rien que
d'utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au Sacrement de Jésus-Christ.
7. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent
habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu'elles soient pures et élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel et de la terre.
C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: Soyez saints,
parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu 680 .
[680] Lev., XIX, 2; XX, 7.
8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout-puissant, nous qui
avons été revêtus du sacerdoce, afin que nous puissions vous servir dignement, avec une vraie piété et une conscience pure.
Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite
que nous le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir désormais avec plus de ferveur.
RÉFLEXION.
Qu'est-ce que la terre? Un lieu d'exil, une vallée de larmes, comme
l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie
de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans nombre, un bien, il
ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, qui est la vie de son cœur: et
tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa
raison épuisée. Ce qu'il a cru des biens se change en amertume. Il trouve au
fond de tout le vide et l'ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur
elle-même: il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans
les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent pour le
tromper le nom d'ami: tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des
piéges dans l'ombre, et quand à force de ruses, de mensonges et de basses
noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rets, tout à coup, se dévoilant, ils se
ruent sur lui et le dévorent, comme l'hyène dévore sa proie. Lamentable
condition! Mais Dieu n'a pas abandonné sa pauvre créature dans ces
extrémités de la misère. Il l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il
l'anime, il la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de
posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini,