L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
CHAPITRE VI. Des Affections déréglées.
Dans la lecture de l'Écriture sainte, souvent notre curiosité nous
nuit, voulant examiner et comprendre, lorsqu'il faudrait passer simplement.
Si vous voulez en retirer du fruit, lisez avec humilité, avec
simplicité, avec foi; et ne cherchez jamais à passer pour habile.
Aimez à interroger; écoutez en silence les paroles des Saints, et
ne méprisez point les sentences des vieillards; car elles ne sont pas proférées en vain.
RÉFLEXION.
Qu'est-ce que la raison comprend? presque rien: mais la foi embrasse
l'infini. Celui qui croit est donc bien au-dessus de celui qui raisonne, et la
simplicité du cœur, bien préférable à la science qui nourrit l'orgueil. C'est le
désir de savoir qui perdit le premier homme: il cherchait la science, il trouva la
mort. Dieu qui nous parle dans l'Écriture, n'a pas voulu satisfaire notre vaine
curiosité, mais nous éclairer sur nos devoirs, exercer notre foi, purifier et
nourrir notre âme par l'amour des vrais biens, qui sont tous renfermés en lui.
L'humilité d'esprit est donc la disposition la plus nécessaire pour lire avec fruit
les livres saints, et c'est déjà avoir profité beaucoup que de comprendre
combien ils sont au-dessus de notre raison faible et bornée.
CHAPITRE VI.
Des Affections déréglées.
1. Dès que l'homme commence à désirer quelque chose
désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même.
Le superbe et l'avare n'ont jamais de repos; mais le pauvre et
l'humble d'esprit vivent dans l'abondance de la paix.
L'homme qui n'est pas encore parfaitement mort à lui-même, est
bien vite tenté; et il succombe dans les plus petites choses.
Celui dont l'esprit est encore infirme, appesanti par la chair, et
incliné vers les choses sensibles, a grande peine à se détacher entièrement des désirs terrestres.
C'est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il
éprouve de la tristesse; et il est disposé à l'impatience, quand on lui résiste.
2. Que s'il a obtenu ce qu'il convoitait, aussitôt le remords de la
conscience pèse sur lui, parce qu'il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu'il cherchait.
C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on
trouve la véritable paix du cœur.
Point de paix donc dans le cœur de l'homme charnel, de l'homme
livré aux choses extérieures: la paix est le partage de l'homme fervent et spirituel.
RÉFLEXION.
Un joug pesant accable les enfants d'Adam 29 , fatigués sans relâche par
les convoitises de la nature corrompue. Succombent-ils, la tristesse, le
trouble, l'amertume, le remords, s'emparent aussitôt de leur âme. «Superbe
encore au fond de l'ignominie, inquiet et las de moi-même, dit saint Augustin
en racontant les désordres de sa jeunesse, je m'en allais loin de vous, ô mon
Dieu! à travers des voies toutes semées de stériles douleurs 30 .» Il en coûte
plus à l'homme de céder à ses penchants, que de les vaincre; et si le combat
contre les passions est dur, une paix ineffable en est le fruit. Appelons le
Seigneur à notre aide dans ce saint combat; n'en craignons point le travail, il
sera court: aujourd'hui, demain; et puis le repos éternel!
[29] Eccl., XL, 1.
[30] Conf., lib. II, cap. II.