L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XLVI. Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de paroles injurieuses.

et c'est pourquoi je ne puis aller 428 . Voilà les amitiés humaines. Vous seul,

mon Dieu, vous seul n'abandonnez point ceux qui vous aiment, ceux qui

espèrent en vous: toujours vous êtes près d'eux pour les soutenir et les

consoler. Jamais vous ne vous lassez d'entendre leurs gémissements,

d'écouter leurs plaintes, de recueillir leurs larmes. Rien n'est au-dessous de

votre tendresse: cet homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté

de toutes parts, vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre

main retourne son lit pour y reposer ses infirmités 429 : puis, quand sa tâche

est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans l'éternelle paix.

[428] Luc., XIV, 18, 20.

[429] Ps. XL, 4.

 

CHAPITRE XLVI.

Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on

est assailli de paroles injurieuses.

 

1. J.-C. Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi. Qu'est-ce,

après tout, que des paroles? un vain bruit. Elles frappent l'air, mais ne brisent point la pierre.

Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de vous

corriger. Si votre conscience ne vous reproche rien, pensez que vous devez souffrir avec joie cette légère peine pour Dieu.

C'est bien ce qu'il y a de moindre, que, de temps en temps, vous

supportiez quelques paroles, vous qui ne pouvez encore soutenir de plus rudes épreuves.

Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre cœur, si

ce n'est que vous êtes encore charnel, et trop occupé des jugements des hommes?

Vous craignez le mépris, et à cause de cela vous ne voulez pas

être repris de vos fautes, et vous cherchez des excuses pour les couvrir.

2. Scrutez mieux votre cœur, et vous reconnaîtrez que le monde

vit encore en vous, et le vain désir de plaire aux hommes.

Car votre répugnance à être abaissé, confondu par vos

faiblesses, prouve que vous n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas véritablement mort au monde, et que le monde n'est

pas crucifié pour vous 430 .

[430] Galat., VI, 14.

Écoutez ma parole, et vous vous inquiéterez peu de toutes les

paroles des hommes.

Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la plus

noire malice, en quoi cela vous nuirait-il, si vous le laissez passer comme la paille que le vent emporte? En perdriez-vous un seul cheveu?

3. Celui dont le cœur n'est pas renfermé en lui-même, et qui n'a

pas Dieu toujours présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme.

Mais celui qui se confie en moi et qui ne s'appuie pas sur son

propre jugement, ne craindra rien des hommes.

Car c'est moi qui connais et qui juge ce qui est secret; je sais la

vérité de toute chose, qui a fait l'injure et qui la souffre.

Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai permis,

afin que ce qu'il y a de caché dans beaucoup de cœurs fût

révélé 431 .

[431] Luc., II, 35.

Je jugerai l'innocent et le coupable; mais, par un secret jugement,

j'ai voulu auparavant éprouver l'un et l'autre.

4. Le témoignage des hommes trompe souvent; mais mon

jugement est vrai: il subsistera et ne sera point ébranlé.

Le plus souvent il est caché, et peu de personnes le découvrent

en chaque chose: cependant il n'erre jamais, et ne peut errer, quoiqu'il ne paraisse pas toujours juste aux yeux des insensés.

C'est donc à moi qu'il faut remettre le jugement de tout, sans

jamais s'en rapporter à son propre sens.

Le juste ne sera point troublé, quoi qu'il lui arrive par l'ordre de

Dieu 432 . Il lui importera peu qu'on l'accuse injustement.

[432] Prov., X, 21.

Et si d'autres le défendent et réussissent à le justifier, il n'en

concevra pas non plus une vaine joie.

Car il se souvient que c'est moi qui sonde les cœurs et les

reins 433 ; et que je ne juge point sur les dehors et les apparences humaines.

[433] Ps. VII, 10.

Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est

criminel à mes yeux.

5. L F. Seigneur mon Dieu, juge infiniment juste, fort et patient,

qui connaissez la fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma force et toute ma confiance: car ma conscience ne me suffit pas.

Vous connaissez ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû

m'abaisser sous tous les reproches et les supporter avec douceur.

Pardonnez-moi dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai pas

agi de la sorte, et donnez-moi plus abondamment la grâce qui apprend à souffrir.

Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde pour

obtenir le pardon, que sur ma vertu apparente pour justifier ce que ma conscience recèle.