L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE X. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde.

patiemment, elle l'expie, et que toujours elle rétablit l'ordre que le péché avait

troublé. Ainsi nous tenons de Dieu la vie, l'intelligence, l'amour, qui doit

remonter perpétuellement vers sa source, et de nous-mêmes nous ne

pouvons rien, pas même dire: 211 Mon Père ! car nous ne savons pas prier, et

c'est l'esprit qui demande en nous avec des gémissements ineffables 212 .

L'unique chose qui nous appartienne, c'est le péché; il est le fruit de notre

volonté libre, 213 et son salaire est la mort . Élevons-nous tant que nous

voudrons dans notre pensée, voilà ce que nous sommes; nous n'avons rien

de plus que ce que Dieu nous donne dans sa bonté et sa miséricorde toute

gratuite. Donc à nous le mépris, la confusion, la honte, en nous trouvant si

misérables; et à Dieu 214 la bénédiction, l'honneur, la gloire, la puissance ,

comme les saints le chantent dans le Ciel, au pied du trône de l'Agneau.

[210] Genes., I, 4 et seq.

[211] Rom., VIII, 15.

[212] Ibid., 26.

[213] Rom., VI, 23.

[214] Apoc., V, 13.

 

CHAPITRE X.

Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le

monde.

 

1. L F. Je vous parlerai encore, Seigneur, et je ne me tairai point.

Je dirai à mon Dieu, mon Seigneur et mon roi, assis dans les hauteurs des cieux:

Ô quelle abondance de douceurs vous avez réservée pour ceux

qui vous craignent 215 ! Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous servent de tout leur cœur?

[215] Ps. XXX, 20.

Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous inondez ceux

qui vous aiment, quand leur âme vous contemple.

Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de

votre amour: je n'étais pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous m'avez ramené pour vous servir, et vous m'avez commandé de vous aimer.

2. Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous?

Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous

souvenir de moi, lorsque déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort?

Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance;

et vous avez répandu sur lui votre grâce et votre amour, bien au-delà de tout ce qu'il pouvait mériter.

Que vous rendrai-je pour une telle faveur? car il n'est pas donné

à tous de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.

Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir

toutes les créatures?

Cela doit me sembler peu de chose: mais ce qui me paraît grand

et merveilleux, c'est que vous daigniez agréer le service d'une créature si pauvre et si misérable, et l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.

3. Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service,

est à vous.

Et néanmoins prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez

plus que moi-même je ne vous sers.

Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service

de l'homme, sont devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous leur avez commandé.

C'est peu encore: vous avez préparé pour l'homme le ministère

même des Anges.

Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même,

et vous avez promis de vous donner à lui.

4. Que vous rendrai-je pour tant de biens? Ah! si je pouvais vous

servir tous les jours de ma vie! si je pouvais même un seul jour vous servir dignement!

Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement,

digne de tout honneur et d'une louange éternelle.

Vous êtes vraiment mon Seigneur, et je suis votre pauvre

serviteur, qui dois vous servir de toutes mes forces, et ne me lasser jamais de vous louer.

Je le veux ainsi, je le désire ainsi: daignez suppléer vous-même à

tout ce qui me manque.

5. C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir et de

mépriser tout à cause de vous.

Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent

volontairement sous votre joug très-saint.

Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit saint,

ceux qui, pour votre amour, auront rejeté tous les plaisirs des sens.

Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui, pour la gloire de

votre nom, seront entrés dans la voie étroite, et auront renoncé à toutes les sollicitudes du monde.

6. Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme

retrouve la vraie liberté et la sainteté!

Ô saint assujettissement de la vie religieuse, qui rend l'homme

agréable à Dieu, égal aux Anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles!