L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XI. Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du soin d'avancer dans la vertu.

Cependant, de pieuses conférences sur les choses spirituelles,

entre des personnes unies selon Dieu et animées d'un même esprit, servent beaucoup au progrès dans la perfection.

 

RÉFLEXION.

 

Il est écrit que nous rendrons compte, au jour du jugement, même d'une

parole oiseuse 40 . Ne nous étonnons pas de tant de rigueur: tout est sérieux

dans la vie humaine, dont chaque moment peut avoir de si formidables

conséquences. Ce temps que vous dissipez en des entretiens inutiles, vous

était donné pour gagner le ciel. Comparez la fin pour laquelle vous l'avez reçu

avec l'usage que vous en faites; et cependant que savez-vous s'il vous sera

seulement accordé une heure de plus?

[40] Matth., XII, 36.

 

CHAPITRE XI.

Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du

soin d'avancer dans la vertu.

 

1. Nous pourrions jouir d'une grande paix, si nous voulions ne

nous point occuper de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce dont nous ne sommes point chargés.

Comment peut-il être longtemps en paix, celui qui s'embarrasse

de soins étrangers, qui cherche à se répandre au dehors, et ne se recueille que peu ou rarement en lui-même?

Heureux les simples, parce qu'ils posséderont une grande paix!

2. Comment quelques Saints se sont-ils élevés à un si haut degré

de vertu et de contemplation?

C'est qu'ils se sont efforcés de mourir à tous les désirs de la terre,

et qu'ils ont pu ainsi s'unir à Dieu par le fond le plus intime de leur cœur, et s'occuper librement d'eux-mêmes.

Pour nous, nous sommes trop à nos passions, et trop inquiets de

ce qui se passe.

Rarement nous surmontons parfaitement un seul vice; nous

n'avons point d'ardeur pour faire chaque jour quelque progrès, et ainsi nous restons tièdes et froids.

3. Si nous étions tout à fait morts à nous-mêmes, et moins

préoccupés au dedans de nous, alors nous pourrions aussi goûter les choses de Dieu, et acquérir quelque expérience de la céleste contemplation.

Le plus grand, l'unique obstacle, c'est qu'asservis à nos passions

et à nos convoitises, nous ne faisons aucun effort pour entrer dans la voie parfaite des Saints.

Et, s'il arrive que nous éprouvions quelque légère adversité, nous

nous laissons aussitôt abattre, et nous recourons aux consolations humaines.

4. Si, tels que des soldats généreux, nous demeurions fermes

dans le combat, nous verrions certainement le secours de Dieu descendre sur nous du Ciel.

Car il est toujours prêt à aider ceux qui résistent, et qui espèrent

en sa grâce; et c'est lui qui nous donne des occasions de combattre, afin de nous rendre victorieux.

Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans

les observances extérieures, notre dévotion sera de peu de durée.

Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que, dégagés

des passions, nous possédions notre âme en paix.

5. Si nous déracinions chaque année un seul vice, bientôt nous

serions parfaits.

Mais nous sentons souvent au contraire que nous étions

meilleurs, et que notre vie était plus pure, lorsque nous quittâmes le siècle, qu'après plusieurs années de profession.

Nous devrions croître chaque jour en ferveur et en vertu, et

maintenant on compte pour beaucoup d'avoir conservé une partie de sa ferveur.

Si nous nous faisions d'abord un peu de violence, nous pourrions

tout faire ensuite aisément et avec joie.

6. Il est dur de renoncer à ses habitudes; mais il est plus dur

encore de courber sa propre volonté.

Cependant si vous ne savez pas vous vaincre en des choses

légères, comment remporterez-vous des victoires plus difficiles?

Résistez dès le commencement à votre inclination: rompez sans

aucun retard toute habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous engage dans de plus grandes difficultés.

Oh! si vous considériez quelle paix pour vous, quelle joie pour les

autres, en vivant comme vous le devez, vous auriez, je crois, plus d'ardeur pour votre avancement spirituel.

 

RÉFLEXION.

 

Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, non comme le monde la

donne 41 . Quelle aimable douceur, quel touchant amour dans ces paroles de

Jésus-Christ, et en même temps quelle instruction profonde. Tous les

hommes souhaitent la paix, mais il y a deux paix, la paix de Jésus-Christ et la

paix du monde. Le monde dit à l'ambitieux: Le désir des grandeurs te trouble

et t'agite, monte, élève-toi. Il dit à l'avare: L'envie des richesses te dévore,

amasse, amasse, sans t'arrêter jamais. Il dit au mondain tourmenté de ses

convoitises: Enivre-toi de tous les plaisirs. Il dit enfin à chaque passion: Jouis

et tu auras la paix. Promesse menteuse! Les soucis, la tristesse, l'inquiétude,

le dégoût, les remords, voilà la paix du monde. Jésus dit: Triomphez de vous-

même, combattez vos désirs, domptez vos convoitises, brisez vos passions:

et l'âme docile à ses commandements repose dans un calme ineffable. Les

peines de la vie, les souffrances, les injustices, les persécutions, rien n'altère

sa paix; et cette céleste paix, 42 qui surpasse tout sentiment , l'accompagne

au dernier passage, et la suit jusqu'au ciel où se consommera sa félicité.