L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XII. Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions.

Il faut la châtier et l'asservir, jusqu'à ce que, prête à tout, elle ait

appris à se contenter de peu, à aimer les choses les plus simples, et à ne jamais se plaindre de rien.

 

RÉFLEXION.

 

Nous avons un grand combat à soutenir: contre notre esprit, qui nous

égare, séduit par de fausses lueurs et par une funeste curiosité; contre nos

désirs, qui nous troublent; contre nos sens, dont les convoitises souillent l'âme

et la courbent vers la terre. Lamentable condition de l'homme déchu! Mais

Dieu ne l'a point abandonné: il peut vaincre s'il veut. La foi réprime

l'inquiétude maladive de l'esprit, et le fixe dans la vérité. Une entière

soumission à la volonté divine produit la paix du cœur, en étouffant les vains

désirs et ceux même qui trompent la piété par une apparence de bien. Enfin

nous triomphons des sens par la prière, l'humilité, la pénitence, en châtiant le

corps 219 rebelle, et le réduisant en servitude . C'est dans cette guerre de

chaque moment que le chrétien se perfectionne, et c'est en combattant avec

fidélité qu'il peut dire comme l'Apôtre: Je ne pense point être encore arrivé où

j'aspire; mais oubliant ce qui est en arrière, et m'étendant à ce qui est devant,

je cours au terme de la carrière pour saisir le prix que Dieu nous a destiné, la

félicité céleste 220 à laquelle il nous a appelés par Jésus-Christ .

[219] I. Cor., IX, 27.

[220] Philipp., III, 13, 14.

 

CHAPITRE XII.

Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre

ses passions.

 

1. L F. Seigneur, mon Dieu, je vois combien la patience m'est

nécessaire; car cette vie est pleine de contradictions.

Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre, quoi

que je fasse pour avoir la paix.

2. J.-C. Il en est ainsi, mon fils; mais je ne veux pas que vous

cherchiez une paix telle que vous n'ayez ni tentations à vaincre ni contrariétés à souffrir.

Croyez, au contraire, avoir trouvé la paix, lorsque vous serez

exercé par beaucoup de tribulations, et éprouvé par beaucoup de traverses.

Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de souffrances,

comment supporterez-vous le feu du purgatoire?

Afin donc d'éviter des supplices éternels, efforcez-vous d'endurer

pour Dieu, avec patience, les maux présents.

Pensez-vous que les hommes du siècle n'aient rien ou que peu

de choses à souffrir? C'est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui semblent environnés de plus de délices.

3. Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils suivent

toutes leurs volontés; et ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux.

Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu'ils désirent: combien cela

durera-t-il?

Voilà que les riches du siècle s'évanouiront comme la fumée, et il

ne restera pas même un souvenir de leurs joies passées.

Et, durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans amertume,

sans ennui et sans crainte.

Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils

rencontrent le châtiment et la douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que l'amertume et l'ignominie accompagnent les plaisirs qu'ils cherchent dans le désordre.

4. Ô que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux, criminels,

honteux!

Et cependant ces malheureux, enivrés et aveuglés, ne le

comprennent point; mais, semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur âme à la mort, pour quelques jouissances misérables dans une vie qui va finir.

Pour vous, mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et détachez-

vous de votre volonté. Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous

accordera ce que votre cœur demande 221 .

[221] Eccli., XVIII, 30; Ps. XXXVI, 4.

Si vous voulez goûter une véritable joie, et des consolations

abondantes, méprisez toutes les choses du monde, repoussez toutes les joies terrestres; et je vous bénirai, je verserai sur vous mes inépuisables consolations.

Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures, plus les

miennes seront douces et puissantes.

Mais vous ne les goûterez point sans avoir auparavant ressenti

quelque tristesse, sans avoir travaillé, combattu.

Une mauvaise habitude vous arrêtera; mais vous la vaincrez par

une meilleure.

La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur de

l'esprit.

L'antique serpent vous sollicitera, vous exercera; mais vous le

mettrez en fuite par la prière; et en vous occupant surtout d'un travail utile, vous lui fermerez l'entrée de votre âme.

 

RÉFLEXION.

 

Toute chair a péché, toute chair doit souffrir: c'est la loi présente de

l'humanité; loi de justice, car Dieu ne serait pas Dieu si le désordre restait

impuni; loi d'amour, car la souffrance, acceptée et unie aux souffrances du

Sauveur, guérit l'âme et la rétablit dans l'état primitif d'innocence. De quoi

donc vous plaignez-vous quand cette loi divine s'accomplit à votre égard? Est-

ce de ce que la miséricorde prend soin de vous regénérer? Est-ce d'être

semblable à Jésus-Christ, qui a voulu, qui a dû, selon les paroles de