L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XVIII. De l'exemple des Saints.

Celui-là ne saurait non plus demeurer longtemps en paix, qui ne

s'efforce point d'être le dernier de tous, et soumis à tous.

3. Vous êtes venu pour servir, et non pour dominer: sachez que

vous êtes appelé pour souffrir et pour travailler, et non pour discourir dans une vaine oisiveté.

Ici donc les hommes sont éprouvés comme l'or dans la fournaise.

Ici nul ne peut vivre, s'il ne veut s'humilier de tout son cœur à

cause de Dieu.

 

RÉFLEXION.

 

Qu'est-ce qu'un bon religieux? c'est un chrétien toujours occupé de tendre

à la perfection. La vie religieuse n'est donc qu'une vie, pour ainsi dire, plus

chrétienne; et l'abnégation de soi-même est l'abrégé de tous les devoirs

qu'elle impose. Or ces devoirs sont aussi les nôtres, puisque ce n'est pas

seulement à quelques-uns, mais à tous, que Jésus-Christ a dit: Soyez parfaits

comme votre Père céleste est parfait 57 . Pour remplir cette grande vocation,

renonçons à nous-mêmes; unissons-nous pleinement au sacrifice de notre

divin chef; aimons surtout la dépendance, les humiliations, les mépris. Le

salut est un édifice qui ne s'élève que sur les ruines de l'orgueil.

[57] Matth., V, 48.

 

CHAPITRE XVIII.

De l'exemple des Saints.

 

1. Contemplez les exemples des saints Pères, en qui reluisait la

vraie perfection de la vie religieuse, et vous verrez combien peu est ce que nous faisons, et presque rien.

Hélas! qu'est-ce que notre vie comparée à la leur?

Les Saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim

et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d'opprobres.

2. Oh! que de pesantes tribulations ont souffertes les Apôtres, les

Martyrs, les Confesseurs, les Vierges, et tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ! Ils ont haï leur âme en ce monde,

pour la posséder dans l'éternité 58 .

[58] Joan., XII, 25.

Oh! quelle vie de renoncement et d'austérités, que celle des

Saints dans le désert! quelles longues et dures tentations ils ont essuyées! que de fois ils ont été tourmentés par l'ennemi! que de fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu! Quelles rigoureuses abstinences ils ont pratiquées! quel zèle, quelle ardeur pour leur avancement spirituel! quelle forte guerre contre leurs passions! quelle intention pure et droite toujours dirigée vers Dieu!

Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prières; et

même, durant le travail, ils ne cessaient point de prier en esprit.

3. Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu'ils

donnaient à Dieu leur semblaient courtes, et ils trouvaient tant de douceur dans la contemplation, qu'ils en oubliaient les besoins du corps.

Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs

amis, à leurs parents: ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient à peine ce qui était nécessaire pour la vie; s'occuper du corps, même dans la nécessité, leur était une affliction.

Ils étaient pauvres des choses de la terre: mais ils étaient riches

en grâces et en vertus.

Au dehors tout leur manquait; mais Dieu les fortifiait au dedans

par sa grâce et par ses consolations.

4. Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu, et ses amis

familiers.

Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait;

mais ils étaient chéris de Dieu, et précieux devant lui.

Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance

simple, dans la charité, dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus parfaits et plus agréables à Dieu.

Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie

religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la perfection, que la multitude des tièdes ne nous porte au relâchement.

5. Oh! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de

leur sainte institution! quelle ardeur pour la prière! quelle émulation de vertu! quelle sévère discipline! que de soumission, que de respect ils montraient tous pour la règle de leur fondateur!

Ce qui nous reste d'eux atteste encore la sainteté et la perfection

de ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds le monde.

Aujourd'hui on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole

point sa règle, et qu'il porte patiemment le joug dont il s'est chargé.

Ô tiédeur! ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi

nous l'ancienne ferveur! Maintenant tout fatigue notre lâcheté, jusqu'à nous rendre la vie ennuyeuse.

Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'hommes vraiment

pieux, vous ne laissiez pas entièrement s'assoupir en vous le désir d'avancer dans la vertu!

 

RÉFLEXION.